Il y a dix jours tout pile, le dernier tome de Stanley n’est pas mort est sorti. Et maintenant ?
Je navigue entre les salves de colis Ulule, les mails à envoyer, les nouvelles commandes sur le site, et la fatigue, et le Vide. J’ai eu un but, une direction, un pilier pendant quinze ans. Le seul dont je n’ai jamais dévié depuis l’adolescence. Ça m’a plutôt réussi, je crois ! Mais… et maintenant ?
Je sais, vous savez : des histoires, il y en aura plein d’autres après la trilogie de Stanley. Je n’ai même pas encore la trentaine. Et puis, c’est un mythe, l’œuvre d’une vie – mais c’est celle d’une longue, très longue partie de ma vie. J’ai passé plus de temps sur cette terre avec Stanley que sans lui, et avec Stanley plus qu’avec n’importe qui d’autre.
C’est dur. Je m’y attendais, on s’y attendait : c’est salement dur, d’autant que dans mon état d’épuisement, je n’ai pas pu offrir à LNdD la sortie dont je rêvais pour lui. J’aurais voulu faire un truc énorme, contacter les librairies, histoire que tout sorte partout à la même date ! Même niveau salons, je n’ai pas grand-chose cette année. Je n’ai plus une goutte de carburant. Déjà, à la fin du travail sur ce troisième et dernier tome, le moteur faisait des bruits bizarres. J’espère que ça ne se verra pas trop.
Je l’ai déjà dit, j’ai eu du mal à garder en tête le sens de ce que je faisais. C’était un projet au très long cours, faut dire. J’ai eu le temps de changer, de perdre des illusions, de me découvrir de nouveaux espoirs aussi. Je suis actuellement dans une période de gros questionnement qui pourrait se résumer à « mais comment on écrit, bordel ? » Il y a tellement de visions de l’art qui s’affrontent, et si certaines de mes positions sont assez sûres, elles sont très loin de toutes l’être. Est-ce que c’est grave ? Est-ce qu’on peut « trop » douter ? Est-ce que c’est un problème, de faire quelque chose sans jamais trouver la certitude qu’on le fait bien ? Comment on parle au monde ? Est-ce que je suis trop ancré dans le réel, enfin, dans mon réel à moi, et quels sont les angles morts de ce réel ?
Et, derrière tout ça : est-ce que je dois me remettre au travail maintenant ? Et si oui… comment ? Comment c’est possible ?
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