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Oui, c’est un titre un peu facile, pour un article sur la genèse des Hurlements noyés. Et j’ai plutôt passé trois ou quatre ans dans l’eau, sur les dix.

I) Les premiers pas de Stanley

Chez moi, il est fréquent que les personnages naissent avant l’histoire. Les prototypes de Stanley Ellington, personnage central des Hurlements noyés, ont d’abord erré dans des univers de fantasy, puis dans des histoires de fantômes plus proches de ce que deviendrait LHN. A l’époque, Stanley s’appelait Connor et avait une sœur du nom de Stacy. Ma prof de français de 5e s’en souvient peut-être, qui sait.

Est venu le jour où j’ai découvert ce que mon personnage avait vécu à l’âge de quatorze ans. Une histoire classique de séance de spiritisme ayant mal tourné, que j’ai voulu raconter sans trop savoir où j’allais. Puis j’ai changé d’avis et ai avancé presque quinze ans dans la chronologie.

Ainsi, dans le premier jet de ce qui deviendrait Les Hurlements noyés dix ans plus tard, et qui portait alors le titre de Scarlet Scythe, Stanley aidait le jeune Chuck, presque aussi médium que lui, à se protéger de la secte qu’il avait fui. Quant à Scarlet Griggs, fille du Chef de la Famille qualifié de gourou dans Scarlet Scythe, elle était vouée à devenir la prochaine Grande Faucheuse, rien que ça ! Oui, la « faux écarlate », c’était elle. Mais quelqu’une n’a pas tardé à mettre à mal mes plans, si tant est qu’on puisse parler de plans pour une autrice jardinière jusqu’au bout des griffes. Cette quelqu’une, c’est la grande sœur de Scarlet, Allison Griggs.

II) L’antagoniste débarquée du néant

Dès le premier jet, au fil de l’écriture, elle a presque éclipsé Scarlet. Pourquoi et comment a-t-elle pris une telle place ? A l’époque, je l’ignorais. Je me contentais de regarder Allison traquer Chuck, détruire Stanley, manipuler sa famille, tuer des gens et aimer Scarlet. Oui, il y avait pas mal de morts dans Scarlet Scythe, et il a fallu un peu de maturation pour que l’histoire perde son côté « slasher ». Elle doit énormément à ce genre, puisque Freddy Krueger a été le déclic pour créer le personnage de Scarlet – enfin, d’Allison, finalement. J’avais presque quatorze ans et je voulais, moi aussi, créer une icône de l’horreur !

Aujourd’hui, si j’ignore si Allison peut devenir cette icône, les réactions effrayées des lecteurs et lectrices de la seconde version achevée de LHN m’ont rassurée sur un point : mon antagoniste peut inspirer la crainte. Il faut dire qu’avec le temps et mon gain progressif de bouteille, j’étais venue à en douter.

III) L’agonie de Scarlet Scythe

A quatorze ans, j’achevais l’écriture de Scarlet Scythe et je commençais à taper mon manuscrit à l’ordi, tout en le corrigeant. Mais entre mes devoirs du collège – le Brevet, qui s’en souvient ? – mon envie d’écrire une suite et cette foutue procrastination, j’ai eu le temps de me rendre compte d’une chose terrible : mon texte était très mauvais. Je sais, à l’heure actuelle, que c’est tout à fait normal. A l’époque, ça m’a sciée. Ce que je relisais était inexploitable, impossible à sauver. J’ai tenté de le réécrire, une fois, deux fois, puis j’ai renoncé. Cette histoire ne valait pas le coup. Je devais passer à autre chose.

J’étais plutôt prête à faire mon deuil. Ce roman était mauvais, pourquoi regretter quoi que ce soit ? Je ne croyais même plus à cette histoire de secte. J’étais cependant partie pour écrire une suite, qui n’en serait pas vraiment une en réalité. Je voulais seulement réutiliser les personnages et faire des événements de Scarlet Scythe un background un peu obscur, dont je ne voulais pas trop parler, de crainte de perdre en crédibilité. Oui, j’étais rendue là. Je détestais Scarlet Scythe. J’ai tout emballé dans une pochette cartonnée, cahiers et recherches, et j’ai laissé ça reposer dans un tiroir. Je détestais ce roman, oui, mais je m’étais éclatée comme jamais à l’écrire, alors je pouvais en garder un souvenir, non ?

IV) L’errance

J’ai écrit plusieurs « suites » à Scarlet Scythe. Qu’était-il arrivé à Stanley après cette première histoire ? Je savais qu’il allait mal, ça, c’était tout à fait clair. Je savais également qu’il se rendait responsable d’actes qu’il regretterait amèrement par la suite, sans savoir jusqu’où il était allé. Dans mon jeune esprit, il était allé loin. Il existe des versions du tome 2, non achevées, où Stanley tue des gens ou kidnappe des gosses ! Si vous connaissez un peu ce personnage, vous savez que quelque chose qui ne colle pas. Mais j’ai expérimenté. J’ai envisagé de faire de Stanley un héros de série fantastique, un criminel, une victime abusée… J’ai écrit tellement de choses. Et, pendant tout ce temps, Stanley était à mes côtés, à m’aider à survivre dans un monde où je ne me sentais pas à ma place. Vous connaissez ça, pas vrai ?

Et, à côté de ça, je repensais à Scarlet Scythe. Je pensais réussir à passer à autre chose. Je n’ai pas pu. Il me restait encore tant d’éléments du passé de Stanley à saisir. J’avais fait des erreurs, j’avais mal compris ce qu’il m’avait raconté de son histoire, des pièces manquaient au puzzle et c’est sans doute cela qui nous empêchait d’avancer. Avec le recul, nous savons lui et moi que, sans ces années d’errance, de tâtonnements et de remise en question, Les Hurlements noyés, tel qu’il est à présent, n’aurait peut-être pas vu le jour. J’ai écrit la seconde version des Hurlements noyés, intitulée Une histoire de secte, en approfondissant ce que j’avais survolé dans la première. Puis j’ai découvert la vérité au fil des pages.

V) L’histoire d’une descente aux enfers

J’ai pris conscience que la véritable histoire de Stanley était celle de la descente dans les abysses de la dépression. C’était aussi simple que ça, aussi simple que l’histoire que j’avais vécue moi-même, que nous avions vécue toustes les deux.

Le rêve que j’ai fait, il y a quelques années maintenant, a été un premier déclic. C’est lui qui a inspiré l’intrigue de la dernière version inachevée du tome 2 de l’histoire de Stanley – elle s’appelait Les Murs de Stanley, ce qui est longtemps resté son titre de travail. La scène qui s’y déroulait est d’ailleurs tatouée sur mon bras et est toujours d’actualité puisqu’on la retrouve dans l’ébauche actuelle du tome 2, Les Pleurs du vide. Je n’en comprenais pas tout à fait la signification, mais elle m’est venue alors que j’écrivais Une histoire de secte. Tant de choses se sont éclairées, si vous saviez !

J’ai vécu d’autres emmerdes depuis, découvert d’autres auteurices aussi, lu davantage, étudié la littérature avec plus de sérieux, dans le cadre de mes études ou à côté. J’ai appris, et j’ai écrit. Quand j’ai relu Une histoire de secte, il était évident que j’allais devoir tout réécrire. J’admets avoir un peu pleuré de frustration et m’être demandé si je savais vraiment écrire, mais, au fond de mes tripes, je savais que j’étais bonne pour un troisième round. Maintenant, je savais à quel point LHN, qui venait de trouver son titre final, était une histoire de dépression.

VI) Et la Famille dans tout ça ?

En dire plus serait spoiler. 🙂 Mais la vérité est que la Famille – qui n’est plus vraiment une secte désormais, pas au sens strict du terme – a pris tout son sens dans cette nouvelle configuration, sous ce nouvel angle. La construction des personnages elle-même a pris un sens nouveau.

L’univers des Hurlements noyés prend de plus en plus d’ampleur, au point que j’ai parfois la sensation qu’il m’échappe.

Cet univers, je l’aime chaque jour plus fort. Et j’espère de tout cœur être en mesure de vous le faire ressentir.

Vivez, contemplez, créez, et ne suivez pas la Lumière – mais vous pouvez me suivre, moi, sur Twitter, j’y parle de LHN… tout le temps, en fait.


5 commentaires

ADELINE ROGEAUX · février 8, 2021 à 7:32

Super intéressant !

Charlotte Macaron · août 4, 2021 à 8:32

Super intéressant de voir le cheminement de cet univers, de ces personnages, et de toi aussi, en tant qu’auteurice 😉
LHN vient de loin, je suis admirative de ta ténacité à ne pas lâcher le projet, à aller jusqu’au bout !

    MaloneSilence · août 4, 2021 à 9:02

    Merci ! j’ai pas eu le choix en même temps, Stanley voulait absolument dire ce qu’il avait à dire 🙂

"Les Pleurs du Vide" : chronique d'une écriture chaotique - Malone Silence · mai 16, 2022 à 2:16

[…] l’irrégularité. Pas que l’écriture de Les Pleurs du Vide soit plus difficile que celle de Les Hurlements Noyés. Disons qu’elle l’est d’une autre manière, tout comme le plaisir en est […]

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