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Cet article était censé sortir plus tôt. J’aurais voulu qu’il soit en ligne pour le pride month. Mais outre l’énergie et le temps qu’a pris le travail éditorial sur Les Hurlements noyés, parler de Stanley s’est annoncé plus difficile que je ne le croyais. Pas parce que je le connais mal, au contraire. Stanley Ellington est le personnage qui m’est le plus proche, depuis les treize ou quatorze ans qu’il habite ma conscience. Alors parler de lui implique d’évoquer des sujets un peu personnels. Je n’en avais peut-être pas l’énergie dans l’immédiat, au sortir de cette merveilleuse campagne Ulule et alors que j’avais LHN plein la tête. Bref, ça a pris plus de temps que prévu.

Et puis, je crois que Stanley avait besoin de vacances, lui aussi.

I) Né du réconfort

Le personnage de Stanley Ellington ne trouve même pas son origine dans l’horrifique ou le fantastique… ou presque pas. C’est la magie des associations d’idées. Prêt·es pour l’entrée dans le personnel et le monde merveilleux des origin stories éclatées ? C’est parti.

Un des premiers aesthetics réalisés à l’effigie de Stanley, avec mes maigres compétences sur Canva. (2020)

Je fais partie des nombreuses personnes qui ont subi du harcèlement à l’école et ont dû se passer de potes dans ce milieu. Vous connaissez la chanson : quand on vit ça, on trouve du réconfort ailleurs, assez fréquemment dans des univers fictifs. En tout cas, pour moi qui étais plongé·e dans l’imaginaire depuis toujours, la fiction s’est imposée comme une évidence. Très vite, j’ai trouvé une bouée de sauvetage pour me motiver aussi bien à achever mes journées en un morceau qu’à faire mes devoirs en vitesse en rentrant chez moi : les DVD de L’Agence Tous Risques de mes parents. Ces DVD, je les ai saignés à blanc pendant toute ma 6e. Surtout grâce à un personnage : Looping.

Comment ça s’est passé ? Je n’en sais rien. On pourrait faire de la psychologie de comptoir et dire que je me retrouvais en Looping parce qu’il était incompris et totalement awkward. Ou parce qu’il aimait les chiens autant que moi. Reste que le résultat était là : je le retrouvais tous les soirs après mes journées pourries, et j’allais mieux. Jusqu’à ce que l’attachement prenne une place démesurée.

Je me suis retrouvé·e avec un blocage singulier dans l’esprit : je découvrais ce que c’était, de véritablement aimer un personnage fictif. Jusque-là, je n’avais pas même éprouvé ça pour mes propres créations. Les êtres dont mon imagination d’enfant avait accouché n’étaient que papier, bribes, des lambeaux d’imaginaire flottant aux courants d’air, accrochés aux murs de ma chambre. Je me suis satisfait·e un temps en écrivant des fanfictions sur cette chère A-Team dans mon coin, en fantasmant sur une possible renaissance de la série sous ma plume. J’aurais envoyé les scénarios, fait les démarches pour un reboot, tout ça (non). Bien évidemment, ça n’a pas suffi longtemps.

Il fallait que je me libère de cet attachement, d’une manière ou d’une autre. Que j’en tire quelque chose. C’est comme ça qu’est née la toute première version de Stanley Ellington, nommée Connor Callins.

II) De Connor à Stanley

Vous l’aurez compris : Connor est, à ce stade, une copie de Looping. Une copie à ma sauce, tout de même. Il sort des moments, d’autant plus marquants qu’ils étaient rares, où les côtés plus tristes, sombres et même étranges de Murdock ressortaient clairement à l’écran.

Un autre aesthetic pour Stanley, qui doit dater de 2020 lui aussi.

J’avais bien entendu mon headcanon et, pour l’enfant de 11 ans que j’étais, il était clair que Looping n’avait pas d’hallucinations. Ou du moins, pas seulement. Pour moi, il était au moins un peu médium. Quand ce fameux épisode de la saison 5 a suggéré que ce pouvait être le cas, je ne me sentais plus ! Connor Callins, proto-Stanley Ellington de son état, est parti de là. C’était un concentré de ce que je savais ou imaginais des traumas de Murdock… et, sans que je le sache vraiment, d’une part des miens.

Pourquoi est-on passé de « Connor Callins » à « Stanley Ellington » ? Parce que je m’étais trompé·e. Parce que Connor ne s’appelait pas Connor, ou parce qu’il ne s’agissait que d’une copie de Stanley. Peut-être, oui. Stanley a pu vouloir attendre avant de se dévoiler tout à fait. Attendre que nous soyons prêt·es. Autre raison, toute simple celle-ci : j’avais utilisé le nom de Connor dans une rédaction, alors que j’étais en 5e. J’avais utilisé « Connor Callins » à l’école et ne me voyais pas le réutiliser pour moi.

Et puis, « Connor Callins », ça ne faisait pas vrai. Pas comme « Stanley Ellington ».

III) Et Stanley devint Stanley

Alors, comment ça a évolué, tout ça ?

Je vous ai parlé du temps qu’a mis Les Hurlements noyés à prendre forme et sortir de mon cerveau. Forcément, Stanley a évolué avec l’histoire. Et c’est lui qui est venu me voir régulièrement dans mon sommeil depuis la rédaction de Scarlet Scythe – la V1.1.1 des Hurlements, souvenez-vous – et son abandon dans un tiroir. Enfin, sur une étagère, maintenant. Oui, le dossier papier est toujours là. Et non, vous ne le verrez pas. Quoique, peut-être qu’un jour j’en ferai une vidéo, histoire de vous montrer d’où on partait (spoiler : d’assez loin quand même).

Portrait de Stanley par The Red Lady

Je ne sais pas si je peux vous parler des points les plus personnels de l’évolution de Stanley Ellington, et de la mienne, dans un article sur Internet. Il se peut que je ne puisse évoquer ces sujets en me sentant à l’aise qu’à travers Les Hurlements noyés et les romans qui suivront. Quant un personnage est là depuis aussi longtemps et est aussi proche de nous, tout se mêle. Le lien devient trop intime pour être explicité clairement sans provoquer un malaise. On va tout de même essayer de résumer certaines choses, histoire de donner une idée, un aperçu. J’aurais aimé être exhaustifve, mais ce ne sera pas possible.

IV) Apprendre à exister

[TW dépression et suicide sur ce paragraphe]

J’extériorise pas mal de choses, avec Stanley. Je crois que c’est avec lui que j’ai abordé le plus de thématiques qui me tenaient à cœur – logique, me direz-vous : c’est le personnage principal. On partage notamment un passif avec la dépression. Le harcèlement aussi, évidemment. La violence. L’anxiété, le stress post-traumatique, la peur constante du monde et l’envie de s’en effacer. Exister nous effraie, nous paralyse, nous fait honte parfois. Ça nous demande beaucoup de courage, je crois.

Vivre, c’est une chose, mais exister c’est quoi ? C’est vivre, sous le regard des autres. C’est prendre le risque de s’y exposer, et faire des erreurs en public, expérience dont on ressortira mortifié·e. Exister, c’est prendre sa vie en charge et ses responsabilités en tant qu’être humain, vis-à-vis d’autrui comme de soi-même. Et quand on est plongé·e dans la dépression et l’angoisse permanente, on ne peut pas forcément le faire. Pourtant il le faut, pas vrai ?

Portrait de Stanley par Anne-Sophie Hennicker

Si on vit, alors il faut exister, puisqu’on n’est pas tout·e seul·e. A cette pensée, on est tenté·e de prendre la seule option qu’il y ait en dehors du je-m’en-foutisme et du jet de nos convictions morales à la poubelle : mettre fin à ses jours. Plus la moindre responsabilité à supporter. On est libre du poids du monde. C’est ce que j’ai pensé, c’est ce que Stanley a pensé aussi. Puis un jour, j’ai découvert la vie sans dépression.

Bon, je brûle peut-être un peu les étapes. Sans Stanley, je n’aurais pas pu en sortir. On en a parlé, tout simplement. De cette peur d’exister, de la nécessité d’assumer, et de tous les questionnements sur nous-mêmes dont on se sert parfois comme prétexte pour rester caché·es. Il en a découlé le traitement de thématiques inattendues dans Les Hurlements noyés, absentes de la V1 comme de la V2. Un peu comme avec Allison, oui, si vous voulez.

Et, plus simplement, apprendre à exister, c’est aussi apprendre à faire avec qui on est. Être fièr·e, parfois, aussi. Comme Stanley a dû apprendre, au-delà des traumas, à être fier de sa transidentité et de sa pansexualité. 🏳️‍⚧️ 🏳️‍🌈

V) D’accord, mais sinon, qui est Stanley ?

Quand Les Hurlements noyés commence, Stanley Ellington a 28 ans – avec un bref retour sur les quatre années précédentes, il est vrai. Stanley sort d’hôpital psy après ces longues années d’allers-retours entre son appartement et sa cellule plus ou moins aseptisée. Il quitte la France pour son Angleterre natale en compagnie de Roxanne Carault, qui était sa psychiatre à l’HP. Leur relation est au mieux bancale, au pire toxique, contraire à la déontologie depuis le départ. Mais ce sont les bases sur lesquelles Stanley doit rebondir. Avec ça, il est toujours dépressif, toujours anxieux, et toujours médium. Chez lui, à l’hôpital, dans ses rêves ; la voix des murs le harcèle. Et il s’accroche à Roxanne, sa seule bouée, la seule personne qu’il lui reste en dehors d’un ami d’enfance qui le terrorise.

Un dernier aesthetic pour la route. J’aime toujours beaucoup celui-ci.

Il aime dessiner, chanter (mais il n’ose pas), jouer de la guitare (mais il n’ose pas non plus) et câliner des chiens (on va pas épiloguer sur ce pattern, si ?).

Il est neuroatypique et diagnostiqué autiste. Vous le verrez souvent avec ses stimtoys, son casque antibruit ou même son casque tout court, celui qu’il utilise pour écouter sa musique. Sa playlist est composée principalement de rock, de synthwave et de divers styles de musique gothique.

Ses groupes préférés sont Placebo, A Perfect Circle, The Pretty Reckless ou The Cure. Si jamais vous voulez écouter sa playlist complète sur YouTube, elle est juste . Elle est mise à jour au fil de nos trouvailles sur Internet. Ce qui explique pourquoi elle est aussi remplie. On passe bien trop de temps ensemble, Stan et moi.

Le corps de Stanley plongea dans un bain cotonneux. Il garda la tête hors de l’eau, l’état d’éveil le maintint à flot pendant tout le trajet jusqu’aux urgences et sa prise en charge – il ne sombra pas une seule fois, seulement séparé de la réalité par la fine paroi de sa bulle. Fallait-il donc qu’il se fasse du mal pour enfin parvenir à s’isoler du monde, quand la musique était impuissante ?

Il s’évanouit plus qu’il ne s’assoupit sur le lit qu’on lui avait assigné. Les voix des murs gonflèrent ses rêves.

Photo by Yaopey Yong on Unsplash


2 commentaires

Maritza · septembre 1, 2021 à 12:02

♥ « Puis un jour, j’ai découvert la vie sans dépression. » ♥
Quand la traversée de l’obscurité s’éclaire, et qu’il ne reste plus que quelques taches sombres, on espère à nouveau ♥
J’adore Stanley ! Et ce n’est pas parce qu’il est pan… 😛 quoique… ♥_♥

    MaloneSilence · septembre 1, 2021 à 12:13

    La queerness est toujours un plus, voyons 😄
    Merci à toi ! Ça me touche qu’on apprécie Stan ❤️

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