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L’Envol du Corbeau est une histoire écrite par Loki – ou @MilkshakeCerise, comment dois-je donc t’appeler ? – et, selon son préambule, inspirée de plusieurs jeux vidéo et d’une bonne quantité de chansons. Si vous voulez découvrir lesquels, libre à vous de lire cette préface. Pour ma part, je ne les citerai pas dans cette chronique. Pourquoi ? Parce que je ne connais rien de tout ça (sauf le plus connu des jeux cités, parce que je n’ai pas joué « sérieusement » (comment peut-on s’amuser sérieusement ? Je vous le demande) depuis des lustres, et ensuite parce qu’on ne parle pas d’une fanfiction.

Alors certes, Loki elle-même nous dit qu’il s’agit d’une « fanfic déguisée » dans le sens où ses personnages ressemblent énormément à d’autres, qu’elle connaît et aime, mais je considère qu’ils restent ses propres personnages. D’abord parce qu’elle leur a donné leurs noms, ensuite parce qu’elle les a travaillés comme des personnages tout neufs. Et puis, inspiration n’est pas copie, en tout cas tant que l’écrit est suffisamment personnel.

L’intrigue aussi est inspirée d’autres (en rapport avec les personnages précités, une autre raison de la qualification de « fanfiction déguisée »). Les lecteurices pour qui ces univers sont familiers ne seront donc probablement pas dépaysé•es. Sunnyside, c’est l’univers de Loki. Elle nous parle simplement de ce qui lui a donné envie d’écrire cette fic. Et là, c’est le moment de vous parler de l’une des plus belles leçons à tirer de cette histoire pour un•e écrivain•e.

Vous le connaissez, ce moment où vous vous lancez dans la rédaction de votre premier roman en souhaitant que ce soit le livre le plus original du siècle, pas vrai ? Vous cherchez l’idée la plus folle, la plus incroyable, celle à laquelle personne n’aura pensé avant vous. En écrivant, vous vous dites que ce n’est pas si nouveau que ça parce que vous êtes du genre exigeant•e et que vous avez tellement lu dans votre vie que la sensation de ne rien pouvoir inventer commence à vous peser, vous écrivez une autre histoire, puis une autre, avec le même sentiment, ce qui ne vous empêche pas de faire parfois de très jolies trouvailles en matière d’écriture. Mais ça ne suffit pas, TOUT doit être parfait, c’est un chef-d’œuvre que vous voulez !

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que votre chef-d’œuvre, vous pouvez l’avoir. D’une, ne vous démoralisez pas, et de deux, on s’inspire toustes d’autres créateurices pour créer nous-mêmes. L’une des histoires les plus originales et riches que j’aie lues dans ma vie s’appelle A la Croisée des Mondes, et devinez ce que Philip Pullman a écrit dans ses remerciements, à la fin du dernier tome de la trilogie ? « J’ai volé des idées dans tous les livres que j’ai lus. » Autant vous dire que l’adolescente que j’étais à l’époque se trouvait fort perplexe. Comment ça, « tout volé » ? Il était bien dur avec lui-même, cet auteur !

En réalité, tout•e écrivain•e se nourrit de l’imaginaire d’autrui, en plus de ce qu’iel perçoit dans le monde dit réel. Une évidence ? Pas tant que ça, si l’on considère la véhémence avec laquelle la fanfiction est parfois décriée. S’inspirer d’autres œuvres, oui, mais sans l’assumer, ou du moins, pas quand on s’en inspire à ce point, au point de reprendre des personnages, des lieux, une intrigue. Sinon, ce n’est pas de la « vraie » création. Dans un tel contexte, assumer ainsi ses influences, je trouve ça génial, et encore plus quand on produit un récit de la qualité de LEDC.

D’une, ça décomplexe en tant qu’écrivain•e et ça encourage. Oui, on a besoin des autres pour créer et trouver sa propre voix d’auteurice, et alors ? On peut même être pris•e du besoin d’écrire pour se libérer de l’attachement à un univers, et sortir cet amour de ses tripes pour créer. Pourquoi vouloir créer à tout prix à partir de rien ? Cette injonction à l’originalité, si l’on peut utiliser ce mot, est bien plus décourageante qu’encourageante, au regard de la quantité d’œuvres produites. Eh oui, nous sommes nombreuxes à partager les mêmes idées. Notre singularité se trouve dans les détails ; si c’était plus simple, les études littéraires n’auraient pas autant d’intérêt, si ?

De deux, c’est quand même une belle vision de l’écriture que de partager avec ses lecteurices ce qui nous a fait vibrer, ce qui nous a poussé•e à créer, et de rendre ainsi hommage à toute la création artistique. C’est une vision des choses qui tend à gommer la concurrence, l’esprit de compétition entre artistes, et à penser la création comme un ensemble, un édifice auquel on apporte sa pierre merveilleuse au lieu de le dynamiter, de l’effacer pour que seul reste le souvenir de son œuvre à soi – ce qui est fort heureusement illusoire.

Bon, OK, et L’Envol du Corbeau dans tout ça ?

Je vous l’ai dit, c’est excellent. Et c’est la preuve qu’on n’est pas obligé•e de « créer à partir de rien » pour écrire une histoire qui marque. Parce que L’Envol du Corbeau marque.

Ses personnages et leurs relations marquent, plus encore que la terreur et les morts, plus que tout le reste. Et le message final est d’une beauté à couper le souffle. Tout est incroyablement humain, jusqu’au roman lui-même, à la fois récit d’enquête, romance, histoire horrifique et comédie – car oui, cette histoire est parfois très drôle. Il fait partie de ces récits pluriels qui réconfortent autant qu’ils secouent.

Alors oui, on pourra lui reprocher d’être prévisible, l’identité du meurtrier étant évidente, mais là est le coup de génie : Loki ne cherche pas à nous embrouiller, ses intentions sont claires dès le départ, et on ne veut pas avoir raison. On se retrouve dans le même déni que les protagonistes, à refuser la solution évidente, à tenter tant bien que mal de fermer les yeux. Loki prend les clichés à contre-pied pour en faire une histoire que, oui, nous pouvons alors qualifier d’originale. Cela va bientôt faire un an que j’ai lu ce roman et j’en suis sortie marquée au fer rouge.

L’Envol du Corbeau a pris le parti de revendiquer son manque d’originalité. Et par là même, il est sorti du lot et est devenu une inoubliable pépite. Ça, c’est une belle brique apportée à l’édifice. La création est un échange. Et les écrivain•es ne sont jamais seul•es.

Vivez, contemplez, lisez, créez.

Pour lire L’Envol du Corbeau, c’est ici !


1 commentaire

"BEINHAUS", par SaintGris - Malone Silence · mai 3, 2022 à 11:41

[…] un rapport très décomplexé à l’écriture, tout comme @MilkshakeCerise, l’autrice de L’Envol du Corbeau. Quand on vous dit que lorsqu’on se lâche, on peut faire des merveilles ! Des merveilles […]

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