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L’adolescence, c’était l’être humain dans toute son énergie, dans toute sa force, dans toute sa rébellion face à l’injustice généralisée. C’était la période où naissait ce qu’une personne pouvait avoir de meilleur en elle, c’était un éveil brutal, une claque dans la gueule, et chacune des réponses à ce choc prouvait que la foi en l’humanité avait une raison d’être. L’enfant grandissait et devait apprendre à se battre, ou bien rendre les armes et rentrer dans ce fameux et étouffant moule dont on avait cette conscience atrocement aiguë, quitte à se tordre en tous sens jusqu’à se broyer les os.

Appeler l’adolescence âge bête ou ingrat, la considérer avec le plus parfait et blessant mépris, détruire les fondations que les enfants se construisaient tant bien que mal, les cribler de trous qu’on ne comblerait jamais, faire de cette chance offerte à l’individu de changer le monde un traumatisme incurable qui le pousserait à chercher la sécurité, rien que la sécurité, un abri où lécher ses plaies et pleurer en réalisant qu’elles suppuraient, grandes ouvertes, malgré les semblants de soins qu’il y appliquait année après année.

Les Hurlements noyés, chapitre 1.4 : « Pour nulle part »
I) Des inconnues dans l’équation

Quand la jeune Vicky Vallon m’est apparue, dans le chapitre 4 de la première version des Hurlements noyés, j’ignorais au juste ce qu’elle faisait là. J’aimais bien son prénom, je savais qu’elle était blonde, qu’elle avait quatorze ans, peu d’ami-es et un fort caractère. Je connaissais bien entendu son goût pour le spiritisme, que la mort de son frère a renforcé. Son frère, c’est Steph, seize ans, et c’est un fantôme.

Portrait de Vicky réalisé sur Picrew, à l’aide du générateur de Sangled que vous pouvez retrouver ici.

Je crois qu’à l’époque, ce qui m’intéressait, c’était de donner un background à Roxanne Carault, la tante de Vicky. J’avais treize ans, je connaissais bien Stanley, et les personnages qui l’accompagnaient, beaucoup moins. Je voulais juste créer un entourage à Stanley, finalement.

Évidemment, le serpent se mordait la queue, puisque chaque personnage se devait d’être développé et intéressant. Vicky Vallon était le seul d’entre eux à avoir mon âge, et pourtant, l’écrire a été compliqué. Je ne m’en sentais pas proche. Elle était là pour faire avancer l’intrigue, voilà tout.

Je crois que mon orgueil est pour beaucoup dans mon traitement du personnage alors que j’étais moi-même ado. Mes illusions, plutôt. Vous a-t-on déjà dit que vous étiez mature pour votre âge ? Je vais vous révéler un petit secret : quand j’étais gosse, mes supposées intelligence et maturité « supérieures » étaient tout ce que j’avais pour ne pas me détester complètement. Le harcèlement et le rabaissement font souvent de l’adolescence une période de merde. C’était l’époque où je trouvais les autres idiot-es. Je méprisais la jeunesse dont je faisais moi-même partie. Alors, puisque j’étais à ce point convaincue que j’étais seule au monde, comment pouvais-je rendre un personnage adolescent crédible, authentique ? Qui y croirait, si moi-même, je ne savais pas comment pensait une ado ?

II) Interlude : de Silent Hill à une Vicky adulte

Vous commencez à avoir l’habitude d’entendre parler de Silent Hill sur ce blog, je suppose ! Le rapport avec Vicky Vallon ? Le troisième opus, et Heather Mason !

Vicky doit en grande partie son physique actuel à celui de Heather. Des lecteurices m’ont aussi fait remarquer leurs ressemblances au niveau du caractère. Ma foi, pourquoi pas ? Les fans considèrent Heather Mason comme l’un des meilleurs personnages de toute la saga ! 😉

Portrait de Vicky Vallon, par The Red Lady

Plus sérieusement, ce rapprochement m’a permis de mieux cerner Vicky à l’écriture de la seconde version de LHN. J’avais alors gagné en âge et en bouteille, d’autant que j’avais amorcé des suites à ce premier tome et que Vicky était de la partie à chaque fois. Lors de mon dernier essai de tome 2 avant la V2 du premier, je l’ai vue devenir une jeune femme de vingt-deux ans, que j’étais plus à même de comprendre. Je suis donc partie de ce que Vicky était devenue pour remonter le temps et découvrir ce qui l’avait menée là.

Vicky a noué une relation forte avec Stanley, ce à quoi, quelque part, je m’attendais, en ayant vu les prémices dans la première version du tome 1. J’en ignorais la raison. Iels s’aimaient beaucoup et se respectaient, voilà tout. Et l’un n’avancerait plus sans l’autre. Il était donc évident qu’iels se retrouveraient, des années après que les événements de LHN les avaient séparé-es. (J’écrirai un article sur leur relation, promis, c’est prévu !)

Parallèlement, je sentais Vicky devenir plus réelle. Elle prenait enfin une place tangible dans mon esprit et commençait à exister. Elle aussi me suivait là où j’allais, comme Stanley le faisait. Bienvenue chez moi, Vicky.

III) Ce que Vicky Vallon a changé dans mon écriture

Il y a maintenant un an, peut-être deux, peu importe combien de temps en vérité, Vicky m’a confié de but en blanc ses doutes sur son identité de genre. Je ne sais pas s’ils m’ont surprise. En fait, j’ai pensé à deux choses : premièrement, Vicky était sûr-e de ce qu’iel affirmait et adopterait donc les pronoms neutres dans sa vingtaine ; et deuxièmement… « Putain, comment je vais m’en sortir à l’écriture ? »

Un de mes premiers aesthetics présentables pour Vicky. Et encore !

Vicky adopte l’identité non-binaire au milieu du tome 2 de la trilogie, Les Pleurs du vide. Ce qui implique l’utilisation des mots épicènes, puis, une chose en entraînant une autre, l’usage de cette écriture inclusive qui, sans jeu de mots, fait couler beaucoup d’encre.

En effet : si j’utilise des pronoms neutres pour un personnage, cela ne signifie-t-il pas que l’usage des pronoms masculins… ne l’est pas ? Je sais, c’est pas un scoop. Toujours est-il que Vicky m’a sacrément libérée à ce niveau.

Je suis plutôt très favorable à l’usage de l’écriture inclusive. Il me restait pourtant une barrière : « Tu peux pas utiliser cette forme d’écriture dans ton bouquin, c’est moche. » Alors je me suis cantonnée à l’usage du « masculin neutre », comme tout le monde faisait, et tant pis si ça ne correspondait pas tout à fait à ma vision des choses. Pourquoi ? Ben parce que j’avais la trouille, tiens ! Quand on voit les réactions que suscite l’inclusif – pourtant, « Mesdames, Messieurs », c’est déjà de l’inclusif, enfin presque, on y revient dans deux secondes – disons que ça refroidit un chouïa. J’étais prête à mettre un mouchoir sur mes convictions pour éviter de me faire défoncer sur la place publique… et laisser tomber les personnes que je soutenais au passage. Merde.

Mais, mon cerveau merci, Vicky a du caractère et exige le respect. Il n’a jamais été question que je lae genre au masculin. Ce n’est pas ce qu’iel est. Ce n’est pas non plus ce que sont les personnes non-binaires qui m’entourent.

Et ce n’est peut-être pas ce que je suis, non plus.

Vicky, je ne te remercierai jamais assez d’exister.

IV) Et donc, qui est Vicky Vallon ?

Dans Les Hurlements noyés, Vicky Vallon, 14 ans, se genre au féminin, a un caractère affirmé, aime la philosophie et prend des risques, mais toujours en faisant attention à sa sécurité. Oui, elle est straight edge : ni tabac, ni drogues, ni alcool, rien du tout ! Même dans le spiritisme, elle prend les risques qu’elle encourt très au sérieux. C’est une caractéristique qu’elle avait dès le début, d’ailleurs. Et quand on est aux prises avec une secte dans un pays inconnu, ça aide.

Portrait de Vicky réalisé avec le générateur Picrew de Niseo.

Avec le temps, j’ai pris du recul sur mon expérience de l’adolescence. J’ai pris conscience de ce que représentaient réellement Vicky et cette période de ma vie. Aujourd’hui, il me suffit de voir les jeunes se révolter, du lycée aux études sup’, pour comprendre où se trouvent l’espoir… et le désespoir. J’en parle dans ma dernière chronique, d’ailleurs ! (Merci, Zoë Hababou !) C’est cela, au fond, Vicky : une rage intense contre le monde et la vie, animée en réalité par l’espoir que tout change, et le désespoir face à un monde au bord de la mort, et à sa propre détresse. Comment ai-je pu oublier ça ? Comment avons-nous pu oublier ça ?

Vicky ayant gagné en substance, comme je le disais, iel a fini par obtenir sa playlist dédiée. J’écoute ces musiques avec ellui, parfois, quand j’écris ce que ses yeux me montrent de son univers. Vous saurez ainsi qu’iel aime le rock, le metal indus, l’ambient, la house, et même Mylène Farmer ! C’est sans doute mon personnage aux goûts les plus variés en matière de musique. Fun fact : iel a fait découvrir Icon For Hire à Stanley, qui, en retour, lui a appris l’existence d’autres artistes.

Il semble que les goûts musicaux de Vicky témoignent de sa situation, quelque part entre l’enfance et l’âge adulte. Iel a grandi avec moi, un peu plus vite, pour finalement m’attendre, assis-e sur la fameuse plage des Pleurs du vide tatouée sur mon bras et sur laquelle on me pose parfois des questions. Ce personnage cristallise bien des problématiques soulevées dans Stanley n’est pas mort. Je n’attendais pas Vicky Vallon, et pourtant, iel est devenu-e une pierre angulaire de la trilogie.

Merci pour tout, Vic.


10 commentaires

Pikkulef · mars 3, 2021 à 12:39

Super intéressant ! J’aime beaucoup en apprendre plus à la fois sur les personnages et ce qui amène les auteur.e.s à les écrire, comment ils évoluent, etc. Bonjour Vicky, enchantée de faire ta connaissance ^^

    MaloneSilence · mars 3, 2021 à 2:09

    Merci à toi ^^
    Vicky te salue, bon iel est asocial-e mais iel te salue ^^

Tatyana Ramazzotti · mars 3, 2021 à 12:40

Je ne savais pas que Vicky était agenre/s’interrogeait sur son identité de genre
Comme quoi on en apprend tous les jours

J’ai vraiment hâte d’avoir LHN entre les mains !

    MaloneSilence · mars 3, 2021 à 2:10

    Je crois que j’en ai pas fait mention avant x) On passe au neutre pour lae désigner dans le tome 2, du coup !

Mirabelle Aurea · mars 4, 2021 à 5:18

Très intéressante son évolution, dans sa maturité mais aussi dans le temps avec toi !

Clem · mai 10, 2021 à 7:49

Encore une claque !
J’ai la sensation que je vais adorer tes personnages… ou plutôt que je vais en aimer certains et en détester d’autres, mais le principal c’est bien de créer un sentiment chez le lecteur, non ?

Vicky est hyper intéressant·e ! Je ne sais pas quel rôle iel va jouer mais j’ai hâte de læ voir dans les bouquins !!

    MaloneSilence · mai 10, 2021 à 7:52

    Effectivement haha, je te préviens, certains sont imbuvables x)

    Haha tu verras ^^ J’espère qu’iel te surprendra autant qu’iel m’a surpris-e !

Charlotte · août 4, 2021 à 8:59

Ooooh, je ne connais pas bien Vicky mais avec cet article j’ai encore plus envie de læ connaître !
C’est passionnant !

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