Archives des écriture - Malone Silence https://malonesilence.com/tag/ecriture Histoires hantées Sun, 12 Jul 2026 11:35:45 +0000 fr-FR hourly 1 https://i0.wp.com/malonesilence.com/wp-content/uploads/2021/02/logo-site.jpg?fit=32%2C32&ssl=1 Archives des écriture - Malone Silence https://malonesilence.com/tag/ecriture 32 32 188410031 Silent Hill, Maria, et ce qui naît de l’imaginaire https://malonesilence.com/silent-hill-maria-sheffield-stanley https://malonesilence.com/silent-hill-maria-sheffield-stanley#respond Sat, 11 Jul 2026 23:38:23 +0000 https://malonesilence.com/?p=5083 Mon premier brouillon d’article sur Maria, le meilleur personnage de toute la saga Silent Hill (oui, absolument), date de 2023. Et ça fait un sacré moment que je vous tease ça. Mais vous savez ce que c’est : pas le bon angle, pas les meilleures idées, pas le courage non Lire la suite

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Mon premier brouillon d’article sur Maria, le meilleur personnage de toute la saga Silent Hill (oui, absolument), date de 2023. Et ça fait un sacré moment que je vous tease ça. Mais vous savez ce que c’est : pas le bon angle, pas les meilleures idées, pas le courage non plus, parfois. Finalement, j’ignore si cet article sera l’unique sur Silent Hill, Maria, et l’importance de cet univers pour l’auteur que je suis. Tout ce que je sais, c’est quel lien il va explorer entre Maria et les personnages de Stanley n’est pas mort, et que je vais essayer de rendre justice à Maria du mieux que je peux. Attention, spoilers potentiels du jeu Silent Hill 2, de son DLC Born from a Wish, et des Pleurs du Vide. Mais ça peut aussi vous donner envie de vous y plonger !

J’avais 13 ans quand j’ai rencontré Silent Hill, Maria et bien sûr James, le personnage joueur, celui dont nous avons le point de vue – du moins, jusqu’à Born from a Wish. Je n’avais pas un grand recul sur la situation, à l’époque. Les excuses de James pour ses actes me semblaient valables. Maria était l’antagoniste, voilà tout, un personnage de tentatrice comme il en existe cent fois trop en fiction, sans que je le remette en question. Six ans plus tard, je refaisais une partie avec des potes de l’époque. Maria se trouvait alors couverte d’injures, jusqu’à sa mort en tant que boss final. Défaut du jeu, ou impossibilité pour les joueurs masculins, et celleux qui avaient intériorisé ce point de vue, de penser l’histoire selon Maria ?

Si j’ai encore du mal à trancher là-dessus, il ne fait pour moi pas grand doute que Born from a Wish est essentiel au personnage de Maria. Je trouve d’ailleurs discutable que le remake ne comporte pas le DLC – bon, c’est vrai, le remake de Silent Hill 2 est en lui-même discutable à mes yeux, dans le concept comme dans la réalisation, mais pour rester de bonne foi, j’admets volontiers être un puriste chiant sur ce coup. Cela dit, je suis pas tout seul !

Ce que raconte Born from a Wish ? La vérité. Maria est une illusion de James, trop consciente de l’être, et qui va tenter d’exister, de vivre, avec le peu d’armes dont elle dispose. Tout le long du deuxième jeu Silent Hill, Maria va se battre pour conserver une identité, et pour garder l’espoir d’être aimée pour qui elle est, en sachant que James ne lui en laissera jamais la possibilité. C’est une histoire tragique, et plus proche du réel qu’on ne le pensait au premier abord. C’est si banal, de n’être aimæ qu’à travers la projection de l’autre sur soi.1

Ainsi, James est le seul horizon de Maria depuis qu’elle a pris forme et conscience. S’il la rejette, s’il ne la protège pas, s’il l’abandonne, elle mourra, seule. Elle envisage alors le suicide, avant de choisir de se conformer aux fantasmes de James (en commençant par endosser le rôle de « demoiselle en détresse » alors qu’elle a bien montré, dans Born from a Wish, qu’elle savait se battre seule contre les monstres. Les monstres de James lui-même…), du moins dans un premier temps… et d’essayer de vivre, tout en étant condamnée de façon certaine. Aujourd’hui, je rêve encore de pouvoir la sauver, de l’emmener loin de tout ça.

Appartenant tout entière à James, dont elle connaît le passé, et à Silent Hill, Maria semble n’avoir pas droit à l’espoir, ni à sa propre identité. Elle ne sait qu’une chose : elle n’est pas l’ex-femme de James. Elle n’est pas Mary. Tout le reste est création d’un autre esprit que le sien qui, pourtant, se trouve, à cet instant, sur le même plan de réalité qu’elle.

Si vous avez lu Les Pleurs du Vide, si vous avez rencontré Noah, peut-être cela vous dit-il quelque chose. Je n’ai pas activement pensé à Silent Hill, ni à Maria en écrivant LPdV, mais l’influence est plutôt évidente. Noah n’est pas Maria, évidemment, et ce n’est même pas Stanley qui l’a créé ; ils sont à un pied d’égalité à ce niveau. Seulement, Noah est privé de mémoire, abandonné au vide après avoir été appelé à l’aide. Jusqu’à ce que tous les personnages de l’histoire se trouvent confrontés à la question de leur propre identité, de ce qu’il reste d’eux, là, à l’intérieur. Je me retrouve en eux, comme en Maria, dans ce sentiment de ne pas exister pleinement. C’est pour ça, sans doute, que Maria me touche autant. C’est pour ça que Stan, Noah, Sally et les autres me parlent, chacun·e à sa façon. J’avais tellement de craintes à exorciser avec elleux.

Parce que, sans identité, que nous reste-t-il ? Où sont les réponses à nos questions, existent-elles seulement ? Il fut un temps, dans les vies de beaucoup d’entre nous, abreuvæs de propagande, où la réponse ne pouvait être que celle d’Allison, antagoniste de Stanley n’est pas mort adepte d’idéologies au mieux réactionnaires2 : le repli total sur soi-même, et sur ces idées qu’on tient pour siennes propres. Quand l’effondrement salutaire de cet univers mental survient, il nous faut trouver d’autres repères, et s’assurer qu’ils sont les bons, en les retournant cent fois entre ses mains… Avant de comprendre que, peut-être, un monde plus juste naît de fluctuations, puis de tentatives, de ratages, de nouveaux essais, sans cesse. Et que nous avons été coupæs de ce qui aurait pu, tout ce temps, faire partie de nous. Nous reste-t-il donc à embrasser le vide ?

Ai-je réussi à bien en parler dans Stanley n’est pas mort ? Je ne sais pas. J’ai mis tellement de mes questionnements, dans cette saga. Et tellement, tellement de choses qui me terrifient ou me font vibrer.

Il y a quelque temps, en Woof’letter, je disais que je m’étais, au fil de mon parcours d’écrivain, fait à l’idée que j’étais une espèce de trou noir. J’absorbe, en permanence, des idées plus grandes que moi, avec l’espoir d’en faire quelque chose de nouveau. Ça me parait d’autant plus absurde, parfois, de monétiser mon taff. OK, ce travail d’assemblage, c’est moi qui le fais3 ; mais y a-t-il plus, y a-t-il quelque chose d’autre ? Est-ce que j’existe, en tant qu’auteur, en tant que personne ? Y a-t-il, dans la trilogie de Stanley, plus que Silent Hill, Maria, Moloch, Ce qui est Art, Mulholland Drive, À la Croisée des Mondes, et tout ce que j’ai pu aimer et copier ? Et si, pire que tout, je copiais surtout quelque chose, quelqu’un·e ?

Il fut un temps où cette question n’avait pas tellement d’importance pour moi. J’étais plutôt heureux, en fait, d’être la somme de tout ce que j’aimais. J’espérais que ma trace se voie, tout de même, bien que j’ignore totalement à quoi elle ressemble – si ce n’est, bien sûr, à la présence d’un chien, quelque part dans les pages. Le fait est que je ne sais pas si elle existe. Je ne sais pas si j’existe. Et je suis atterré à l’idée que, même encore aujourd’hui, il est possible que je devienne cette vision de moi-même que j’ai reproduite dans Stanley n’est pas mort pour l’exorciser : celle qui, sans identité en dehors d’Allison, n’aura pas la force de se jeter dans le vide de son propre esprit pour en faire quelque chose de bien. Celle qui cherchera à arracher leur existence aux autres puis, comprenant qu’elle ne connaîtra jamais que le vide, se résoudra à disparaître.

Without you I’m nothing
I’m without you too often
WIthout you I’m nothing
I’m without you to often
I just need you to write
Something down for me
I just need you to write
Something down for me
Tell me where to go when I can’t find you
Tell me where to go when I can’t find you

  1. J’en ai parlé dans l’épisode 24 de la Woof’letter, je vous le laisse ici en libre accès. Vous pouvez scroller jusqu’à la bannière représentant Maria pour lire la partie concernée. Erratum : James ne part pas avec Angela, quelle que soit la version du jeu ! ↩︎
  2. Pour rester poli. ↩︎
  3. Et non, jamais je ne toucherai à l’IAgen. Pour quoi foutre, si j’aime écrire ? ↩︎

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Mes prochains projets d’écriture ! https://malonesilence.com/mes-prochains-projets https://malonesilence.com/mes-prochains-projets#respond Sun, 31 May 2026 18:37:27 +0000 https://malonesilence.com/?p=4957 Alors, et si on parlait de mes prochains projets, ceux qui viennent après Stanley n’est pas mort ? Ceux auxquels je m’attellerai une fois reposé ? (Comme l’article précédent, celui-ci est issu d’un post Instagram. Mais ici, j’ai décidé de vous proposer les slides telles quelles, parce que je les Lire la suite

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Alors, et si on parlait de mes prochains projets, ceux qui viennent après Stanley n’est pas mort ? Ceux auxquels je m’attellerai une fois reposé ?

(Comme l’article précédent, celui-ci est issu d’un post Instagram. Mais ici, j’ai décidé de vous proposer les slides telles quelles, parce que je les trouve plutôt belles. Le texte alternatif est bien sûr là pour quiconque en aurait besoin !)

Mes nouveaux projets : Jusqu'au bout du monde, Biomécaniques, Le Monde à ses pieds
Jusqu''au bout du monde. Celui-là, j'en ai déjà pas mal parlé : c'est celui que j'appelle souvent "le roman de Lucien". Il se situe dans le même univers que la trilogie "Stanley n'est pas mort" (Lucien est le cousin d'Archie) mais en est 100% indépendant, donc vous pouvez tout à fait vous intéresser à l'un sans lire l'autre. Ça peut être un petit plaisir pour vous si vous avez aimé l'histoire de Stan, mais sinon, JaBdM est un absolu stand-alone. Mots-clés : thriller, traumas, vengeance, guérison, rédemption, drame, psychologique
On suit en parallèle les cousins David, Archie et Lucien, dans leur parcours pour retrouver une vie heureuse après des épisodes traumatisants. Le premier a échappé à l'enfer des violences conjugales ; le second a autrefois subi ce que la famille et les adultes peuvent commettre de pire. Parfois, l'amour peut aider à se reconstruire ; parfois, il faut d'abord réparer les dégâts qu'on a causés auprès des gens qu'on aime. Et, dans le pire des cas, apprendre à vivre avec la longue traînée de sang laissée derrière soi. Mots-clés supplémentaires : fantastique, dark romance (sans abus), rêve et réalité, en miroir, espoirs, quête de justice, relations humaines


Le Monde à ses pieds, c'est un drame amical et fantastique qui met en scène une bande de potes qui se sont connu·es au collège. Cette bande s'est construite autour de Cal, ce premier de la classe à qui tout a réussi et réussit toujours, et dont toustes les autres espéraient être læ préféræ. Quand iels se retrouvent à l'âge adulte, toustes ont perdu leurs rêves, Cal a disparu, et une idée a germé dans leurs esprits : et si, par on ne sait quel mauvais tour de magie, Cal leur avait volé leur chance ? Mots-clés : Occulte, ambient, amitié toxique, lutte des classes anemoia, nostalgiacore, adolescence dans les années 2010, friends to enemies, mystère


Projet "Biomécaniques". Aussi appelé projet cyberpunk faute de titre pour le moment, ce roman suivrait a priori l'histoire de Red, activiste sortant de prison avec une forte envie de se venger de celleux qui l'ont vendu, et son amitié passionnelle pour Clyde, un hacker "racheté" par le gouvernement et qu'il espère encore sauver. Mais peut-on vraiment sauver quelqu'un de ses propres choix ? (Oui, c'est encore une histoire d'amitié qui se passe moyennement bien. En tout cas, ça commence comme ça.) Mots-clés : anticipation, horreur cosmique, luttes sociales, body horror, transhumanisme, amitié, cyberpunk
Là encore, on a un roman conçu comme un one-shot, mais ça promet d'être un morceau assez gros, tant il rassemble de questionnements que j'ai dans la tête - dont certains que je n'ai encore qu'effleurés. Au programme : du bon gros défouloir sur les décisions prises de nos jours en politique, des questionnements philosophiques parce que je peux pas m'en empêcher, une amitié probablement asymétrique, une recherche désespérée de sens pour ne pas s'effondrer mentalement, et un peu d'humour aussi (je vous jure que c'est vrai). Un projet qui va m'apprendre pas mal de choses, y compris en écriture (en tout cas je le pense). Mots-clés : occultisme, questions existentielles, science-fiction, dystopie, humain et machine, morally grey characters, found families

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[Fin de trilogie] Et maintenant ? https://malonesilence.com/fin-de-trilogie-et-maintenant Fri, 29 May 2026 14:24:00 +0000 https://malonesilence.com/?p=4939 Il y a dix jours tout pile, le dernier tome de Stanley n’est pas mort est sorti. Et maintenant ? Je navigue entre les salves de colis Ulule, les mails à envoyer, les nouvelles commandes sur le site, et la fatigue, et le Vide. J’ai eu un but, une direction, Lire la suite

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Il y a dix jours tout pile, le dernier tome de Stanley n’est pas mort est sorti. Et maintenant ?

Je navigue entre les salves de colis Ulule, les mails à envoyer, les nouvelles commandes sur le site, et la fatigue, et le Vide. J’ai eu un but, une direction, un pilier pendant quinze ans. Le seul dont je n’ai jamais dévié depuis l’adolescence. Ça m’a plutôt réussi, je crois ! Mais… et maintenant ?

Je sais, vous savez : des histoires, il y en aura plein d’autres après la trilogie de Stanley. Je n’ai même pas encore la trentaine. Et puis, c’est un mythe, l’œuvre d’une vie – mais c’est celle d’une longue, très longue partie de ma vie. J’ai passé plus de temps sur cette terre avec Stanley que sans lui, et avec Stanley plus qu’avec n’importe qui d’autre.

C’est dur. Je m’y attendais, on s’y attendait : c’est salement dur, d’autant que dans mon état d’épuisement, je n’ai pas pu offrir à LNdD la sortie dont je rêvais pour lui. J’aurais voulu faire un truc énorme, contacter les librairies, histoire que tout sorte partout à la même date ! Même niveau salons, je n’ai pas grand-chose cette année. Je n’ai plus une goutte de carburant. Déjà, à la fin du travail sur ce troisième et dernier tome, le moteur faisait des bruits bizarres. J’espère que ça ne se verra pas trop.

Je l’ai déjà dit, j’ai eu du mal à garder en tête le sens de ce que je faisais. C’était un projet au très long cours, faut dire. J’ai eu le temps de changer, de perdre des illusions, de me découvrir de nouveaux espoirs aussi. Je suis actuellement dans une période de gros questionnement qui pourrait se résumer à « mais comment on écrit, bordel ? » Il y a tellement de visions de l’art qui s’affrontent, et si certaines de mes positions sont assez sûres, elles sont très loin de toutes l’être. Est-ce que c’est grave ? Est-ce qu’on peut « trop » douter ? Est-ce que c’est un problème, de faire quelque chose sans jamais trouver la certitude qu’on le fait bien ? Comment on parle au monde ? Est-ce que je suis trop ancré dans le réel, enfin, dans mon réel à moi, et quels sont les angles morts de ce réel ?

Et, derrière tout ça : est-ce que je dois me remettre au travail maintenant ? Et si oui… comment ? Comment c’est possible ?

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[Extrait] Les Nuits du Dehors : Son sourire les regarde https://malonesilence.com/extrait-les-nuits-du-dehors-son-sourire-les-regarde Tue, 16 Sep 2025 15:55:39 +0000 https://malonesilence.com/?p=4258 SON SOURIRE LES REGARDE. Quel effet ça fait, de naître au monde ? Qu’est-ce que c’est, une naissance ? Noah est là. Noah n’est pas là. Noah est une particule d’âme entre deux éclats de lumière. Noah n’est pas là, mais il y a cette présence, chaleureuse et enveloppante, qui parfois prononce Lire la suite

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SON SOURIRE LES REGARDE.

Quel effet ça fait, de naître au monde ? Qu’est-ce que c’est, une naissance ? Noah est là. Noah n’est pas là. Noah est une particule d’âme entre deux éclats de lumière. Noah n’est pas là, mais il y a cette présence, chaleureuse et enveloppante, qui parfois prononce son nom dans un souffle qui emmêle ses cheveux, à moins qu’il ne les disperse autour de sa tête, dans l’eau. Noah est une bulle minuscule, prise entre des milliards de gouttes qui pourraient l’étrangler, trop lourdes pour elle, trop réelles pour sa membrane si fragile qui, pourtant, la fait rebondir contre elles à toute allure jusqu’à la surface. Il suffit d’une infinitésimale trace de l’existence de Noah pour déchirer les mondes.

Noah est là, et Archie est là, quelque part, si loin de lui encore, à des années-lumière de lui, et déjà leurs essences se mêlent pour former ce puzzle bigarré, beau à sa manière, dont Noah s’est souvenu pour la première fois dans l’entre-deux, cette sorte d’intimité aussi impossible qu’il se sent irréel à cet instant, entre deux eaux, deux espaces, deux univers qu’il ne comprend plus. Archie est la seule chose qu’il connaisse, la seule place possible pour l’atome de conscience qu’il est ; il se laisse engloutir et mélanger à lui, là où, il y a une éternité, il a fait connaissance avec les concepts d’existence et d’amour. Noah pourrait s’endormir pour toujours dans ces eaux chaudes et oublier tout ce dont il n’est pas censé se souvenir, tout ce qui ne s’est jamais passé dans l’étreinte d’Archie et donc ne peut pas s’être produit, parce que ce n’est pas ainsi que les choses fonctionnent, les humain·es ne sont pas assez proches les un·es des autres, c’est impossible, à jamais impossible. Mais il s’est passé quelque chose, là-bas, de l’autre côté de l’entre-deux. Il s’est passé quelque chose qui le retient au cœur. Son cœur le tire en arrière, là où il n’y a plus rien et, loin au-dessus de lui, des aboiements l’appellent. Au fond de ce qui lui semble être lui-même, des cris perdus s’accrochent à ses organes comme autant de mains brisées, comme autant d’yeux bleus se planteraient en lames dans les siens. Alors Noah se rappelle son nom et croit cracher son cœur quand il le hurle, s’il peut hurler, là, dans un état qui ressemble à un non-état, un entre-deux encore, il hurle comme il n’a jamais hurlé, il hurle son nom que noie l’eau glacée qui lui broie la gorge, il hurle de tout l’amour qu’il a jamais éprouvé de l’autre côté, dans ce monde mort comme dans l’infinité des autres univers, il hurle STANLEY STANLEY STANLEY alors que lui revient le souvenir de cette réalité loin, si loin derrière, là où ce qu’il aime STANLEY VICKY STANLEY a disparu. Sa place n’a-t-elle pourtant pas toujours été ici, dans ce temps et cet espace précis, une seconde dans ces eaux, une seconde de sa présence mêlée aux longues années de celle d’Archie, là où lui, Noah Peterson, trouve sa signification en tant que lui-même, dans tout ce que cela représente ?

Noah n’existe pas, Noah n’est rien, Noah ne sait pas où il est, Noah est à sa place mais STANLEY il veut vivre il veut STANLEY le sel lui écorche les poumons STANLEY surface surface surface STANLEY Archie est là Archie est là STANLEY VICKY STANLEY les cartes ont volé dans l’entre-deux STANLEY STANLEY STANLEY il se noie l’eau lui remplit la cage thoracique les membres le ventre ça brûle ça brûle sa peau est tellement froide ses yeux refusent de s’ouvrir ses oreilles s’emplissent du grondement de la mer STANLEY STANLEY il se noie il se noie il faut qu’il nage qu’il batte des jambes elles sont si lourdes deux poids qui l’entraînent au fond là où le monde est

le monde est

le monde est mort

La douleur transperce sa main quand elle brise la surface invisible, à des kilomètres au-dessus de lui. Elle foudroie son avant-bras jusqu’au coude, son bras jusqu’à l’épaule lorsqu’on tire, tire son corps vers le haut, lorsque sa bouche s’arrache à la mer. L’oxygène explose dans ses poumons, ses veines, son cœur, son cerveau, il fracasse sa mâchoire, sa gorge, ses côtes, il plaque ses organes contre la paroi de sa peau alors que ses os la crèvent, et Noah hurle si fort qu’il pourrait s’évanouir, il devrait s’évanouir, un nuage de suie englue ses neurones et quatre crocs plantés dans sa main, dans son squelette, dans ses veines, tirent sur sa couverture de chair comme pour la détacher de lui, et peut-être qu’on la laissera flotter au gré du courant, quel courant si c’est une mer, est-ce qu’il y a un courant dans les mers, est-ce que

est-ce que j’existe

Il tousse, vomit tout ce que ses entrailles peuvent contenir de liquide, vomit de l’eau et de la bile et du sang, ses poumons saignent sur ses lèvres il a si mal PUTAIN ARRÊTE LAISSE-MOI HOWIE ARRÊTE ARRÊTE TU ME FAIS MAL ARRÊTE

est-ce que je suis mort

le monde est mort et j’ai TELLEMENT MAL

est-ce que je suis encore autre chose que la douleur

MAL MAL MAL Archie viens me chercher tu étais là on était tous les deux tu étais là tu étais là

Froid à crever, froid à hurler. L’eau salée glacée brûlée ciselée tranche ses frissons en lignes de sang. Noah pourrait sans doute essayer de bouger. Ça ferait mal, ça ferait crisser ses os et monter l’acidité à sa bouche, jusqu’à la pointe de la langue. La langue – il en sent une, ça y ressemble, ça ressemble bien à une langue, ce qu’il sent, là, sur son visage, ce qui fait circuler le sang sous ses joues. Quel effet ça fait ? Howie – c’est Howie, ça doit bien être Howie. Howie est vivant, Noah s’en assurerait s’il parvenait à ouvrir les yeux. Ses paupières sont raidies, collées à ses rétines. S’il lève une main, s’il y arrive, il aura froid, il aura mal, mais il pourra toucher le poil d’Howie. Il n’est même pas sûr de sentir encore ses mains. Il fait froid, un froid lourd, humide, une froid qui n’a rien à voir avec le vide qui l’a recraché là. Non – non, c’est lui qui a traversé le vide, avec Howie. Ils ont marché dans l’eau, puis nagé, puis marché à nouveau, puis re-nagé, et puis… Et puis, à ce qu’il semble, Howie vient, de toutes ses jeunes forces de chiot, de le tirer au bord des vagues.

Ouvre les yeux. Ouvre les yeux, putain, ouvre les yeux…

Ses muscles, ses organes, tout se consume sous sa peau lourde de froid. Howie le lèche, couine contre lui, dans ses yeux, dans son nez, dans ses cheveux. Viens contre moi. Réchauffe-moi, mon chien. J’arrive même pas à ouvrir les yeux. J’arrive pas à ouvrir la bouche. Le froid veut me voir mort. Mais si on est là, c’est qu’on n’est pas morts. Déjà, son cerveau se réveille. Ses neurones s’ébrouent sous le givre et s’encouragent mutuellement. Ça va aller. Ça va aller. Si on est là, c’est qu’on va vivre. C’est qu’on a réussi. Tu te rends compte, Howie ? On a réussi ! Tu y crois, toi ? Faut qu’on continue, Howie ! Faut que je me lève, Howie…

C’est pas désagréable, cette immobilité. Enfin, presque pas – ça pourrait être pire, s’il bougeait. Il n’a pas mal. Pour l’instant, il n’a pas mal. On s’y fait, aux pics à glace qui nous crucifient contre le sol – non, c’est pas un crucifiement, il y a trop de pics, partout, qui traversent ses bras, ses poumons, son cou. Ça va faire mal, s’il se lève, horriblement mal, rien que d’imaginer ses organes s’arracher aux pics, ses chairs fragiles glisser contre le métal… Bouge putain, bouge. Pourquoi bouger ? Qui l’attend, au juste ? Howie, oui, il y a Howie et c’est important. Ce n’est pas « qu’un chien », c’est un chien, c’est un ami, c’est Howie. Et il porte le souvenir de –

Stanley STANLEY STANLEY

Les mâchoires de ses côtes se referment sur ses tripes, la douleur lui remonte jusqu’au cœur pour l’écarteler, ça le fend en deux STANLEY STANLEY STANLEY Stanley n’est plus là, Noah et Howie ont franchi le seuil du vide et il n’y avait plus qu’eux, ils ont franchi le seuil du vide sans Stanley SANS STANLEY qu’ils aimaient plus que tout, Stanley n’est plus là, Stanley a disparu, Stanley est perdu –

Il est forcément quelque part il faut qu’on aille le chercher peut pas avoir disparu pas disparu comme ça il est quelque part il il on va le chercher hein Howie on va le chercher va chercher c’est ça qu’on dit je chercherai avec toi

Est-ce qu’Allison les a suivis ? Ses intestins se crispent en boule anguleuse contre son estomac. Elle nous regardait avec son sourire. Je voulais fuir. J’ai fui avec Howie dans les bras. Je me suis pas retourné. Peut-être que si. À un moment. Elle nous regardait avec son sourire. Rien qu’une silhouette blanche. Une brume éclatante de son sourire. Elle nous regardait avec son sourire. Elle nous aurait croqués, mastiqués, broyés. Elle nous regardait avec son sourire. SON FOUTU SOURIRE – il est fixé à ses paupières, il danse dans son cerveau, il le bouffe de l’intérieur. Ouvre les yeux. Ouvre les yeux, je t’en supplie. Il veut l’image d’Howie. Il veut l’image de STANLEY REVIENS REVIENS NOUS CHERCHER OUVRE LES YEUX OUVRE LES YEUX BOUGE BOUGE BOUGE Howie le lèche, jappe, lui donne de grands coups de ses petites pattes sur son épaule LEVE-TOI LEVE-TOI son sourire son sourire il a son sourire dans la tête SON SOURIRE REGARDE DANS SA TÊTE !

OUVRE CES PUTAIN D’YEUX !

Des aiguilles d’eau salée lui picotent les orteils. Il pleut du sable en fusion sur ses membres, sur son dos, sur ses doigts. Il voudrait serrer les mâchoires à s’en faire éclater les gencives faire exploser ses dents en confettis d’émail écarlates de douleur qu’on voie qu’il a mal putain il est une coquille inerte VOUS VOYEZ PAS QUE J’AI MAL S’IL Y A QUELQU’UN·E AIDEZ-MOI AIDEZ-MOI Archie pourquoi tu n’es plus là ? Il entend des cris d’oiseaux, des mouettes ou des goélands, est-ce qu’il y a une différence, de la circulation routière au loin – le bruit des pneus sur le bitume – le verglas qui se craquelle sur ses tympans, preuves réconfortantes que le monde qu’il a atteint aujourd’hui est vivant. Le sourire s’est dissipé, il ne faut plus y penser. Howie lui mordille une oreille et tire dessus – aïe aïe aïe doucement doucement – son corps le brûle de plus en plus fort, ses yeux refusent toujours de s’ouvrir c’est chiant c’est chiant le sang lui revient dans les extrémités et ça brûle putain qu’est-ce que ça BRÛLE STANLEY REVIENS STANLEY STANLEY REVIENS

Ouvre la bouche. Ouvre la bouche et crie. Ouvre la bouche et CRIE. CRIE de toutes tes forces. CRIE pour qu’on te trouve pour qu’il te trouve pour qu’il revienne pour qu’il sache que JE T’AIME REVIENS REVIENS JE T’AIME JE SUIS LA JE VIENS TE CHERCHER !

Il ne sait même pas où il est. Il ne sait même pas si son corps fonctionne encore. Il ne sait même pas si ses yeux fonctionnent encore – bien sûr que si ils fonctionnent bien sûr que si quelle question ils fonctionnent ils fonctionnent même très bien SI SEULEMENT JE LES OUVRAIS ! Les coups sourds de son cœur contre ses oreilles lui donnent la nausée. Ça tape trop vite, trop fort, il n’arrive plus à respirer. Comment a-t-il pu respirer dans ce froid, et sous le poids de son propre corps ? Il hallucine sa propre existence. Il est devenu fou. Il a franchi la barrière des mondes et il n’existe plus de lui qu’un lambeau de conscience enfermé dans une coque en fusion. Il n’existe plus et il n’arrive plus à respirer. Sa propre sueur le griffe, lourde, dans une lenteur insupportable, et le simple fait d’exister lui paraît horrible en cet instant, c’est mieux de ne pas exister du tout et de savoir qu’on n’existe pas, peut-être que s’il sait ça l’illusion se dissipera, il aura moins mal, puis plus mal du tout puisqu’il n’existera plus, il n’y a plus de douleur là où il n’y a plus d’existence, là où –

là où il y a le vide

il ne veut pas y retourner il s’est sorti du vide il veut vivre il veut vivre pourquoi c’est si dur il ne sait même pas s’il existe

Tire sur tes paupières ouvre les yeux tire tire TIRE

Hey hey Noah t’es pas seul ici

Il n’est pas sûr qu’Archie soit bel et bien là. Il a pu atterrir dans un autre endroit. Il a pu rêver l’existence d’Archie, rêver l’existence de leur espace liminal, rêver l’existence de tout. Mais il tente de s’accrocher à ça, à cet espoir-là, à l’existence de cet homme dont il n’a connu que les éclats de tristesse à travers la paroi de leurs réalités, parce que la souffrance sera peut-être plus supportable comme ça, il ne sait pas, il sait juste qu’il pense, qu’il pense, qu’il pense et qu’il se trompe probablement.

Soudain, le barrage de ses paupières cède. Ses yeux sont grands ouverts, écarquillés, tout au bord des orbites, avides du monde qui les éblouit. C’est un trop-plein, une débauche de détails et d’existence, Noah va vomir. Il fait pourtant presque nuit. Tant mieux – si le monde s’était révélé en pleine lumière, Noah aurait perdu la vue. Il n’est pas sûr d’être prêt à ça, en tout cas pas maintenant, alors qu’il lui semble que l’infinité tout entière des choses qu’il n’a jamais vues se précipite dans le couloir d’étranglement de ses iris dans un flou étourdissant. Il voit et sent Howie s’agiter contre lui, le bousculer, le débarbouiller, et il voudrait pouvoir le caresser, il faut qu’il bouge il faut qu’il se lève – personne ne viendra l’aider, il fait nuit et les fenêtres brillent d’une lueur orangée au loin, trop loin, il n’y a personne sur cette plage minuscule, pas même Hook–

HOOK

Comment peut-il ne pas être là ? Est-il avec Stanley ? Oui, c’est ça. Il faut que ce soit ça. Ça ne peut être que ça. Noah, lui, a Howie avec lui. Hook a toujours su où aller. Hook a les yeux de Stanley. Stanley a les yeux de Hook. Noah aurait aimé l’avoir avec lui, Hook, s’il faut que Stanley ne soit pas là. Mais Howie est là, et il se souvient, lui aussi. Ou peut-être pas. Howie n’a jamais grandi. Conserve-t-on les souvenirs si notre existence, si l’on est ainsi figeæ dans un présent perpétuel ? Il reconnaît Stan. Il me reconnaît, moi. Alors il a une mémoire, c’est tout. Il se souvient. Je ne suis pas le seul. Cette histoire a existé s’il s’en souvient aussi… Non. Non. Elle existe encore. Putain, pourquoi faut-il qu’il soit davantage certain qu’Allison – SON SOURIRE – est encore de ce monde, que ce soit elle qui l’ait rejoint au bord de cette mer pleine de vide rouge ?

Mais en cet instant, Howie ne regarde que Noah. Il n’y a personne d’autre qu’eux deux. Allison n’est pas là. Son sourire n’est pas là. Son sourire ne les regarde pas. Son sourire n’est pas là. Noah ne supportera peut-être plus jamais de voir le moindre sourire – et ce sera horrible. Le sourire de Stanley est beau. Le sourire de Howie est adorable. Il y avait le sourire de Vicky, aussi – elle était avec eux quand tout s’est écroulé sur lui-même…

SON SOURIRE ÉTAIT DÉJÀ LÀ. IL LES REGARDAIT.

Le sourire de Vicky était tour à tour triste, désabusé, gentiment moqueur, attendri quand elle jouait avec Howie. Elle jouera encore avec Howie. Peut-être que c’est elle qui les retrouvera. Iels se retrouveront, voilà, s’iels cherchent bien. Iels ont toujours bien cherché jusque-là – non, non c’est Hook qui trouvait, Hook qui les guidait, et Hook n’est pas là. Hook n’est pas là et iels vont devoir faire sans lui – non, lui, Noah, va devoir faire sans lui. Mais Hook sait où aller. Il sait choisir. Ça va aller.

Putain, il n’en sait rien.

Il voudrait que son cerveau gèle à nouveau. L’oxygène poignarde ses extrémités, ses doigts et ses orteils fondent de chaleur retrouvée. Le feu remonte le long de ses veines, de ses nerfs, de ses muscles jusqu’aux coudes, aux genoux, aux hanches, aux épaules. Il parvient, au prix du dernier effort qu’il se sente capable de fournir, de ramener une cuisse vers son torse pour le surélever – enfin, il peut respirer. Il se gonfle de sa gorge à son abdomen, tout entier. Il s’emplit d’un air chargé de sel, d’eau, d’autres choses qu’il ne connaît pas. Ne va-t-il pas s’étouffer, sur cet air empli du monde ? Il entrouvre les mâchoires, avale l’air, tousse contre le sable, y laisse couler des filets de salive. Howie s’est assis près de lui, le museau à hauteur de sa tête, la langue infatigable. Le corps de Noah fourmille d’étincelles, assoiffé de mouvement tout à coup, alors il lève une main pour caresser le chiot entre les oreilles. Howie remue la queue et lui sourit derrière sa petite langue rose. Son poil est presque sec, gonflant autour de son corps comme un nuage subtilement doré. Il est tout chaud. Noah redresse le torse et le prend dans ses bras.

Il faut y aller, maintenant.

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Les « morally grey characters » et moi https://malonesilence.com/les-morally-grey-characters-et-moi https://malonesilence.com/les-morally-grey-characters-et-moi#comments Tue, 02 Jul 2024 17:21:18 +0000 https://malonesilence.com/?p=2950 Bon, à la toute base, je ne suis pas particulièrement fan de cette appellation, « morally grey ». Pas parce que je suis un puriste de la langue française (écrivant en inclusif, j’en ai perdu ma carte depuis longtemps), mais parce que pour moi, un bon personnage est nécessairement « morally grey ». Un Lire la suite

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Bon, à la toute base, je ne suis pas particulièrement fan de cette appellation, « morally grey ». Pas parce que je suis un puriste de la langue française (écrivant en inclusif, j’en ai perdu ma carte depuis longtemps), mais parce que pour moi, un bon personnage est nécessairement « morally grey ». Un être humain est, au moins un peu, « morally grey ». On a toustes nos zones d’ombre, nos faiblesses, nos traces d’égoïsme. Ça ne signifie pas que l’être humain est mauvais par nature, au contraire. Avoir conscience de nos « travers », qui ne sont à mon sens que des traces de nos peurs et de notre instinct de conservation, peut nous permettre d’être de meilleures personnes. De mieux agir, en tout cas. Mais je digresse, et je vais éviter d’enfoncer davantage de portes ouvertes que d’habitude, on n’est pas là pour ça.

Je ne vais pas parler du phénomène en lui-même, des tas de gens l’ont déjà fait et le font encore, et je ne m’estime pas compétent pour ça. On va seulement partir du concept de base pour parler processus et évolution créatifves. C’est une petite réflexion personnelle qui me trotte dans la tête depuis un petit moment. Depuis que j’ai lu BEINHAUS, en fait. Partons sur des évidences : on peut écrire une excellente histoire, alignée avec ses valeurs en plus, avec les personnages les plus détestables de l’univers. Des personnages peuvent être intéressants sans être attachants. On peut écrire sans ses ami·es imaginaires… ou se faire des « morally grey imaginary friends ».

Morally grey characters, level 0 : Stanley

J’ai parlé de mon rapport à Stanley Ellington en long, en large et en travers : c’est mon premier personnage, mon premier amour, une âme sœur depuis toujours et jusqu’à la fin. Ce que je cherchais au moment où je l’ai trouvé, c’est un ami fictif. On a grandi ensemble. On s’est sortis du pire de la maladie ensemble. Il a même accompagné ma transition, enfin… il a transitionné avant moi. Prophétie auto-réalisatrice de l’écrivain·e, comme en parlait l’autrice Morgane Stankiewiez en conférence.

Portrait de Stanley Ellington, homme blanc, brun aux yeux bleus, émacié.
Portrait de Stanley par The Red Lady

Au départ, avec Stan, je cherchais moins à explorer la psyché humaine qu’à trouver un peu d’espoir dans cette humanité. J’ai compris plus tard que l’un n’allait pas sans l’autre – sans quoi, Les Hurlements noyés ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Et puis, il a accompagné mes débuts d’écriture, à l’époque où je pensais encore qu’il fallait, quoi qu’il arrive, être du côté du personnage principal.

En grandissant, je suis devenu plus lucide sur mes propres défauts, et sur ceux de Stanley aussi, humainement parlant. Dans LHN et sa suite, Les Pleurs du Vide, c’est assez évident : il est animé des meilleures intentions du monde, mais coincé dans une inertie, une terreur et un désespoir qui s’avéreront destructeurs. Bon, ce qui s’est passé aussi, c’est que Stanley est un peu devenu une allégorie au fil de ma prise de recul. Reste que c’est l’un de mes personnages les plus « purs » et authentiquement gentils.

Morally grey characters, level 1 : Archie

Archie David assis face à son ordinateur avec sa tasse fumante, avec son terre-neuve qui bave sur la table et sur ses feuilles. La scène se passe le soir si l'on en croit la nuit étoilée par la fenêtre de derrière et la lumière tamisée. Dessin à l'aquarelle + pastels secs.
Portrait d’Archie (et Orlando le terre-neuve) par Pikkulef

J’ai pas mal parlé d’Archie en newsletter, mais encore peu sur le blog, parce qu’il arrive dans le tome 3 de la trilogie de Stanley. En revanche, j’en ai discuté sur mes réseaux et avec pas mal de gens ! Il est né en 2019 (je vous parlerai de son origin story, promis) et je l’adore. Archie, c’est mon comfort character personnel ! Et pour le coup, je voulais un personnage, comme Stanley, profondément bon mais… peut-être un peu « morally grey ». Disons qu’on sortait de l’altruisme sacrificiel, né d’une certaine culpabilité, pour sa forme plus saine, avec une pointe d’égoïsme. Vous savez, le self-care dont on parle si souvent – bon, Archie s’est révélé très mauvais en la matière. Son égoïsme s’est mué en fierté mal placée et son altruisme en tendance à la surprotection !

Archie David est ingérable, maladroit et aussi fatigant pour son auteur que pour ses camarades de galère, ce qui en fait indubitablement moins un personnage « morally grey » qu’un gentil excessif sur tous les plans. S’il y a une trace de « mauvais » en lui, elle ressort surtout face à l’inéluctable chute des personnes qui ont fait du mal à celles qu’il aime. Il sort alors le pop-corn et se marre. Si fort. 🤭

Bref, là où Stanley serait d’alignement neutral good, Archie est le chaotic good dans toute sa splendeur. (Je l’aime.) Et donc, encore une fois, rien de « méchant » dans ce second membre de ma triade rapprochée. Oui, parce que les personnages dont je suis le plus proche dans l’univers de Stanley n’est pas mort sont trois, et le troisième…

Morally grey characters, level 5 : Lucien

Le personnage représenté en image à la une de cette article, c’est Lucien, sous les traits de l’acteur Adrien Brody – qui, pour le coup, a pu faire preuve d’un sens moral… franchement discutable… Un peu chiant que Lucien soit en partie né de lui, quand même. Et franchement ironique, étant donné la backstory horrible de Lucien. Mais encore une fois, on digresse.

morally grey characters

Lucien David, c’est le cousin d’Archie, et il taffe dans l’informatique. Ce sont les deux premières choses que j’ai sues à son sujet. Il est arrivé par hasard, surgissant de traumatismes enfouis dans l’inconscient du cliché d’auteur tourmenté que je suis. Et puis, au dernier moment, la vérité a éclaté : Lucien tue des gens. Tout simplement. 🔪 Plus précisément, il tue des pédocriminels pour protéger ses enfants, ainsi que pour d’autres raisons moins nobles, comme une colère étouffée depuis qu’il en a été lui-même victime. (Quand je parlais d’ironie…) Niveau « morally grey », je crois qu’on entre dans les clous, non ?

Lucien est le personnage le plus cathartique que j’aie écrit jusque-là. Dans ses actes, comme dans ses hantises et les émotions qui menacent de le briser à tout moment. Avec lui, on aborde des thèmes tellement durs que je ne sais même pas comment le roman qui lui sera consacré sera marketable. (Vraiment, j’ai du mal à imaginer, à l’heure actuelle, comment animer une campagne de financement avec une histoire pareille.) Est-ce qu’il s’en sortira, connaîtra-t-il une rédemption, lui en faut-il une ? Les réponses ne sont pas encore claires et je ne sais pas si c’est important pour le moment. (A l’heure actuelle, une grosse partie de premier jet est écrite, je me prépare à repartir sur un nouveau, et on en est toujours au stade de la descente aux enfers.)

Je ne sais même pas si je vous écrirai un article sur Lucien, en fait. Dès que j’écris avec lui, ça part en logorrhée traumatique, et nous sommes extrêmement proches tous les deux. C’est la première fois que j’ai une telle proximité avec un personnage sans lui trouver des excuses, sans le condamner non plus, juste… Ce qu’il fait est là. Et on plonge ensemble.

Il y a des limites qu’on ne dépasse pas, certes. Parce qu’on n’en a pas besoin. Parce que ce serait contre-productif, parce que mon écriture doit garder son côté thérapeutique. Je ne crois pas en une plongée gratuite dans ce qui choque, ce qui choque qui d’ailleurs ? Bref, si j’aime ce personnage, c’est qu’il y a une raison. Si nous sommes proches, c’est qu’il y a une raison. Peut-être sa logique et son sens moral personnel résonnent-iels un peu trop profondément en moi, aussi !

Les niveaux supérieurs : le « morally grey » sans attachement

Bon, il y a un stade où on peut cesser d’employer ce terme, non ? Est-ce qu’on peut parler de « morale grise » quand le personnage est juste un salaud ? J’ai sans doute un gros biais, mais quand on me présente des persos comme « morally grey », j’ai souvent peur que ce soient juste de bonnes raclures de bidet. A qui on finit par pardonner parce que… ?

Cela dit, écrire des connards, c’est cool aussi. J’ai bien sûr évoqué BEINHAUS plus haut, niveau lecture. Et question écriture… J’ai déjà parlé ici de projets auxquels je n’ai pas du tout le même rapport qu’à Stanley n’est pas mort. Soit, en réalité… à peu près tous mes projets en dehors de cet univers. J’ai le Stanleyverse, j’ai mon socle : je peux désormais pousser l’exploration plus loin. Fouiller ailleurs dans les tiroirs… sans plus avoir peur de ce que je pourrais y trouver ? Sans craindre d’y trouver des choses « à excuser » à mes personnages parce que je les aime ? Je dis pas, on peut aimer ses connards fictifs. A titre personnel, au-delà d’une certaine limite, c’est impossible.

Pour revenir une dernière fois à BEINHAUS, Saint Gris a prouvé qu’on pouvait aborder des thèmes difficiles et écrire des êtres répugnants, et en faire les protagonistes principaux, sans pour autant cautionner leurs actes (ni être moralisateurice non plus, au cas où ce genre de critique pointerait le bout de son nez. Un coup faut dénoncer, un coup on dénonce trop, faudrait savoir1). C’est un truc que j’ai envie de réussir à faire aussi. Juste surplomber mes personnages2, et regarder… Je me sentirai proche d’eux sur certains points, et c’est normal. Entre êtres humains, réels ou fictifs, on a trop en commun. Et c’est aussi comme ça qu’on peut trouver un exutoire3, guérir même à travers les personnages les plus horribles.

Et quand le « morally grey » bascule ?

Parce qu’on peut si facilement tomber dans son propre piège.

Ce que je vais dire là renvoie un peu à ce que je disais dans mon article sur Ghostland [EDIT : il n’existe plus, mais j’aime toujours bien ce passage] :

Pour moi, les films, c’est un peu comme mon entourage. Les films que j’aime sont un peu comme les personnes que j’aime. Beaucoup d’émotions, beaucoup d’imperfections, parfois il faut avoir de très sérieuses conversations et parfois… Eh bien, quand ça devient trop problématique d’une manière ou d’une autre, il faut juste lâcher.

Alors, si un personnage de ma triade sacrée basculait dans l’intolérable ? J’y crois absolument pas. Je ne veux pas y croire. Mais quand on nous rapporte des actes horribles de personnes qu’on aime et croyait connaître, on ne veut pas y croire non plus. Évidemment, c’est techniquement différent. On a bien davantage de pouvoir sur nos univers fictifs que sur la vraie vie de la réalité véritable. Ça vaut même pour les univers des autres, les univers que l’on reçoit. J’ai, comme tout le monde, des headcanons. J’ai assisté au revirement de personnages fictifs auxquels j’ai refusé de croire, et c’était facile. Si c’est faux, c’est facile. Quand on a un comfort character, on fait tout pour le garder.

Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça, pas vrai ? Il faut faire face. Faire face à l’horreur, faire face à nos sentiments, faire la part des choses. Et séparer une personne de l’idée qu’on s’en fait, cette idée qu’on a aimée.

Je suis persuadé que les morally grey characters peuvent nous faire grandir. Ils peuvent nous apprendre à gérer notre attachement, nos illusions, tout comme ils nous enseignent les limites de notre sens moral. On a tendance à idéaliser les personnes qu’on aime – Lucien et moi, on sait bien ce que c’est. L’amour qu’on a pour une personne finit par avoir plus d’importance que la personne elle-même. Et c’est important, l’amour, c’est un sacré carburant pour vivre, pour créer, pour tout. Reste encore à apprendre d’où il vient, quels en sont les ingrédients, comment l’utiliser, où se trouve la part d’illusion. Et à questionner, toujours, notre rapport aux histoires, aux autres et à nous-mêmes4.


  1. Je vais pas vous mentir, pour moi, s’il y a une accusation du genre ou de « manque de subtilité », il n’y a que deux possibilités : soit læ destinataire est de base réfractaire au message et l’aurait rejeté quelle qu’en soit la forme, soit l’auteurice s’est narrativement chiæ – ça arrive. Que ce soit parce qu’iel n’y croyait pas vraiment au fond, ou parce qu’iel n’a pas assez fait confiance au lectorat, ou par simple maladresse parce qu’écrire, c’est pas toujours simple, mine de rien. Dans tous les cas, ça veut pas (forcément) dire que le message pue ou ne mérite pas qu’on s’y attarde. Quoique… dans certains cas, on peut effectivement voir cette troisième possibilité. (Est-ce que cette note de bas de page sert à quelque chose ?) Ah, et aussi : quand même, on cherche parfois beaucoup moins à être dans la dénonciation que dans le fantasme et/ou la glorification de son propre ego. Oui, je pense aux scènes de viol ultra graphiques, et à une flopée d’écrits d’auteurices blanc·hes sur l’esclavage et le racisme aussi. ↩︎
  2. Mais en même temps, j’aime bien être à leur hauteur, pour en apprendre des trucs et… être avec eux, quoi. En tout cas, je n’aurais pas pu surplomber les personnages du Stanleyverse. ↩︎
  3. Et puis, on peut extérioriser par les situations dépeintes autant que par les personnages. Enfin, là ne va pas sans l’autre évidemment, mais j’ai l’impression que ça devient plus facile pour moi de ne plus utiliser les personnages comme béquille, comme filtre entre ces situations et moi. C’est sans doute aussi pour ça que j’avais besoin de ma Sainte Trinité, le temps de grandir et de faire face tout seul. Je sais pas, j’aime bien cette théorie. ↩︎
  4. Bravo Malone, tu pouvais pas faire plus générique encore ? ↩︎

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[Extrait] Les Pleurs du Vide : Chapitre 1-1 https://malonesilence.com/extrait-les-pleurs-du-vide-chapitre-1-1 Wed, 04 Oct 2023 16:42:33 +0000 https://malonesilence.com/?p=1760 CHAPITRE 1 : POUSSIÈRE Avertissement : mention de blessures, de dépression, d’hospitalisation, de torture, et accessoirement spoilers potentiels du tome 1. L’été 2011 marqua sans doute le début de la fin du monde plutôt que son achèvement. Stanley crut, jusqu’à obtenir les preuves du contraire, que cette année serait la Lire la suite

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CHAPITRE 1 : POUSSIÈRE

Avertissement : mention de blessures, de dépression, d’hospitalisation, de torture, et accessoirement spoilers potentiels du tome 1.

L’été 2011 marqua sans doute le début de la fin du monde plutôt que son achèvement. Stanley crut, jusqu’à obtenir les preuves du contraire, que cette année serait la fin de son existence. Il l’espéra, évidemment. Or il vit passer 2012, puis 2013, puis 2014, et les années suivantes se diluèrent dans le brouillard, jusqu’en 2019. L’été 2011, cet été qui fut chaud mais pas tant que cela, Stanley fit son grand retour dans les hôpitaux. On répara sa peau, ses articulations brisées, et on tâcha de faire de même pour son équilibre mental, avec beaucoup moins de succès – c’était d’autant plus difficile que Stanley Ellington ne parlait plus du tout. Il s’était blotti dans un mutisme épuisé, réfugié à l’intérieur de lui-même, et rejetait de toutes ses forces ce foutu don dont il s’était cru privé – débarrassé – mais qui lui était revenu, oui, en pleine figure. Sa vieille malédiction explosa sous ses yeux, contre ses oreilles et sa peau, à l’intérieur de son cerveau. S’il en conçut un étrange soulagement dans les premières minutes, il se rendit bien vite compte qu’il ne pouvait plus faire comme s’il était capable de le supporter. Il était faible, Stanley, si faible. Allison l’avait détruit et balancé sa carcasse aux ordures, tout ça… tout ça pour rien, rien du tout, puisque l’Apocalypse avait tout de même lieu derrière les fenêtres sales de l’asile.

De retour dans l’environnement hostile des unités psychiatriques, il opta pour la seule stratégie qu’il eût la force de mettre en place : ne faire attention à rien, être aussi discret et éteint que possible, n’emmerder personne pour que personne ne l’emmerde, et flotter hors de lui-même quand on l’obligeait à sortir de sa passivité. Il ne sut trop si cela fonctionna, il n’y fit pas attention, à ça non plus – il ne revenait à lui que lorsqu’il croyait apercevoir la silhouette éthérée d’un ange aux habits déchirés, dans sa chambre ou dans les couloirs. Mais il ne lui parlait pas, à lui non plus. Il ignorait s’il espérait le voir partir ou rester, il pensait parfois à Vicky et ses yeux le piquaient. Il se demandait si elle était seule ou accompagnée, si elle allait bien, si elle s’en sortait mieux que lui, ou plus mal. Il ne demanda pas de ses nouvelles à son frère Steph, l’ange, dont il ne savait s’il passait tout son temps à veiller sur lui, ou s’il alternait entre sa chambre et l’endroit où logeait Vicky. Il luttait contre la vision de l’ange, comme il luttait contre le reste, c’est-à-dire plus ou moins. Il était trop faible, il dormait si mal, ses nuits étaient si sombres, si rouges. Il avait peur de voir son sourire à la fenêtre ou au pied de son lit, le sourire de sa tortionnaire, le sourire figé d’Allison Griggs. Si elle était morte – pourquoi pas ? – son fantôme était peut-être là, et quand bien même ce ne serait pas le cas, Allison le hantait. Il la voyait partout, il entendait sa voix, il sentait ses doigts sur ses poignets, sur sa gorge, les coups, les craquements qui lui foutaient les larmes aux yeux de douleur. Il fourrait son visage dans son oreiller et hurlait de toutes ses forces en priant pour que les infirmièr·es de nuit ne l’entendent pas, il arrêtait parce que ça faisait mal à la gorge et que ses propres cris lui faisaient peur, et il se recroquevillait, tremblant, secoué de ces sanglots secs qui ne le soulageaient pas.

Ses voisins de chambre se succédaient sans qu’il s’en rende compte, c’était à peine s’il se souvenait qu’il la partageait avec d’autres, cette foutue chambre beige qui sentait les produits d’entretien, et peut-être qu’ils lui parlaient parfois, puis renonçaient en se disant que ce type était encore plus désaxé qu’eux. Bien évidemment, vint une exception, il en vient toujours, et Stanley n’en profita que peu – le gars resta une semaine à tout casser, le temps de se remettre d’une tentative de suicide aux anxiolytiques ou quelque chose de ce genre. Un brave gars qui parlait toute la journée sans s’arrêter, terrifié par le silence, qui dormait aussi mal que lui et pleurait dans l’oreiller en attendant son mauvais sommeil. Stanley dut déployer des efforts de concentration pour apprendre son nom et le retenir : Noah. Des ondulations brunes s’éparpillaient autour de son visage candide et fatigué, et il triturait ses doigts sans cesse, torturant ses phalanges sèches, couvertes de peaux mortes. Il trempait ses yeux rougis de sérum physiologique quand il se levait le matin, avant même de prendre son petit déjeuner, parlant toujours, intarissable. Ce n’était pas désagréable, sa voix était toute douce. Stanley se surprenait à l’écouter d’une oreille, ça le détendait, ça le forçait à se concentrer sur quelque chose. Il lui répondait par des coups d’œil ou des hochements de tête maladroits, et ça lui suffisait, à Noah, il en souriait à chaque fois, jusqu’aux yeux, ça semblait lui faire sa journée entière. Mais il pleurait immanquablement le soir venu, seul dans son lit, et malgré toute sa volonté d’imperméabiliser son empathie, Stanley éprouvait sa souffrance morale. L’avant-dernier soir, il n’y tint plus, il sortit du lit et alla s’asseoir au chevet de Noah, qui le regarda avec une stupeur quelque peu craintive, avant que Stanley, se fiant à son instinct et à rien d’autre, ne glisse sa main dans ses cheveux et ne masse son crâne du bout des doigts, faiblement, serrant les dents sous la douleur que lui infligeait encore son poignet. Noah explosa, les vannes sautèrent au visage de Stanley et il se retrouva avec son compagnon de chambrée dans les bras, en pleurs si bruyants que Stanley crut en avoir mal à la tête. Noah en fut soulagé, oui, Stanley le sentit, que ça allait mieux, au moins un peu, et il ne le lâcha pas, il le laissa se vider de son chagrin sur son t-shirt et eut peut-être une légère envie de chialer avec lui, qu’il ignora. Noah releva la tête au bout d’un moment et le contempla avec de grands yeux reconnaissants.

« M… merci. Merci. »

Stanley hocha la tête, inexpressif, son regard autrefois d’un bleu intense aussi vide que le silence, caressa la joue de Noah sous ses boucles, l’essuya du pouce, fit de même avec l’autre joue, et attendit que son esprit lui souffle ce qu’il devait faire à présent. Il ne prit pas le temps de se demander si l’idée qui lui parvint était étrange ; il pencha seulement la tête de côté, approcha son visage du sien et entrouvrit les lèvres, interrogateur. C’était une proposition, libre à Noah d’en faire ce qu’il voulait – il l’embrassa, tout doucement, le sel de ses larmes glissant sur la langue de Stanley, colla son nez et son front aux siens, à la recherche de réconfort, et tous deux s’étreignirent, comme si cela pouvait refermer leurs blessures. Peut-être que s’ils se serraient suffisamment fort l’un contre l’autre, cela fonctionnerait, oui. Ils dormirent dans le même lit, Stanley jouant le rôle de la grande cuillère, dissimulant ses propres larmes dans la tignasse de Noah – et pour la première fois, ce dernier accepta le vide, le silence, parce qu’il y avait quelqu’un avec lui, il n’était plus seul, plus cette nuit. Il s’assoupit dans un très léger ronflement et Stanley, lui, veilla sur son sommeil avec un zèle qui l’étonna lui-même. Lorsque l’équipe de nuit passait la porte de la chambre avec ses lampes, il lui jetait un regard ferme qui la dissuadait de les séparer – elle s’assura seulement, lors de son premier passage, que tout allait bien pour Noah, et Stanley aurait été en mesure de dire que oui, pour cette fois, tout allait bien. Et lui ? Lui, il n’irait plus jamais bien, mais c’était l’un de ces instants où il aurait moins mal. Alors oui, ça allait. Les cheveux de Noah le chatouillaient entre les doigts et se liaient autour de son avant-bras déformé, quelques pellicules s’accrochaient à son nez et à ses sourcils, l’odeur de la sueur de Noah se lovait dans ses narines, et il n’avait aucune idée de la façon dont il en était arrivé là. Autour d’eux retentissaient ces cris piégés dans les murs que Stanley rêvait de ne plus entendre. Noah était-il conscient de la chance qu’il avait d’être aveugle et sourd à cet univers parallèle qui phagocytait le quotidien de Stanley depuis quinze ans ? Il devait faire partie des gens qui ne croyaient pas à tout ça, ou peut-être que si, puisqu’il était chez les fols avec lui. Stanley ne lui poserait pas la question, il ne parlerait pas plus pour lui que pour les autres. Il caressait les bras de Noah lorsque les frissons y fleurissaient, pensait parfois à rouvrir le canal par lequel les émotions étrangères transitaient jusqu’à son cerveau, afin de vérifier que le sommeil de Noah ne s’apparentait pas à un calvaire, et se ravisait – qu’est-ce qu’il en ferait, de ces émotions ? Qu’est-ce qu’il en faisait, des émotions d’autrui, avant Allison ? Elles l’encombraient, elles s’entassaient en lui et écrasaient les siennes sous leur poids, il cherchait à les déplacer mais elles pesaient trop lourd, alors il attendait de pouvoir s’isoler, il attendait que passe sa crise d’empathie, sa musique dans les oreilles, et il dessinait dès qu’il avait retrouvé un peu de force – il ne dessinerait plus comme avant, lui hurlaient ses poignets tordus de douleur, et il pouvait aussi tirer un trait sur la guitare.

Il emplit ses poumons de l’odeur de Noah, collé à lui, ses cheveux entre ses lèvres, ses doigts longeant ses veines violacées sous la lune. Noah s’arrondit contre son torse et poussa un doux soupir. Stanley en entendit quelques autres avant l’aube, leva parfois la tête pour admirer son visage, céda quatre ou cinq fois à la tentation de l’embrasser sur la tempe ou sur la pommette, juste pour lui faire du bien, et s’en faire un petit peu aussi, peut-être. Il se demanda vaguement où était passée sa vieille phobie sociale, mais Dieu merci, elle ne tarda pas tellement à se rappeler à son bon souvenir. Vers sept heures, alors que Noah n’avait pas encore ouvert les yeux, Stanley hésita à rejoindre son lit, avant que Noah ne se tourne vers lui tout ensommeillé et qu’un silence gênant ne s’ensuive, ou un monologue d’excuses tout aussi embarrassant, ou pire, qu’il ne le foute hors de son pieu avec une grimace de répulsion – puis il pensa que Noah se sentirait peut-être mal, si jamais il se rendait compte qu’il était de nouveau tout seul. L’atmosphère s’alourdirait tant qu’il en perdrait la parole et que le silence l’étoufferait et qu’il en ferait une crise d’angoisse. Stanley serait trop engourdi pour le réconforter, il n’oserait même pas le faire, il resterait prostré sous ses couvertures et ses remords. Incapable de décider laquelle de ces situations était la pire, il resta tendu, tout noué dans le dos de son compagnon d’infortune, glacé d’angoisse – bordel Stanley, tu as vécu presque trois semaines enfermé et torturé, et t’angoisses encore pour ce genre de conneries ? Mais lorsque Noah émergea, il se reversa sur le dos et vint se blottir contre Stanley, le visage enfoui dans son épaule, sans parler. Stanley décongela instantanément, l’embrassa sur le front et essaya de ne pas pleurer.


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Noah [REDACTED] : faire face au Vide https://malonesilence.com/noah-redacted-faire-face-au-vide Thu, 28 Sep 2023 19:18:00 +0000 https://malonesilence.com/?p=1250 Il est possible que le nom de famille de Noah soit Peterson. Il ne peut pas en être certain. Sa mémoire est presque vierge, comme s’il était né ici et maintenant. Ici, dans cette chambre d’hôpital qu’il partage avec Stanley, l’homme qu’il va aimer. C’est donc au début des Pleurs Lire la suite

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Il est possible que le nom de famille de Noah soit Peterson. Il ne peut pas en être certain. Sa mémoire est presque vierge, comme s’il était né ici et maintenant. Ici, dans cette chambre d’hôpital qu’il partage avec Stanley, l’homme qu’il va aimer.

C’est donc au début des Pleurs du Vide qu’on fait connaissance avec Noah. Et c’est en commençant l’écriture de ce deuxième tome que je l’ai connu moi-même. Il ne vient pas des Hurlements noyés, ni du peu que j’avais prévu pour la trilogie dans son ensemble. Noah s’est imposé de lui-même, comme beaucoup de mes personnages. Et surtout, il s’est imposé de l’extérieur.

Comme tout, non ? Oui, mais d’une autre manière. Noah est un apport de l’extérieur pour apporter de la lumière à l’intérieur, littéralement.

I) Naissance de Noah : le vertige du RP

J’ai déjà parlé création collective sur ce blog, et du fait que certains personnages s’étaient rencontrés en RP. Ceux des autres, et les miens. Certains d’entre eux se sont liés très étroitement.

J’ai peu joué avec Stanley, en RP. Il a toujours été assez difficile de le faire. Stanley n’ose pas trop s’exprimer hors de sa propre histoire. Et puis, ça me faisait trop l’effet de me promener en public les tripes à l’air.

Mais ! Il a rencontré du monde. Et, parfois, du très beau monde. Dans cet univers parallèle, il est tombé amoureux deux fois, de personnages plutôt réconfortants. A chaque fois, je me suis trouvé, disons, un peu trop investi. C’est comme tout avec mes personnages, c’est quelque chose que beaucoup d’auteurices partagent, tout ça tout ça.

Bon, c’est un peu embarrassant, quand même. De raconter que quand ton personnage tombe amoureux, tu tombes un peu amoureuxe toi aussi. Qui a aimé cet être fictif en premier, d’ailleurs ?

Inutile de le préciser, mais précisons-le quand même : c’était l’époque où ça n’allait pas fort. Dans mon isolement, je trouvais du réconfort dans la présence de personnages créés par d’autres, avec qui j’interagissais. Sain ou pas, simple immersion ou autre chose, je ne sais toujours pas : l’important, c’est que ça m’a aidé. Et que ça m’a fait réfléchir à d’autres aspects du nécessaire apport des univers d’autrui à nos propres mondes.

II) Noah VS The World (B)

Si un personnage né d’un univers A se retrouvait coincé dans un univers B, il se passerait quoi ?

A priori, pas grand-chose. C’est un simple changement d’espace-temps, non ? A un détail près : les personnages sont dépendants de leur créateurice. Iel contient tout pour eux, y compris leur mémoire. Si quelqu’un·e décidait de me « léguer » ses personnages pour une raison ou pour une autre, est-ce que, sous ma plume, dans mon esprit, ils resteraient les mêmes ? Leur histoire serait nécessairement différente, ne serait-ce que dans certains détails. A moins de passer d’un univers à un autre par conscience partagée, il est impossible pour un personnage de franchir le seuil sans en être altéré. Ce serait même plutôt, à l’arrivée, une copie du personnage de départ.

Et si personnage A et personnage B se rencontraient sur timeline C ? Et si une histoire s’écrivait à quatre mains ou plus, avec du partage de personnages ? D’ailleurs, où commence-t-elle, la création de l’univers : avant ou après l’écriture ? Pendant ? Est-ce qu’il se dédouble, puisqu’on voit tout se dérouler avant d’écrire ? Des questions que personne ne se pose, à part Noah et moi !

Aparté : La lecture de La Prophétie des sœurs-serpents et des articles d’Isis Labeau-Caberia m’a apporté un nouveau point de vue sur la question 👀

D’où vient Noah ? Il n’aura de cesse de chercher la réponse au long des Pleurs du Vide. Il n’a pas de passé, pas de certitude quant à ce qui fait son identité, et c’est peut-être par désespoir qu’il tombe amoureux de Stanley, son seul repère. Et là, c’est le bon moment pour s’inquiéter un peu. Quel équilibre est possible dans une relation pareille, entre un homme qui n’a pas du tout vécu et un autre qui en a trop vu ?

… Je vous l’ai dit, non, que Stanley n’est pas mort parlait pas mal de dépendance et d’émancipation ?^^ Des formes d’enfermement et des solutions pour s’en extraire, en tout cas. Peut-être faut-il briser les frontières entre les mondes fictifs pour libérer Noah, qui sait ? 👀

J’ai l’impression que cet article soulève un paquet de questions, et j’ai envie de parler de BEAUCOUP de trucs là tout de suite, mais ce serait trop long. Et mes personnages parleront toujours mieux de mes propres questionnements que moi, que ce soit par rapport à leurs histoires ou autre chose !

III) Noah : Soft and Furious

OK, après ces dernières digressions, qui est Noah, à part un drôle de love interest au potentiel méta ?

Bon, évidemment, c’est un chouette gars, touchant et très bavard – vous verrez, question logorrhée, il concurrence Archie… dont nous parlerons plus tard !

Son caractère rejoint celui de Stanley sur pas mal de points. A cela s’ajoute un immense appétit de vivre qui a fait éclater le scénario prévu initialement ! Parce que Noah est cet élan venu de l’extérieur, sans doute trop tard mais venu quand même, qui pourrait relancer la machine. En des termes plus humains : sous ses airs fragiles, Noah a toutes les armes en lui pour s’en sortir, et même le courage de se rebeller contre l’effondrement de son univers. Une petite force de la nature ! C’est sans doute ce qui lui permettra de se lier avec une autre personne, que vous connaissez bien aussi…

En fait, j’ai encore pas mal de questions moi-même, en relisant l’article. Ai-je davantage parlé de Noah en tant que membre de relations, de ce qu’il représente plutôt que de lui-même en tant que personnage ? Je ne pensais pas que parler de lui serait si compliqué, mais ça l’est. Il y a ce qu’il représente, ce qu’il est pour Stanley et pour l’univers, et il y a son absence d’histoire. Toute son histoire, vous la lirez dans Les Pleurs du Vide. Comme lui-même le dit à Stanley :

Tout ce dont je me souviens, je l’ai vécu avec toi.

Bonus : theme songs

J’ai créé une playlist spéciale pour Noah, parce que certaines chansons me font invariablement penser à lui. Certaines se sont trouvées par hasard sur mon chemin. D’autres illustraient, à la toute base, une scène des Pleurs du Vide. Est-il possible que Noah ait son propre roman un jour ? Peut-être bien.

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« Les Pleurs du Vide » arrive sur Ulule ! https://malonesilence.com/les-pleurs-du-vide-arrive-ulule Mon, 29 Aug 2022 16:15:51 +0000 https://malonesilence.com/?p=1065 J’ai terminé le second jet de Les Pleurs du Vide il y a deux semaines. La campagne Ulule démarre le 5 septembre prochain. Même que vous pouvez vous tenir au courant du lancement juste ici. Eh ouais. J’ai mis du temps à réaliser que Les Pleurs du Vide, c’était fini. Lire la suite

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J’ai terminé le second jet de Les Pleurs du Vide il y a deux semaines. La campagne Ulule démarre le 5 septembre prochain. Même que vous pouvez vous tenir au courant du lancement juste ici.

Eh ouais.

J’ai mis du temps à réaliser que Les Pleurs du Vide, c’était fini. Pour ce qui est de réaliser que c’est ma deuxième campagne Ulule… bon, ça va. Il faut juste que je me prépare psychologiquement, vous voyez ? J’en ai parlé, c’est autant de travail que de stress. Mais… ça va. C’est vis-à-vis de l’écriture que c’est plus complexe.

Les Pleurs du Vide m’a rincé pendant des mois, entre l’éclate habituelle et la prise de tête, parce qu’un tome 2, c’est quelque chose ! J’en suis aujourd’hui plus content que je ne l’imaginais, et très heureux de ce qu’il peut devenir – le temps de relire, de corriger, tout ça. Et puis, c’est un beau petit pavé.

(Bon, c’est plutôt 120 que 117, en fait.)

Mais purée, au moment où j’ai posé le point final, j’ai pas réalisé. J’étais encore dedans, en transe. Vous connaissez ça ? Vous vous êtes plongeæ dans une histoire si longtemps qu’en sortir est difficile. Sentiment de vide, ennui, idées noires à certains moments… Ça m’a fait ça avec Les Pleurs du Vide. Puis j’ai réalisé que la campagne Ulule se rapprochait, et le stress est monté. J’ai vécu quelques journées de grosse angoisse. Et puis c’est redescendu au fil des préparatifs. Préparer ma page Ulule, ça m’a permis d’avancer.

Et ensuite ?

Et ensuite, je sais pas.

Il y a le premier jet de Lucian, qui m’attend sagement et dont vous pouvez lire les premiers chapitres ici. Continuer à l’écrire, commencer un second jet (tant de trucs ont changé !), faire les deux en même temps (et pourquoi pas ? Oui, mon processus créatif est chaotique, mais écoutez, je m’éclate comme ça) ?

A dérouler, comme dirait l’autre.

Il y a aussi RATURE, que je dois terminer. J’ai ouvert le doc ce matin. A l’heure où je vous écris, il est toujours ouvert. Il attend que je corrige ce qui doit l’être, puis que je reparte du bon pied. On dit que je me lance ce soir ?

Je dois également continuer soulmates never die, une autre nouvelle spin-off. Elle est triste.

Et puis, il y a le tome 3, toujours sans titre, déjà entamé. Un premier jet, là aussi. Je n’avais jusque-là travaillé dessus que dans ma tête. Je ne sais pas avec précision où je vais, ni comment l’histoire va finir. Il faut que ça mûrisse – mais Archie n’est pas patient. Lucien non plus, d’ailleurs.

Dans ma tête, mon monde est plus vivant que jamais.

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Personnages féminins : s’y attacher et les écrire https://malonesilence.com/personnages-feminins-ecriture https://malonesilence.com/personnages-feminins-ecriture#comments Thu, 18 Aug 2022 14:23:22 +0000 https://malonesilence.com/?p=1028 Quand j’étais enfant, en fiction, je ne m’intéressais qu’aux personnages féminins. Genré fille et déjà mis en concurrence avec les garçons, à l’école ou ailleurs, j’avais conscience que quelque chose de plus important se jouait lorsque, à l’écran ou sur les pages, un rapport de force s’instaurait entre une fille Lire la suite

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Quand j’étais enfant, en fiction, je ne m’intéressais qu’aux personnages féminins. Genré fille et déjà mis en concurrence avec les garçons, à l’école ou ailleurs, j’avais conscience que quelque chose de plus important se jouait lorsque, à l’écran ou sur les pages, un rapport de force s’instaurait entre une fille et un garçon, entre une femme et un homme. Pourquoi voyais-je toujours les hommes avoir le dessus sur les femmes, les malmener physiquement ou psychologiquement, et avoir le dernier mot ? C’est aussi ça qui m’a mené à avoir peur de ma « condition de femme » autant que des hommes. A en avoir honte, aussi. Bref, le patriarcat ça cause des dégâts, à l’Ouest rien de nouveau.

Enfants, notre apprentissage de la réalité passe en grande partie par la fiction. Et, qu’on l’admette ou non, c’est encore largement le cas quand nous avons atteint l’âge adulte. Alors oui, j’étais irrité, en colère, triste puis désespéré du destin des personnages féminins, auxquels je m’identifiais alors. Avoir peur pour ces femmes, tout le temps, me faisait me sentir mal. J’étais presque écœuré de les voir sans cesse en position de faiblesse, quelle que soit la situation. Je désespérais de voir un de ces personnages s’en sortir sans l’aide d’un homme.

Je ne vais pas m’étendre ici sur l’importance de la représentation : d’autres, comme La Booktillaise ou darksideofthemoune, l’ont déjà très bien fait, et je vous invite à les lire. Mais il me semblait logique de commencer par là. On en parle depuis si longtemps, de l’écriture de personnages féminins – et, de manière plus générale, de personnages ne correspondant pas au modèle dominant : masculin, blanc, cis, hétéro, etc. Ce modèle dominant et le cadre préétabli, en plus de ne pas être représentatifs, sont un frein à la créativité et brident l’imaginaire. Et donc, comment on en sort ? Avec pas mal de boulot. Petit partage d’expérience.

I) La réponse émotionnelle

J’avais autrefois parlé du processus derrière la création du personnage d’Allison Griggs, pour Les Hurlements noyés. Allison Griggs est née de mon besoin, à treize ans, de me créer un personnage féminin monstrueux pour terrifier les hommes. Le concept a depuis beaucoup évolué – rien d’étonnant en dix ans. J’ai fait de mon mieux pour traiter quelque chose d’assez complexe et j’espère avoir réussi, sans en être tout à fait sûr.

Stanley, le personnage principal, est un mec. Si ça m’a permis d’aborder des thèmes très personnels, mon but premier, celui de mes 13 ans, était ailleurs. Quand j’ai créé Stanley, c’était pour avoir un comfort character – le mien. J’éprouvais le besoin d’un comfort character masculin dans un monde où les hommes me terrorisaient et où, dans le même temps, je pensais devoir les aimer et être aimé d’eux pour être heureux. Autre problème : je ne me voyais pas faire trop souffrir mes personnages féminins. Je les voyais en baver partout, je n’en pouvais plus. Or pour moi, l’écriture est cathartique. J’ai besoin d’aborder des thèmes durs, de parler de traumatismes. Alors j’ai utilisé des personnages masculins pour ça. Mon attachement étroit pour eux en a résulté – mes trois persos fétiches, c’est Stanley, Archie et Lucien.

Ajoutez-y la misogynie intériorisée et le manque de personnages féminins authentiques en fiction, et le serpent se bouffe la queue jusqu’aux côtes.

II) Un peu d’espoir, et le début du boulot

J’ai tout de même quelques contre-exemples sous la main, évidemment. J’en ai toujours eu, et vous aussi. On pensera sans doute aux mêmes personnages féminins – bah oui, il y en a encore trop peu dans la masse. De bons, je veux dire.

En tant que fan de Silent Hill, j’ai connu Heather Mason assez tôt. Elle a en partie servi d’inspiration pour Vicky, un de mes personnages préférés à l’heure actuelle. Mon attachement à un univers en tant que fan m’a-t-il aidé à me rapprocher d’un de mes personnages féminins ? (Oui, Vicky est sur le spectre non-binaire, mais je ne l’ai su que plus tard. Reste que cela signifie sans doute beaucoup sur mon processus, sur ce que mes personnages m’ont appris sur moi-même, etc.) Peut-être. Ou alors, j’étais juste heureux de rencontrer des personnages féminins attachants et authentiques !

C’est plus tard, pendant le sensitivity reading de LHN, que j’ai aussi commencé à éprouver quelque chose pour deux autres de mes personnages féminins : Sally et Ariane. Ce travail m’a poussé à les développer, à plonger le plus profondément possible dans leur psyché. C’était quelque chose que je n’osais pas faire, que j’ignorais comment faire sans que le résultat soit mauvais. Si Sally est un bon personnage, c’est grâce à l’aide d’Oyaomi ! Et mine de rien, ce travail a été libérateur. J’ai eu besoin d’un coup de pouce, mais écoutez, qu’il en soit ainsi ! C’est pas grave. La création, c’est beaucoup plus collectif qu’on ne le croit.

III) Comment travailler tout ça ?

L’une des solutions communément proposées est de considérer les personnages féminins « comme des personnages masculins ». Parce que les personnages masculins, eh bien, ce sont des personnages tout court, c’est la norme, c’est ce qui est neutre – haha. Bref, ça peut être un point de départ, mais ça pose d’autres soucis. On peut parler des personnages de « femmes fortes« , cette force étant souvent leur seul trait de caractère, mais pas seulement. Reprise de comportements problématiques de mecs, sexualisation à outrance, manque général de profondeur… (Je vous invite à lire l’article de Bon Chic Bon Genre à ce sujet.) De plus, si l’on s’inscrit dans un récit plutôt réaliste, l’identité de genre d’une personne est un élément constitutif de son appréhension du monde, de même que son orientation, le fait d’être racisæ ou non…

Assigné fille et perçu ainsi, j’ai vécu l’éducation, les relations humaines, la violence aussi, d’une manière différente de celle d’un homme cis. Les biais auxquels je dois faire face peuvent être différents. Chaque individu-e à son histoire, fruit d’une histoire collective longue et complexe. Dans ce cas, que faire ? Apprendre ! En diversifiant les fictions et la non-fiction que l’on consomme, en suivant des militant-es sur Internet (@lydieinthetrain, @AlbinEien, @BananaLicorne, @bibliofeel_, @Sarah_Ghey, @bookeylae, @lecturesensible…), en écoutant parler son entourage… et/ou, comme j’en parlais plus tôt, en faisant appel à des sensitivity readers quand il s’agit d’écrire ! En effet, parfois, notre position diffère tellement d’une autre qu’on ne peut totalement s’y imaginer. Si j’ai sollicité une SR, c’est parce qu’en tant que personne blanche, je ne peux comprendre pleinement le vécu d’une personne noire ainsi que les oppressions dont elle est victime. Bref, les ressources sont partout !

Restait, en ce qui me concerne, à travailler sur l’aspect affectif de l’écriture des personnages féminins, évoqué plus haut. Le travail est bien sûr toujours en cours !

IV) S’attacher à ses personnages

Je me suis rapidement rendu compte que j’avais un souci. Quand j’invente un personnage, je commence souvent par son physique. Sans doute un coup de ma mémoire photographique, ou le simple fait qu’une première rencontre passe souvent par là. Avec mes personnages féminins, c’est un souci parce que je ne peux pas m’empêcher, dans un premier temps, de les imaginer dans la norme : blanches, minces, valides… A l’image de la plupart de nos modèles, encore aujourd’hui.

Ainsi, j’ai su très tard que Sally Parkins était noire et avait un vitiligo. Ariane, sa sœur, s’est révélée grosse et handi quelques mois après sa naissance dans ma tête. Il m’a fallu quelques jours pour comprendre que Mélodie Anglade était une femme transgenre. Il faut toujours que les points les plus importants de leur identité me viennent sur le tard ! C’est aussi pour ça, j’imagine, que je suis un auteur un peu lent ? Là-haut, c’est aussi lent, trop lent.

A côté de ça, mes personnages masculins, quand ils ne sont pas des antagonistes ni l’incarnation de ce qui me terrifie, sortent du cadre directement. Ils sont au moins queer, neuroatypiques ou les deux en même temps. J’ai pris l’habitude d’extérioriser à travers eux ; à moi de faire en sorte que ça change, pour que mes personnages féminins deviennent tout aussi importants, pour moi comme pour l’histoire. Est-ce que cela signifie obligatoirement soigner mes traumatismes à travers eux ? J’ai longtemps craint de les malmener, parce que je me malmenais moi-même, ayant en tête qu’en tant que fille, j’étais une petite chose fragile. Mais Vicky, Sally, Ariane m’ont appris que je pouvais, à différentes échelles, utiliser les personnages féminins à des fins thérapeutiques. J’ai appris que je pouvais leur faire confiance.

V) Guérir du patriarcat

Parce que c’est de ça qu’il s’agit, finalement. Se défaire de la misogynie intériorisée, de la honte, de la peur de cette « féminité intérieure » et de toutes les conneries qui vont avec. C’est là que j’ai trouvé la principale fonction thérapeutique des personnages féminins. Oui, ils peuvent m’aider autant que leurs homologues masculins, en inventant de nouvelles façons de guérir, de nouvelles sororités, parfois de nouveaux moyens de se défouler et d’extérioriser. Une autre manière de faire face à la violence du monde. Mes personnages féminins sont porteurs d’espoir, parce que ce sont les femmes et le féminisme qui me l’ont rendu et m’ont permis d’avancer, voire de sortir de schémas et relations toxiques.

Il y a quelque temps, j’ai lu Eaux Troubles, un slasher féministe ultra cathartique. L’une des histoires les plus libératrices que j’aie pu lire. J’y repense souvent, aux aventures de ce groupe de filles réclamant vengeance et s’unissant contre leurs agresseurs.

Bien sûr, je ne crois pas qu’il faille obligatoirement ce côté positif dans l’écriture de personnages féminins et de leur histoire. Mais ça aide – je vous renvoie aux liens postés plus haut : les représentations positives, on en a besoin. Si je supporte aussi bien (voire apprécie, osons le dire héhé) que les mecs fictifs s’en prennent plein la poire, quand bien même je me suis attaché à eux (parfois c’est même à cause de ça, nous le savons toustes !) c’est qu’il a été montré de multiples fois qu’ils pouvaient s’en sortir. Je suis alors loin de la fatigue désespérée, et parfois de la violence ressentie face à la représentation d’une femme sans défense. Les meufs s’en prennent plein la gueule, dans la réalité et dans la fiction. Je suis de celleux qui ont besoin d’espoir pour elles.

Conclusion

Alors, pour l’instant, on fera comme ça.

En dehors des femmes qui tiennent des rôles d’antagonistes, je continuerai à chercher l’espoir. J’écrirai des personnages féminins humains, parce que les femmes sont avant tout des gens. Parfois, j’écrirai leurs traumatismes, et comme toujours avec moi, ce sera sombre. J’écris toujours du drame, de l’horreur psychologique. Mais je n’ai jamais cherché la fascination morbide. J’ai écrit Les Hurlements noyés comme un exutoire et dans une volonté de montrer les conséquences des traumatismes. Les violences systémiques ne sont pas un spectacle.

Évidemment, en ce qui me concerne, le plus dur, c’est les violences sexuelles. Je sais que si j’écris des personnages féminins victimes de VSS, je me sentirai mal. Et je craindrai que les hommes n’érotisent ça. Si je traite ces violences à travers des victimes masculines, c’est aussi pour ça. Du rape and revenge, des femmes physiquement vulnérables et réduites à la soumission dans ce contexte… J’en ai bouffé, on en a bouffé. Consommer et écrire ça m’est devenu insupportable. Mais alors, ça contribue à me rapprocher encore des personnages masculins, non ? Oui. Je me rapproche de mes personnages féminins différemment, voilà tout.

Peut-être trouverai-je d’autres solutions dans le futur, d’autres moyens d’attachement et de rendre mes personnages féminins importants. En attendant, celle-ci, je la trouve belle, et j’espère que vous la trouverez belle aussi.

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« Les Pleurs du Vide » : chronique d’une écriture chaotique https://malonesilence.com/les-pleurs-du-vide-chronique-dune-ecriture-chaotique Mon, 16 May 2022 14:16:35 +0000 https://malonesilence.com/?p=917 Peut-être est-ce le premier article d’une série. Ou peut-être en écrirai-je seulement un deuxième, quand l’écriture de Les Pleurs du Vide sera finie. Je ne sais même pas s’il aura un quelconque intérêt pour d’autres personnes que moi. J’essaie de mettre un peu d’ordre dans ma tête, ou de me Lire la suite

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Peut-être est-ce le premier article d’une série. Ou peut-être en écrirai-je seulement un deuxième, quand l’écriture de Les Pleurs du Vide sera finie. Je ne sais même pas s’il aura un quelconque intérêt pour d’autres personnes que moi. J’essaie de mettre un peu d’ordre dans ma tête, ou de me prouver que j’avance malgré tout, malgré l’irrégularité. Pas que l’écriture de Les Pleurs du Vide soit plus difficile que celle de Les Hurlements Noyés. Disons qu’elle l’est d’une autre manière, tout comme le plaisir en est différent.

J’ai décidé d’intégrer quelques-uns de mes tweets à cet article. Après tout, ils parlent d’eux-mêmes – et puis c’est drôle.

Vraiment l’écriture de #LesPleursDuVide c’est les montagnes russes constantes finalement^^
Enfin c’est un peu pareil pour tous mes projets, un coup je stresse, un coup c’est l’éclate, un coup c’est les deux à la fois… Dites-moi si vous en avez marre 😆

(@MaloneSilence) April 15, 2022

Ah et ptn la version antérieure de LPdV était super chaotique mais j’ai gardé des chapitres parce qu’ils sont bien comme ça, MAIS du coup ça me pousse à écrire dans les « trous » entre les chapitres préexistants

(@MaloneSilence) April 16, 2022

(Ça, j’en avais parlé dans l’article linké ci-dessus ! J’ai même cru devoir déplacer des chapitres. Ce sera peut-être le cas, mais pas pour le moment. Par contre, les chapitres en cours se rallongent. Pas grave.)

Mais vraiment écrire un tome 2 dans une trilogie quel enfer quand t’es auteur jardinier ^^ Vraiment après les trois tomes de « Stanley n’est pas mort » je risque de faire des one-shots quelque temps – d’ailleurs pour le moment mes spin-off sont tous des OS

(@MaloneSilence) April 16, 2022

(Je vous rassure, j’aime toujours autant ce que je fais. Mais sur l’écriture de Les Pleurs du Vide, j’ai parfois besoin de quelques craquages !)

Commençons par le début.

En septembre dernier, je terminais l’écriture de LHN. Et puis, le sentiment de vide, et l’envie de continuer, et la peur d’avancer. Si vous êtes auteurice, il y a des chances que vous voyiez de quoi je parle. Et puis, quand même, j’ai passé dix ans sur LHN. C’est beaucoup. J’ai eu ce but pendant dix ans. Alors, même en sachant que l’écriture de Les Pleurs du Vide m’attendait, j’avais l’impression de ne plus avoir de but du tout. La campagne Ulule de LHN était derrière moi, avec ce rush intensif qui m’avait laissé sur les rotules. Après ça, je me sentais presque désœuvré. Il y avait bien les ventes de LHN à assurer derrière, et sur le long terme. Ce qui est bien différent, surtout quand on débute.

Puis la pression, pour faire un tome 2 aussi bon que le 1 – si j’en crois vos retours sur Babelio ou Goodreads, Les Hurlements noyés vous a plu en tout cas ! Bref, la pression, et la fatigue. En ce moment, je suis tout le temps fatigué, et écrire fatigué, j’ai un peu de mal. Et quand je ne suis pas fatigué…

Eh bien, je ne sais pas, écoutez.

J’ai déjà fait part, dans l’article sur la fin de LHN (toujours linké plus haut), de mes doutes quant à l’écriture de Les Pleurs du Vide. Si j’étais capable de continuer alors que j’allais mieux, ce genre de choses. Finalement, j’ai traversé un épisode compliqué début 2022, alors j’imagine que la question ne se pose plus ? Je suppose, oui. Puisque je suis arrivé à la conclusion que dans un fort état d’anxiété, je ne pouvais pas être très productif de toute manière !

En réalité, je n’en sais rien. Je sais juste que je n’allais pas bien, et que je n’ai presque pas écrit durant cette période. Pas sur Les Pleurs du Vide, en tout cas.

J’ai « extériorisé des trucs avec Lucien », comme je disais. Puis Archie et Tag ont commencé à s’agiter dans ma tête. Du coup j’ai écrit sur eux, ça me faisait du bien.

Du coup voilà j’ai passé mon trajet en train à écrire sur Archie et Tag qui partent en vacances – finalement c’est accurate

(@MaloneSilence) March 28, 2022

Et comme d’habitude, ça a pris de drôles de proportions.

J’avais pas prévu d’écrire de romance/d’histoire d’amour magnifique qui transcende le temps et l’univers, en partie parce que je crois moyennement à ça, mais avec Archie et Tag ça devient de plus en plus compliqué de pas le faire, du coup je vais sans doute le faire

(@MaloneSilence) March 27, 2022

Sachant qu’à la base, je devais juste parler d’Archie et Tag dans le roman de Lucien. Je ne m’imaginais pas du tout écrire un spin-off dont la romance serait la trame principale. Du coup, je pensais juste que Lucian, comme ce roman s’appelait à ce moment-là, aurait juste deux intrigues liées entre elles. Ça se fait, hein, ça se fait ! (EDIT : Je pense qu’on suivra toujours les deux parcours, celui de Lucien et celui d’Archie et Tag, dans le même roman. Ils restent liés, malgré tout, de façon très étroite. Les dissocier n’aurait pas tellement de sens, je crois. On s’en tiendra donc à ce que je disais dans le tweet ci-dessous !)

je vais probablement laisser le récit de l’histoire d’Archie et Tag dans le roman de Lucien, comme les deux histoires sont très liées – et changer le titre, du coup, vu que ce n’est plus seulement l’histoire de Lu. Bref ce roman continue de grossir. 👀

(@MaloneSilence) April 9, 2022

Tout a explosé, comme il se doit au Kraken je suppose. L’histoire Archie/Tag est devenu un truc gigantesque, alors que leur relation devenait de plus en plus importante pour moi. Archie David, c’est à la fois mon comfort character et un moyen inestimable d’extérioriser des choses dont je ne soupçonnais même pas qu’elles devaient l’être. Du coup, lui aussi a commencé à prendre toute la place. Alors que monsieur n’est censé apparaître qu’au troisième tome de la trilogie. Je ne pouvais pas reprendre l’écriture de Les Pleurs du Vide, pas tout de suite. C’est comme ça que je fonctionne, pour le meilleur comme pour le pire : si un personnage et son histoire m’appellent, je dois m’y consacrer. Si vous me suivez sur Twitter, vous avez vu le résultat :

J’ai bien peur qu’Archie ne me lâche pas tant que j’aurai pas fini d’écrire le premier chapitre du tome 3 avec tous les sous-chapitres, mais écoutez si après jpeux écrire #LesPleursDuVide l’esprit disponible^^

(@MaloneSilence) April 10, 2022

(Oui, Archie apparaît dès le premier chapitre du tome 3. Il lui est consacré tout entier ! Les autres persos, ceux que vous connaissez, reviennent ensuite, au chapitre 2… J’imagine ?)

Je suis retourné sur une nouvelle que j’avais commencé, une préquelle sur mon comfort character aka Archie (qui est surpris) et je suis à deux doigts de l’inclure dans les premiers chapitres du tome 3 (qui est surpris²)

(@MaloneSilence) April 10, 2022

(Je parle de RATURE. Elle sera publiée sur ce site après Wattpad !)

Il est pas mal l’incipit de mon tome 3 en vrai
Bon tu sens quand même le moment où je me lâche enfin et où ça devient bon ^^

(@MaloneSilence) April 9, 2022

Bon, c’était un peu le calme avant la tempête, finalement.

Je vous jure dans ma tête c’est le bordel donc on va prendre les choses dans l’ordre MAIS QUEL ORDRE OMG
Je sais juste que je dois finir le chapitre 1 du tome 3 et RATURES parce que sinon j’aurai pas l’esprit libre avec Archie qui court partout là

(@MaloneSilence) April 11, 2022

J’étais censé avancer sur l’écriture de LPdV pendant le CampNaNo. Censé ! Mais je me suis dit que, quelque part, écrire sur Archie, c’était aussi avancer. C’était me libérer l’esprit. C’était y voir plus clair pour la suite. Bref, c’était bien aussi.

Bref.
J’ai plutôt écrit sur les trucs dont je dois libérer ma tête que sur #LesPleursDuVide, mais sans ça j’ai du mal à écrire LPdV, donc… ces mots écrits me permettent à terme d’avancer sur LPdV, vous voyez ?^^

(@MaloneSilence) April 15, 2022

En bonus, j’ai même trouvé des réponses aux questions que je me posais pour ce tome 2. Parce qu’elles auraient des conséquences sur le 3, eh oui. Logique. Tome 3 pour lequel j’ai dû rebooter quelques trucs, déjà, notamment la relation Archie/Mélodie – j’en parle juste ici, dans un thread qui a plutôt intéressé, finalement. Bref, j’ai avancé, j’ai progressé, j’ai trouvé.

N’empêche que devoir reprendre/reboot des éléments de mon univers me fait plaisir, ça veut dire qu’il continue d’évoluer, de grandir, que je trouve des réponses et que mine de rien je bosse bien^^

(@MaloneSilence) April 21, 2022

Bref y’a eu un gros kaboom dans mon univers encore – mais au moins les deux premiers tomes de #StanleyNEstPasMort sont épargnés (non, pas le troisième, vu que Mélodie était censée y être) (mais je peux faire un truc sympa)

(@MaloneSilence) April 21, 2022

La bonne nouvelle du jour, c’est que j’ai trouvé comment ça allait se passer avec Allison dans le tome 3. ça va pas en se simplifiant cette trilogie, c’est moi qui vous le dis^^

(@MaloneSilence) May 8, 2022

Ces temps-ci, Archie et Tag se calment un peu. Excepté le soir, alors que j’essaie de m’endormir. C’est souvent eux qui m’accompagnent dans le sommeil, pour tout un tas de raisons. Enfin je crois. Quoi qu’il en soit, après avoir passé du temps avec eux et un après-midi dehors pour reprendre l’écriture de Les Pleurs du Vide, j’ai pu recommencer à avancer. J’ai retrouvé des idées. Les personnages sont revenus me parler – dont Stanley, qui commençait à me manquer sérieusement.

Le fait qu’écrire autre chose que ton projet principal décuple le plaisir que tu as à y retourner me réjouit plutôt

(@MaloneSilence) April 5, 2022

Aujourd’hui j’ai dû commencer à écrire mon chapitre à la main pour me débloquer. Je me suis dit que comme ça, si je partais sur un autre support, en mode yolo, dans mon carnet un peu défoncé, ça allait me libérer l’esprit.
Bah c’est validé. 👍

(@MaloneSilence) April 8, 2022

Quelque chose d’autre m’a aidé : reprendre conscience que je me surmenais un peu et que l’écriture, c’était aussi les moments off pour que l’inspiration revienne. A force de me mettre la pression, j’avais fini par me mettre la tête dans le guidon, vous voyez.

L’écriture c’est aussi ces sas de décompression, ces moments d’observation de ce qui nous entoure, c’est vivre tout simplement. Je sais que j’enfonce une porte ouverte, mais eh, on l’oublie souvent. Si je suis rentré gonflé à bloc de mes vacances – et avec encore plus de bordel dans ma tête, mais du bon bordel, de l’inspiration en veux-tu en voilà – c’est pas pour rien.

Mais l’inspi était déjà un peu revenue avant – grâce aux artistes de l’Internet, à la musique, et quand j’ai écrit en extérieur. Quand tu habites à la campagne et que ton histoire se passe en grande partie dans une forêt, ça peut être une bonne idée. En tout cas, pour moi, ça a marché et ça marche encore. Ça réussit plutôt à mes personnages, aussi, visiblement !

Revenir sur #LesPleursDiVide pour constater que mon scénario a encore explosé et que tout ne se passe pas comme prévu, bah écoutez allons-y
En attendant j’ai repris LPdV, on est contents !

(@MaloneSilence) April 15, 2022

(Oui, j’ai fait une faute de frappe dans le #. Ça va, hein !)

Donc maintenant c’est Scarlet qui défonce mon scénario OK très bien bah je vais faire une sieste et on reprend plus tard #LesPleursDuVide

(@MaloneSilence) April 16, 2022

Scarlet, tu m’as surpris. Chuck aussi m’a surpris, par son évolution. Je ne m’attendais pas spécialement à ça – je ne m’attendais peut-être à rien, en fin de compte. Disons que l’évolution de ces personnages est logique en soi (je leur fais confiance, de toute façon ; mes univers, c’est un truc plus gros que moi) mais… Écoutez, ça ajoute de la nouveauté. J’aime être surpris par ce que j’écris, et je suppose que dans ce cas, si vous lisez la série, vous le serez aussi. J’espère !

Avec LPdV, j’expérimente pas mal, souvent encouragé par mes potes. Il se passe pas mal de trucs assez dingues dans ce tome-là, c’est l’occasion de s’amuser un peu : body horror, visions étranges et oniriques, écriture glitchée aussi !

Faire de l’analog horror à l’écrit ptn 🥴
Hope it’s worth the risk

(@MaloneSilence) April 8, 2022

(Eclatez-vous en écrivant, amusez-vous, inventez, prenez des idées partout et remaniez-les à votre sauce, vraiment faites tout ce que vous voulez !)

Bref, où va-t-on, avec cet article super fouillis ?

J’ai établi un objectif sur le site du NaNoWriMo : terminer l’écriture des Pleurs du Vide avant juillet 2022. J’ai estimé le nombre de mots restant à écrire à 50 000. Si le compte est bon ? Je doute, encore. Je m’estime à la moitié du boulot avec mes 63k, à peu près. Ou un peu plus, ou un peu moins. C’est à la louche, et ça me permet déjà de savoir où j’en suis. Pour l’instant, j’ai écrit 3 200 mots depuis le 4 mai, ce qui est peu, encore. Mes statistiques me narguent – tant pis. Tant pis si, pour cette seconde version de LPdV, je suis moins régulier. Je suis peu régulier, oui, mais j’ai tendance à écrire pas mal d’un coup. C’est une façon comme une autre d’y arriver.

Nonobstant, j’accepte les propositions de participations aux sprints d’écriture/wordwars ! C’est ce qu’on fait entre camarades d’écriture, notamment entre ami-es proches, et ça fonctionne plutôt bien. Pour nous, en tout cas.

Donc voilà, l’écriture de Les Pleurs du Vide, ça avance, lentement mais très sûrement ! Peut-être aurez-vous trouvé, dans cet article, quelques idées pour vous sortir d’un blocage, ou un peu de motivation.

Avant-dernière astuce pour la route, piquée à d’autres auteurices parce qu’elle m’a aidée – Stephen King notamment fait ça dans pas mal de ses romans :

Vraiment le fait d’organiser les tomes de « Stanley n’est pas mort » en gros chapitres et en petits sous-chapitres, ça m’a aidé/aide énormément. Chaque gros chapitre a un début et une fin, forme un tout cohérent, et du coup je peux passer au suivant sans plus m’en occuper

(@MaloneSilence) April 18, 2022

Ouaip, avant-dernière, parce que le mot de la fin, ce sera celui-là :

Allez Malone arrête d’avoir peur de finir des trucs ça suffit là

(@MaloneSilence) April 15, 2022

N’ayez pas peur de vous tromper, les gens. En écriture, ça libère à un point que vous n’imaginez pas.

Bonus pour les curieuxes :

Mon compte Instagram, pour les stories d’œuvres d’art inspirantes pour mes écrits.

La liste Twitter de LHN et celle de LPdV. Y sont répertoriæs les artistes qui me font penser très fort à mon univers et/ou m’inspirent. J’en ajoute quand j’en trouve de nouvelleaux.

Vous pouvez m’ajouter sur Pinterest si le cœur vous en dit.

Et bien évidemment, la playlist de l’écriture des Pleurs du Vide.

L’article « Les Pleurs du Vide » : chronique d’une écriture chaotique est apparu en premier sur Malone Silence.

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