Si vous me connaissez, vous le savez : je suis une tête de pioche quand il s’agit d’écriture. Je place le plaisir en priorité et ai toujours préféré apprendre par moi-même – quand j’étais gosse, c’était LE domaine où je pouvais apprendre tout seul, sans supervision ! Mais j’ai aussi toujours été du genre à douter, à vouloir m’assurer que j’allais dans la bonne direction ; c’est dans ce contexte que j’ai commencé à m’intéresser aux conseils d’écriture. Sur Internet, surtout, et parfois dans les revues du CDI pour celles qui parlaient d’écriture. Je me souviens avoir imprimé, photocopié, découpé, compulsé des tonnes d’interviews d’auteurices (merci Elbakin !), fasciné par les processus créatifs. Aujourd’hui encore, j’adore lire les créateurices en parler, je trouve leur diversité absolument géniale. Sans ça, le monde de la création perdrait tellement en richesse !

Pourtant, les conseils d’écriture sont partout. Les auteurices elleux-mêmes donnent les leurs, parfois, alors que leur manière de travailler leur est propre – peut-être l’ont-iels prise d’autres personnes, et ça a marché, ce qui est top ! Ces conseils peuvent donner des pistes, ouvrir des possibilités aux jeunes écrivain-es en quête de réponses ou d’assurance. Et puis, comme on dit, il est bon de connaître les règles avant de les briser.

En ce qui me concerne, certaines « règles » m’ont très vite saoulé. L’écriture étant mon principal plaisir, je n’avais aucune envie de le gâter – surtout que j’étais gosse, eh ! Et en même temps, je voulais écrire bien. Il fallait bien que je me frotte aux conseils, aux points de vue d’autrui pour progresser, non ? je vous jure que, certains jours, ce duel intérieur me prenait le crâne. Reste que, pour l’essentiel, je n’en ai fait qu’à ma tête. Une tête de pioche, je vous jure, je dois être à 6 ou 7 sur l’échelle de Jean Mineur. Si c’était à refaire ? On en parle tout de suite !

Conseil n°1 : Faire un plan

Avant de connaître la désormais fameuse distinction entre auteurice architecte et auteurice jardinièr-e, je traînais sur des forums d’écriture où mes collègues se montraient catégoriques : sans plan, tu ne peux pas écrire bien. Vous avez connu cette période, vous aussi ? Vous aussi, elle vous a gonflæ ? 😅

A l’époque, je ne savais même pas qu’on pouvait écrire un plan pour une histoire. Pour moi, c’était à l’école qu’on en faisait ! Merde, comment tu pouvais t’amuser avec ça ? Découvrir les secrets de ton histoire, de tes personnages, de ton imagination au fur et à mesure, ça faisait partie du plaisir d’écriture, non ? Bref, j’étais auteur jardinier et j’aurais milité pour le jardinage si j’avais pu !

Si c’était à refaire ?

Nope, toujours pas ! (Et aujourd’hui, je suis content de voir qu’on est plusieurs à « s’assumer » adeptes du jardinage !)

Bon, en général, je connais un peu mon histoire, dans les grandes lignes. Je suis jardinier à tendance paysagiste, si vous voulez. Quelquefois, pour les versions ultérieures de mon manuscrit, je prends des notes. Mais l’essentiel se passe dans ma tête et est en évolution quasi constante.

J’ai essayé d’écouter ce conseil, une fois, pour un de mes premiers romans. C’était de la fantasy et j’avais 12 ans. J’ai totalement flingué mon inspi ce jour-là et je n’ai jamais réussi à continuer. (Bon, le projet était pas ouf non plus, les œuvres de jeunesse, tout ça.)

Conseil n°2 : Ne pas commencer par une saga

C’est le moment où on entre dans la nuance.^^

De base, il n’était pas prévu que Stanley n’est pas mort soit une trilogie. J’avais en tête l’histoire de Stanley et de la Famille, c’était tout. Puis j’ai rangé ce roman dans un tiroir, puis mes personnages m’ont hanté, et puis je leur ai envisagé une autre histoire… Et la trilogie de Stanley est née, puis l’univers étendu, puis tout.

A l’époque où j’ai vu passer ce conseil pour la première fois, « ne commence pas ta carrière par une saga », je voulais écrire une trilogie de fantasy, celle dont je parlais plus haut. Parce que c’était difficile, d’écrire une saga, quelle que soit sa longueur. Mais j’en avais envie, et tant pis si c’était plus dur. J’ai publié et projeté la suite des Hurlements noyés dans le même état d’esprit. Pour le coup, je ne doutais pas : cette histoire devait être une trilogie, voilà tout.

Si c’était à refaire ?

Ce qui me vient, là, tout de suite, c’est un rire nerveux.

Je vous explique le truc : il fallait que je commence l’aventure avec la trilogie de Stanley. Ça s’est présenté comme ça, voilà tout, à ce moment-là, et je n’ai jamais pu passer à autre chose, jamais. Je vous jure, j’ai essayé pendant des années sans aucun foutu succès. Et avec le recul, faire mes débuts d’auteur avec Stanley n’est pas mort a pris tout son sens. C’est un peu le prélude à tout ce qui s’ensuivra, ma façon de me présenter au monde en tant que créateur. Bref, c’était logique.

Mais mon Dieu, quelle prise de tête !

Déjà, j’ai découvert qu’écrire un tome 2, c’était compliqué. La jonction entre deux pans de l’histoire, entre le début et la fin, qui en même temps doit avoir un début et une fin propres. Ensuite, un détail et pas des moindres : les dates de sortie. Les campagnes Ulule. Le fait que tu ne peux pas tout de suite passer à autre chose, qu’il faut te consacrer à ce projet-là, pendant une période plutôt longue. Porter ta trilogie, tes trois livres, plusieurs campagnes de suite sur le même projet dans un laps de temps pas trop long pour éviter qu’on « t’oublie », et alors que tu perds forcément un peu de ton lectorat en cours de route. (Bon, ce qui me rassure, c’est qu’il y a toujours des petit-es nouvelleaux pour me rejoindre, à chaque nouvelle étape, et prendre plusieurs tomes en même temps parfois ! ❤️) C’est un putain de marathon.

Donc : si je devais le refaire, comme j’ai dû le faire parce que c’était comme ça, parce que mon histoire était là et devait naître maintenant, oui, je le referais. Mais j’avoue que si une suite de one-shots s’était présentée, ç’aurait été moins énergivore !

Conseil n°3 : Faire des fiches

Des fiches personnages, des fiches worldbuilding, des fiches pour tout. Un conseil lié à celui de faire des plans, la préparation avant d’écrire tout ça tout ça. Et effectivement, j’ai besoin que le projet mijote un peu dans ma tête avant de me lancer dans l’écriture – mais encore une fois, c’est dans ma tête que ça se passe. Si besoin, je prends des notes en cours de processus.

En fait, faire des fiches sur mes personnages est pour moi aussi absurde que de faire des fiches sur mes proches. Mes personnages, je les vois, je les sens, j’apprends à les connaître comme j’apprendrais à connaître les gens – plus en profondeur, certes, avec une empathie plus développée (coucou Stanley), mais ça revient au même. En tout cas, c’est comme ça que ça se passe pour le Stanleyverse. Parce que j’ai un lien émotionnel à ces personnages.

Et donc ?

Là encore, c’est à nuancer. Pour le wolrdbuilding, par exemple : pour le moment, je n’écris pas d’historique, de fantasy dans un monde imaginaire, bref rien de si complexe en termes de construction. Un jour, ça viendra peut-être.

Pas pour les personnages, par contre… Quand j’ai un lien fort avec eux, en tout cas.

Il y a quelque temps, j’ai commencé l’écriture d’un drame amical/thriller psy, Le Monde à ses pieds. Et je n’ai pas avec les personnages de cette histoire le même lien qu’avec ceux du Stanleyverse. Pour moi, ce sont des idées, des concepts, plus que des personnes. C’est dû à la backstory de LMàsP. Ce roman est librement inspiré de faits réels, d’une partie de ma vie que j’avais besoin d’exorciser telle quelle (enfin presque, c’est une œuvre de fiction, hein). Je sais que ces personnages sont des copies. Je me demande si un jour, elles prendront vie pour de vrai, se détachant de leurs modèles de chair et de sang comme des stickers de leur carton. En attendant, il m’arrive d’oublier leurs noms, de les mélanger. J’ai dû les noter, écrire l’organisation des classes (l’histoire commence dans un collège)… Pour le moment, ils n’existent pas, ces personnages. Alors je prends des notes sur eux.

Mine de rien, ça m’aura appris un truc : le processus créatif n’est pas nécessairement figé. Il peut évoluer au fil du temps et des besoins, des exigences de telle ou telle histoire. En tout cas, c’est comme ça pour moi ! Ça m’a brièvement interrogé sur mon identité d’auteur, mais ce n’est pas ce qui compte le plus. je suppose que je suis à l’écoute des besoins de mon cerveau. Plutôt positif, non ?

Conseil n°4 : S’en foutre de la qualité du premier jet

Bon, alors.

J’ai songé plusieurs fois à écrire un article sur le sujet, sans savoir comment tourner le truc – et sans trop y penser à vrai dire, j’avais déjà des trucs sur le feu. Parce que pour le coup, c’est un conseil que je n’ai pas tout à fait « jamais » suivi, mais attendez un peu, j’arrive.

Votre camarade ici présent est anxieux, à tendance perfectionniste. Je n’ai pas su écrire sans réfléchir pendant très longtemps. Enfin, « réfléchir », je ne sais pas, disons que je mobilisais mes connaissances en écriture, ce que j’en avais appris d’après mes lectures et, tout de même, des conseils qui m’étaient entrés dans la tête et que je croyais devoir appliquer à chaque étape. Écrire de manière contrôlée, en fait. Contrôler mon écriture, mes pensées, tout.

J’ai arrêté.

J’ai dit un jour que je parlerais de la manière dont j’ai écrit la troisième version de LHN. La définitive.

Il s’est passé des choses, entre le début de la V2 de LHN et sa V3. J’ai notamment découvert des auteurices extrêmement talentueuxses. J’ai découvert MOLOCH, par exemple. Les écrits de Timmy. Le genre de roman qui te prouve qu’en fait, tu peux tout écrire, faire tout ce que tu veux. Qu’il suffit de te laisser parler, toi, et de t’éclater un maximum. Juste écrire, y trouver son compte, et puis un jour, parvenir à créer son propre langage, son propre sens.

J’ai appris que, peut-être, je pouvais me faire confiance et laisser parler mon cœur d’auteur. Dans tout ce qu’il a de brut, de maladroit parfois, de toujours sincère, de beau finalement. C’est comme ça que je l’ai écrite, la V3 de LHN. Je me suis lâché. Il m’a fallu me pousser un peu, au départ, quitte à rallonger certaines phrases, à me forcer à aller au-delà des limites que je m’imposais. Il reste encore des traces de « lutte » dans les pages des Hurlements noyés. Des moments où on perd en stabilité, des phrases que j’écrirais différemment aujourd’hui – c’est qu’un style, ça peut évoluer vite -, des moments où j’en fais peut-être un peu des caisses ! Mais c’est comme ça que je me suis libéré, et je suis content, finalement, que LHN porte les traces de mon cheminement. Il n’en est que plus humain, si l’on peut dire. LHN est vivant, plein d’aspérités, d’irrégularités que j’ai pu tout de même polir à la réécriture, histoire qu’il soit présentable !

Ce qui m’a aidé ?

La lecture d’histoires qui sortaient des sentiers battus, donc. Et le NanoWriMo, aussi !

Comme je le disais plus haut, j’ai longtemps réfléchi en écrivant, soupesé mon écriture, mot après mot, phrase après phrase. Quand tu fais le NaNo, et des sprints d’écriture, tu dois écrire vite. Pour apprendre à se lâcher, c’est radical. Parfois, des phrases te viennent, des expressions brutes, incongrues et belles, souvent parlantes pourtant – vous avez déjà lu de l’écriture automatique ? C’est ça, les sprints.

Évidemment, dans mon cas, c’est d’autant plus adapté que j’écris des histoires sombres, avec beaucoup de psychologie, d’introspection. Lucian, le premier one-shot du Stanleyverse, est bourré de chapitres entiers écrits comme ça. C’est du jus d’âme, de trauma parfois. La parole brute et frénétique de mes persos. C’est assez incroyable, d’écrire comme ça, presque à la vitesse à laquelle se manifeste l’émotion.

Bon, il y a des moments où j’ai besoin de ralentir, quand même. De me poser, de réfléchir avec mes personnages, ou de savourer un moment avec eux.

Tu as un peu digressé, non ?

Je me suis peut-être un peu emballé, oui ! Mais écoutez, c’était aussi le bon article pour ça. J’espère quand même qu’il n’est pas trop, trop long !

Cette liste de conseils pas suivis et de remises en question n’est sans doute pas exhaustive. J’en ai oublié, au fil des années ; j’ai parlé de ceux qui avaient pris de la place dans ma vie d’auteur, d’une manière ou d’une autre. Ceux qui ont compté, qui m’ont appris des choses sur moi, même indirectement.

Tout ça pour vous dire que, des conseils, je ne vous en donnerai jamais. Pas un seul, à part celui de vous éclater et de vous faire confiance. D’écrire, et c’est tout. D’abord parce que je me sens absolument pas légitime à vous en donner, ensuite parce qu’on trouve des conseils partout, que tout le monde veut nous apprendre notre boulot et que c’est chiant. A croire qu’il faut obligatoirement se cantonner à des règles, qu’il n’y a qu’une façon de faire, qu’il n’y a rien de beau et de magnifiquement créatif en nous-mêmes.

Qui plus est, la plupart des conseils que je vois passer, que je connais, s’adressent aux auteurices débutant-es. Bon là, je parle depuis ma position d’écrivain qui commence à avoir un peu d’expérience. Bien sûr, on ne cesse jamais d’apprendre. Mais justement : une fois passés les conseils pour toutes jeunes plumes, qu’est-ce qu’on a ? Pour aller plus en profondeur, il faut chercher un peu. Et parfois, on trouve des choses intéressantes, qui nous mènent à réfléchir à notre pratique. Comme pour toute activité, finalement. Mais souvent, on en reste aux conseils de base, sans forcément tenir compte des particularités de l’auteurice d’en face.

Donc voilà, je ne vous conseillerai que ça :

Écrivez, pratiquez – tant que vous vous éclatez, parce que sinon ça sert à rien – et ne croyez pas trop que les autres connaissent mieux que vous votre taff. Restez ouvert-e, bien sûr, et cherchez toujours à apprendre. Mais cette passion et cet élan créatif sont à vous. Les merveilles qui naissent dans votre esprit, ce sont les vôtres. Ayez foi en elles, si vous ne parvenez pas encore à avoir foi en vous. Souvent, les mondes que nous créons sont plus grands que nous-mêmes, tant nous les nourrissons. Et votre âme vous emmènera loin.


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