Malone Silence https://malonesilence.com/ Histoires hantées Wed, 29 Oct 2025 00:00:26 +0000 fr-FR hourly 1 https://i0.wp.com/malonesilence.com/wp-content/uploads/2021/02/logo-site.jpg?fit=32%2C32&ssl=1 Malone Silence https://malonesilence.com/ 32 32 188410031 Hier, j’étais avec Noah. https://malonesilence.com/hier-j-etais-avec-noah https://malonesilence.com/hier-j-etais-avec-noah#respond Tue, 28 Oct 2025 23:42:12 +0000 https://malonesilence.com/?p=4675 Bientôt, Stanley n’est pas mort, ce sera fini. Et j’étire la fin comme un chewing-gum liant ma semelle au trottoir, ou l’inverse. Je n’en sais rien. Il reste encore du boulot, de toute façon. Plus que je ne le croyais. Alors je m’inquiète, parce que j’espère quand même sortir Les […]

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Bientôt, Stanley n’est pas mort, ce sera fini. Et j’étire la fin comme un chewing-gum liant ma semelle au trottoir, ou l’inverse. Je n’en sais rien. Il reste encore du boulot, de toute façon. Plus que je ne le croyais. Alors je m’inquiète, parce que j’espère quand même sortir Les Nuits du Dehors avant 2026. Alors je suis rassuré, parce que je sais où j’en suis. Parce que je gagne encore un peu de temps, avant le saut dans le vide. Et j’écris des lettres, comme celle-ci, des lettres à mon univers. Des lettres à cette histoire qui m’a aidé à rester en vie pendant quinze ans.

Avec, au ventre, la terreur de perdre le contact. Stanley est de moins en moins souvent là. Vicky ne vient plus – iel est parti⋅e mener la révolution et sait que je læ ralentirais. Après tout, ça fait un bail qu’iel m’attend, et qu’iel accepte que Stan fasse sans arrêt les allers-retours. Habituellement, quand j’arrive à sortir pour faire les courses, il y a au moins l’un d’elleux (toustes, pas seulement Stan et Vicky) pour m’accompagner. Même Lucien vient, quand il est d’humeur. Mais ce que j’ai pu être seul, ces temps-ci. Peut-être que j’étais trop déprimé, ou que j’avais trop peur de laisser ce monde prendre vie, alors qu’il ne me demandait de toute évidence pas tellement mon avis.

Et puis, la semaine dernière, en une fraction de seconde, voilà que j’étais avec Noah. C’est rare, qu’il soit là. On n’était même pas dehors pour quelque chose d’intéressant. J’étais avec Noah, il était avec moi, et il n’y avait aucune raison que cela se produise. Ou peut-être que si. Depuis que j’écris ses chapitres à la première personne pour LNdD, on s’est pas mal rapprochés – et sa voix est d’une beauté fulgurante, en plus, en tout cas pour moi.

Noah, en ce moment, il joue les électrons libres. Il explore et découvre le monde. Peut-être est-il juste venu répondre à ma crainte que, quand les gens partent sur de nouvelles routes, iels n’en reviennent jamais. Faut dire qu’en ce moment, je suis un peu chiant. J’étais avec Noah, et il n’y avait aucune raison qu’il soit là. Mais j’étais content, et lui aussi. Ce mec est trop pur pour tous ces univers ignobles.

Alors il m’a accompagné à la pharmacie, collé à moi jusqu’à l’entrée – il m’a attendu dehors. Pour interagir proprement avec les gens de mon monde, il fallait que je sois seul. Quand je suis sorti, il pleuvait. Noah m’a rejoint depuis son abri et raccompagné chez moi, avant de repartir à l’aventure. Il avait pris le temps de passer pour moi. Il reviendra vite – il n’est pas parti très loin, cette fois-ci. Je pense qu’il restera dans les parages jusqu’à la toute fin. Jusqu’à la dernière sortie. Et puis, je l’espère, il reviendra, de temps en temps, regarder les étoiles avec moi.

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[Extrait] Les Nuits du Dehors : Son sourire les regarde https://malonesilence.com/extrait-les-nuits-du-dehors-son-sourire-les-regarde https://malonesilence.com/extrait-les-nuits-du-dehors-son-sourire-les-regarde#respond Tue, 16 Sep 2025 15:55:39 +0000 https://malonesilence.com/?p=4258 SON SOURIRE LES REGARDE. Quel effet ça fait, de naître au monde ? Qu’est-ce que c’est, une naissance ? Noah est là. Noah n’est pas là. Noah est une particule d’âme entre deux éclats de lumière. Noah n’est pas là, mais il y a cette présence, chaleureuse et enveloppante, qui parfois prononce […]

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SON SOURIRE LES REGARDE.

Quel effet ça fait, de naître au monde ? Qu’est-ce que c’est, une naissance ? Noah est là. Noah n’est pas là. Noah est une particule d’âme entre deux éclats de lumière. Noah n’est pas là, mais il y a cette présence, chaleureuse et enveloppante, qui parfois prononce son nom dans un souffle qui emmêle ses cheveux, à moins qu’il ne les disperse autour de sa tête, dans l’eau. Noah est une bulle minuscule, prise entre des milliards de gouttes qui pourraient l’étrangler, trop lourdes pour elle, trop réelles pour sa membrane si fragile qui, pourtant, la fait rebondir contre elles à toute allure jusqu’à la surface. Il suffit d’une infinitésimale trace de l’existence de Noah pour déchirer les mondes.

Noah est là, et Archie est là, quelque part, si loin de lui encore, à des années-lumière de lui, et déjà leurs essences se mêlent pour former ce puzzle bigarré, beau à sa manière, dont Noah s’est souvenu pour la première fois dans l’entre-deux, cette sorte d’intimité aussi impossible qu’il se sent irréel à cet instant, entre deux eaux, deux espaces, deux univers qu’il ne comprend plus. Archie est la seule chose qu’il connaisse, la seule place possible pour l’atome de conscience qu’il est ; il se laisse engloutir et mélanger à lui, là où, il y a une éternité, il a fait connaissance avec les concepts d’existence et d’amour. Noah pourrait s’endormir pour toujours dans ces eaux chaudes et oublier tout ce dont il n’est pas censé se souvenir, tout ce qui ne s’est jamais passé dans l’étreinte d’Archie et donc ne peut pas s’être produit, parce que ce n’est pas ainsi que les choses fonctionnent, les humain·es ne sont pas assez proches les un·es des autres, c’est impossible, à jamais impossible. Mais il s’est passé quelque chose, là-bas, de l’autre côté de l’entre-deux. Il s’est passé quelque chose qui le retient au cœur. Son cœur le tire en arrière, là où il n’y a plus rien et, loin au-dessus de lui, des aboiements l’appellent. Au fond de ce qui lui semble être lui-même, des cris perdus s’accrochent à ses organes comme autant de mains brisées, comme autant d’yeux bleus se planteraient en lames dans les siens. Alors Noah se rappelle son nom et croit cracher son cœur quand il le hurle, s’il peut hurler, là, dans un état qui ressemble à un non-état, un entre-deux encore, il hurle comme il n’a jamais hurlé, il hurle son nom que noie l’eau glacée qui lui broie la gorge, il hurle de tout l’amour qu’il a jamais éprouvé de l’autre côté, dans ce monde mort comme dans l’infinité des autres univers, il hurle STANLEY STANLEY STANLEY alors que lui revient le souvenir de cette réalité loin, si loin derrière, là où ce qu’il aime STANLEY VICKY STANLEY a disparu. Sa place n’a-t-elle pourtant pas toujours été ici, dans ce temps et cet espace précis, une seconde dans ces eaux, une seconde de sa présence mêlée aux longues années de celle d’Archie, là où lui, Noah Peterson, trouve sa signification en tant que lui-même, dans tout ce que cela représente ?

Noah n’existe pas, Noah n’est rien, Noah ne sait pas où il est, Noah est à sa place mais STANLEY il veut vivre il veut STANLEY le sel lui écorche les poumons STANLEY surface surface surface STANLEY Archie est là Archie est là STANLEY VICKY STANLEY les cartes ont volé dans l’entre-deux STANLEY STANLEY STANLEY il se noie l’eau lui remplit la cage thoracique les membres le ventre ça brûle ça brûle sa peau est tellement froide ses yeux refusent de s’ouvrir ses oreilles s’emplissent du grondement de la mer STANLEY STANLEY il se noie il se noie il faut qu’il nage qu’il batte des jambes elles sont si lourdes deux poids qui l’entraînent au fond là où le monde est

le monde est

le monde est mort

La douleur transperce sa main quand elle brise la surface invisible, à des kilomètres au-dessus de lui. Elle foudroie son avant-bras jusqu’au coude, son bras jusqu’à l’épaule lorsqu’on tire, tire son corps vers le haut, lorsque sa bouche s’arrache à la mer. L’oxygène explose dans ses poumons, ses veines, son cœur, son cerveau, il fracasse sa mâchoire, sa gorge, ses côtes, il plaque ses organes contre la paroi de sa peau alors que ses os la crèvent, et Noah hurle si fort qu’il pourrait s’évanouir, il devrait s’évanouir, un nuage de suie englue ses neurones et quatre crocs plantés dans sa main, dans son squelette, dans ses veines, tirent sur sa couverture de chair comme pour la détacher de lui, et peut-être qu’on la laissera flotter au gré du courant, quel courant si c’est une mer, est-ce qu’il y a un courant dans les mers, est-ce que

est-ce que j’existe

Il tousse, vomit tout ce que ses entrailles peuvent contenir de liquide, vomit de l’eau et de la bile et du sang, ses poumons saignent sur ses lèvres il a si mal PUTAIN ARRÊTE LAISSE-MOI HOWIE ARRÊTE ARRÊTE TU ME FAIS MAL ARRÊTE

est-ce que je suis mort

le monde est mort et j’ai TELLEMENT MAL

est-ce que je suis encore autre chose que la douleur

MAL MAL MAL Archie viens me chercher tu étais là on était tous les deux tu étais là tu étais là

Froid à crever, froid à hurler. L’eau salée glacée brûlée ciselée tranche ses frissons en lignes de sang. Noah pourrait sans doute essayer de bouger. Ça ferait mal, ça ferait crisser ses os et monter l’acidité à sa bouche, jusqu’à la pointe de la langue. La langue – il en sent une, ça y ressemble, ça ressemble bien à une langue, ce qu’il sent, là, sur son visage, ce qui fait circuler le sang sous ses joues. Quel effet ça fait ? Howie – c’est Howie, ça doit bien être Howie. Howie est vivant, Noah s’en assurerait s’il parvenait à ouvrir les yeux. Ses paupières sont raidies, collées à ses rétines. S’il lève une main, s’il y arrive, il aura froid, il aura mal, mais il pourra toucher le poil d’Howie. Il n’est même pas sûr de sentir encore ses mains. Il fait froid, un froid lourd, humide, une froid qui n’a rien à voir avec le vide qui l’a recraché là. Non – non, c’est lui qui a traversé le vide, avec Howie. Ils ont marché dans l’eau, puis nagé, puis marché à nouveau, puis re-nagé, et puis… Et puis, à ce qu’il semble, Howie vient, de toutes ses jeunes forces de chiot, de le tirer au bord des vagues.

Ouvre les yeux. Ouvre les yeux, putain, ouvre les yeux…

Ses muscles, ses organes, tout se consume sous sa peau lourde de froid. Howie le lèche, couine contre lui, dans ses yeux, dans son nez, dans ses cheveux. Viens contre moi. Réchauffe-moi, mon chien. J’arrive même pas à ouvrir les yeux. J’arrive pas à ouvrir la bouche. Le froid veut me voir mort. Mais si on est là, c’est qu’on n’est pas morts. Déjà, son cerveau se réveille. Ses neurones s’ébrouent sous le givre et s’encouragent mutuellement. Ça va aller. Ça va aller. Si on est là, c’est qu’on va vivre. C’est qu’on a réussi. Tu te rends compte, Howie ? On a réussi ! Tu y crois, toi ? Faut qu’on continue, Howie ! Faut que je me lève, Howie…

C’est pas désagréable, cette immobilité. Enfin, presque pas – ça pourrait être pire, s’il bougeait. Il n’a pas mal. Pour l’instant, il n’a pas mal. On s’y fait, aux pics à glace qui nous crucifient contre le sol – non, c’est pas un crucifiement, il y a trop de pics, partout, qui traversent ses bras, ses poumons, son cou. Ça va faire mal, s’il se lève, horriblement mal, rien que d’imaginer ses organes s’arracher aux pics, ses chairs fragiles glisser contre le métal… Bouge putain, bouge. Pourquoi bouger ? Qui l’attend, au juste ? Howie, oui, il y a Howie et c’est important. Ce n’est pas « qu’un chien », c’est un chien, c’est un ami, c’est Howie. Et il porte le souvenir de –

Stanley STANLEY STANLEY

Les mâchoires de ses côtes se referment sur ses tripes, la douleur lui remonte jusqu’au cœur pour l’écarteler, ça le fend en deux STANLEY STANLEY STANLEY Stanley n’est plus là, Noah et Howie ont franchi le seuil du vide et il n’y avait plus qu’eux, ils ont franchi le seuil du vide sans Stanley SANS STANLEY qu’ils aimaient plus que tout, Stanley n’est plus là, Stanley a disparu, Stanley est perdu –

Il est forcément quelque part il faut qu’on aille le chercher peut pas avoir disparu pas disparu comme ça il est quelque part il il on va le chercher hein Howie on va le chercher va chercher c’est ça qu’on dit je chercherai avec toi

Est-ce qu’Allison les a suivis ? Ses intestins se crispent en boule anguleuse contre son estomac. Elle nous regardait avec son sourire. Je voulais fuir. J’ai fui avec Howie dans les bras. Je me suis pas retourné. Peut-être que si. À un moment. Elle nous regardait avec son sourire. Rien qu’une silhouette blanche. Une brume éclatante de son sourire. Elle nous regardait avec son sourire. Elle nous aurait croqués, mastiqués, broyés. Elle nous regardait avec son sourire. SON FOUTU SOURIRE – il est fixé à ses paupières, il danse dans son cerveau, il le bouffe de l’intérieur. Ouvre les yeux. Ouvre les yeux, je t’en supplie. Il veut l’image d’Howie. Il veut l’image de STANLEY REVIENS REVIENS NOUS CHERCHER OUVRE LES YEUX OUVRE LES YEUX BOUGE BOUGE BOUGE Howie le lèche, jappe, lui donne de grands coups de ses petites pattes sur son épaule LEVE-TOI LEVE-TOI son sourire son sourire il a son sourire dans la tête SON SOURIRE REGARDE DANS SA TÊTE !

OUVRE CES PUTAIN D’YEUX !

Des aiguilles d’eau salée lui picotent les orteils. Il pleut du sable en fusion sur ses membres, sur son dos, sur ses doigts. Il voudrait serrer les mâchoires à s’en faire éclater les gencives faire exploser ses dents en confettis d’émail écarlates de douleur qu’on voie qu’il a mal putain il est une coquille inerte VOUS VOYEZ PAS QUE J’AI MAL S’IL Y A QUELQU’UN·E AIDEZ-MOI AIDEZ-MOI Archie pourquoi tu n’es plus là ? Il entend des cris d’oiseaux, des mouettes ou des goélands, est-ce qu’il y a une différence, de la circulation routière au loin – le bruit des pneus sur le bitume – le verglas qui se craquelle sur ses tympans, preuves réconfortantes que le monde qu’il a atteint aujourd’hui est vivant. Le sourire s’est dissipé, il ne faut plus y penser. Howie lui mordille une oreille et tire dessus – aïe aïe aïe doucement doucement – son corps le brûle de plus en plus fort, ses yeux refusent toujours de s’ouvrir c’est chiant c’est chiant le sang lui revient dans les extrémités et ça brûle putain qu’est-ce que ça BRÛLE STANLEY REVIENS STANLEY STANLEY REVIENS

Ouvre la bouche. Ouvre la bouche et crie. Ouvre la bouche et CRIE. CRIE de toutes tes forces. CRIE pour qu’on te trouve pour qu’il te trouve pour qu’il revienne pour qu’il sache que JE T’AIME REVIENS REVIENS JE T’AIME JE SUIS LA JE VIENS TE CHERCHER !

Il ne sait même pas où il est. Il ne sait même pas si son corps fonctionne encore. Il ne sait même pas si ses yeux fonctionnent encore – bien sûr que si ils fonctionnent bien sûr que si quelle question ils fonctionnent ils fonctionnent même très bien SI SEULEMENT JE LES OUVRAIS ! Les coups sourds de son cœur contre ses oreilles lui donnent la nausée. Ça tape trop vite, trop fort, il n’arrive plus à respirer. Comment a-t-il pu respirer dans ce froid, et sous le poids de son propre corps ? Il hallucine sa propre existence. Il est devenu fou. Il a franchi la barrière des mondes et il n’existe plus de lui qu’un lambeau de conscience enfermé dans une coque en fusion. Il n’existe plus et il n’arrive plus à respirer. Sa propre sueur le griffe, lourde, dans une lenteur insupportable, et le simple fait d’exister lui paraît horrible en cet instant, c’est mieux de ne pas exister du tout et de savoir qu’on n’existe pas, peut-être que s’il sait ça l’illusion se dissipera, il aura moins mal, puis plus mal du tout puisqu’il n’existera plus, il n’y a plus de douleur là où il n’y a plus d’existence, là où –

là où il y a le vide

il ne veut pas y retourner il s’est sorti du vide il veut vivre il veut vivre pourquoi c’est si dur il ne sait même pas s’il existe

Tire sur tes paupières ouvre les yeux tire tire TIRE

Hey hey Noah t’es pas seul ici

Il n’est pas sûr qu’Archie soit bel et bien là. Il a pu atterrir dans un autre endroit. Il a pu rêver l’existence d’Archie, rêver l’existence de leur espace liminal, rêver l’existence de tout. Mais il tente de s’accrocher à ça, à cet espoir-là, à l’existence de cet homme dont il n’a connu que les éclats de tristesse à travers la paroi de leurs réalités, parce que la souffrance sera peut-être plus supportable comme ça, il ne sait pas, il sait juste qu’il pense, qu’il pense, qu’il pense et qu’il se trompe probablement.

Soudain, le barrage de ses paupières cède. Ses yeux sont grands ouverts, écarquillés, tout au bord des orbites, avides du monde qui les éblouit. C’est un trop-plein, une débauche de détails et d’existence, Noah va vomir. Il fait pourtant presque nuit. Tant mieux – si le monde s’était révélé en pleine lumière, Noah aurait perdu la vue. Il n’est pas sûr d’être prêt à ça, en tout cas pas maintenant, alors qu’il lui semble que l’infinité tout entière des choses qu’il n’a jamais vues se précipite dans le couloir d’étranglement de ses iris dans un flou étourdissant. Il voit et sent Howie s’agiter contre lui, le bousculer, le débarbouiller, et il voudrait pouvoir le caresser, il faut qu’il bouge il faut qu’il se lève – personne ne viendra l’aider, il fait nuit et les fenêtres brillent d’une lueur orangée au loin, trop loin, il n’y a personne sur cette plage minuscule, pas même Hook–

HOOK

Comment peut-il ne pas être là ? Est-il avec Stanley ? Oui, c’est ça. Il faut que ce soit ça. Ça ne peut être que ça. Noah, lui, a Howie avec lui. Hook a toujours su où aller. Hook a les yeux de Stanley. Stanley a les yeux de Hook. Noah aurait aimé l’avoir avec lui, Hook, s’il faut que Stanley ne soit pas là. Mais Howie est là, et il se souvient, lui aussi. Ou peut-être pas. Howie n’a jamais grandi. Conserve-t-on les souvenirs si notre existence, si l’on est ainsi figeæ dans un présent perpétuel ? Il reconnaît Stan. Il me reconnaît, moi. Alors il a une mémoire, c’est tout. Il se souvient. Je ne suis pas le seul. Cette histoire a existé s’il s’en souvient aussi… Non. Non. Elle existe encore. Putain, pourquoi faut-il qu’il soit davantage certain qu’Allison – SON SOURIRE – est encore de ce monde, que ce soit elle qui l’ait rejoint au bord de cette mer pleine de vide rouge ?

Mais en cet instant, Howie ne regarde que Noah. Il n’y a personne d’autre qu’eux deux. Allison n’est pas là. Son sourire n’est pas là. Son sourire ne les regarde pas. Son sourire n’est pas là. Noah ne supportera peut-être plus jamais de voir le moindre sourire – et ce sera horrible. Le sourire de Stanley est beau. Le sourire de Howie est adorable. Il y avait le sourire de Vicky, aussi – elle était avec eux quand tout s’est écroulé sur lui-même…

SON SOURIRE ÉTAIT DÉJÀ LÀ. IL LES REGARDAIT.

Le sourire de Vicky était tour à tour triste, désabusé, gentiment moqueur, attendri quand elle jouait avec Howie. Elle jouera encore avec Howie. Peut-être que c’est elle qui les retrouvera. Iels se retrouveront, voilà, s’iels cherchent bien. Iels ont toujours bien cherché jusque-là – non, non c’est Hook qui trouvait, Hook qui les guidait, et Hook n’est pas là. Hook n’est pas là et iels vont devoir faire sans lui – non, lui, Noah, va devoir faire sans lui. Mais Hook sait où aller. Il sait choisir. Ça va aller.

Putain, il n’en sait rien.

Il voudrait que son cerveau gèle à nouveau. L’oxygène poignarde ses extrémités, ses doigts et ses orteils fondent de chaleur retrouvée. Le feu remonte le long de ses veines, de ses nerfs, de ses muscles jusqu’aux coudes, aux genoux, aux hanches, aux épaules. Il parvient, au prix du dernier effort qu’il se sente capable de fournir, de ramener une cuisse vers son torse pour le surélever – enfin, il peut respirer. Il se gonfle de sa gorge à son abdomen, tout entier. Il s’emplit d’un air chargé de sel, d’eau, d’autres choses qu’il ne connaît pas. Ne va-t-il pas s’étouffer, sur cet air empli du monde ? Il entrouvre les mâchoires, avale l’air, tousse contre le sable, y laisse couler des filets de salive. Howie s’est assis près de lui, le museau à hauteur de sa tête, la langue infatigable. Le corps de Noah fourmille d’étincelles, assoiffé de mouvement tout à coup, alors il lève une main pour caresser le chiot entre les oreilles. Howie remue la queue et lui sourit derrière sa petite langue rose. Son poil est presque sec, gonflant autour de son corps comme un nuage subtilement doré. Il est tout chaud. Noah redresse le torse et le prend dans ses bras.

Il faut y aller, maintenant.

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Les cris du dehors https://malonesilence.com/les-cris-du-dehors https://malonesilence.com/les-cris-du-dehors#respond Sat, 23 Aug 2025 09:19:43 +0000 https://malonesilence.com/?p=4182 Je crois que l’aboutissement de la campagne de financement des Nuits du Dehors était clairement mon moment en 2025.^^ Je vous ai déjà remerciæs mille fois pour votre soutien sans faille – permettez-moi de le faire encore. On en a déjà parlé en newsletter : par bien des points, cette […]

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Je crois que l’aboutissement de la campagne de financement des Nuits du Dehors était clairement mon moment en 2025.^^ Je vous ai déjà remerciæs mille fois pour votre soutien sans faille – permettez-moi de le faire encore. On en a déjà parlé en newsletter : par bien des points, cette campagne est notre meilleure à l’heure actuelle, et ça, c’est beau.

Les Nuits du Dehors est censé (vous commencez à me connaître) sortir cet automne, au mieux en octobre, le meilleur mois de l’année 🎃. Bon, la bonne nouvelle, c’est que le Pumpkin Autumn Challenge dure plus d’un mois ! (Il revient bien cette année, hein ? J’espère.) Mais bon. Encore une fois, j’espère être plus rapide pour mes prochaines parutions. Ça va faire quoi, quatre, cinq ans qu’on est sur Stanley n’est pas mort, là ? Pour trois livres, c’est archi long, au rythme global actuel. Même pour moi, qui commence à avoir hâte de passer à la suite malgré, bien évidemment, des sentiments contradictoires à l’approche de la fin.

D’ailleurs, quelle fin ? Qu’est-ce qu’elles nous réservent, les nuits du dehors ?

J’ai beau être auteur jardinier (on en a discuté ici, en live avec Sandmap), il y a quand même une tentative de construction, pour Stanley n’est pas mort. Ou un genre de prophétie auto-réalisatrice, si vous voulez. Je me suis rendu compte, alors que j’écrivais Les Pleurs du Vide, que, quelque part, je savais depuis le début que je serais un jour plus fort que la dépression. Les Nuits du Dehors était alors censé extirper cette trilogie de l’horreur du premier tome, sans pour autant finir par la nier (Archie, le nouveau personnage des Nuits du Dehors, vit des choses assez horribles, ce qui donne une structure cyclique à l’ensemble qui fait sens). En gros : si l’horreur est là, on n’est désormais plus seul·e pour l’affronter.

Mais c’est un fait : à l’intérieur comme à l’extérieur, au-dedans comme au-dehors, l’horreur est là. Elle a pris naissance à l’extérieur pour contaminer l’intérieur, où elle s’est déployée pour tout détruire. Pourtant, l’espoir s’y trouve aussi. Au-dehors, comme au-dedans.

En ce moment, il m’est très difficile de le trouver. De ne pas avoir l’impression de raconter un mensonge en écrivant, en clamant que l’espoir existe, en chacun·e de nous et au milieu de nous, entre nous. Est-ce que je me suis raconté tout ça pour me rassurer ? Est-ce que je me suis créé cette communauté de personnages imaginaires pour oublier mon incapacité à me faire une place dans la lutte, et à la faire avancer ? (Cherchez pas, la réponse est oui. En partie.)

On ne va pas récapituler ici les actualités du monde, du dehors. Vous savez.

Désormais, ça m’obsède. Tous les jours, ce sentiment d’urgence. Est-ce que je peux vraiment écrire que tout ira bien ?

Il n’a jamais été question de ça, en réalité. Le but, c’est d’apprivoiser, ou de vaincre, les horreurs qu’on nous a injectées, afin de faire face à celles du dehors. Et c’est là, en écrivant ce troisième et dernier tome de la saga, que je me souviens qu’en réalité, je ne sais foutrement pas quoi faire. Pourtant, je devrais. J’ai 28 ans, merde.

Peut-être que c’est comme ça que je trouverai les mots pour finir Les Nuits du Dehors. En me rappelant que c’est pas à moi tout seul de trouver une solution. Que je dois seulement parvenir à naître au monde, enfin, et à exister pour de vrai, pour lutter efficacement moi aussi.

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Mulholland Drive (hommage à David Lynch) https://malonesilence.com/mulholland-drive-hommage-a-david-lynch Sat, 18 Jan 2025 18:58:49 +0000 https://malonesilence.com/?p=3678 Il y a quelque temps de ça, je disais sur mon Bluesky que mon envie de revoir Mulholland Drive se faisait de plus en plus pressante. Si j’en crois l’archive de la Woof’letter, c’est en mai 2023 que je l’ai vu pour la première fois. Sans doute, oui. Je ne […]

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Il y a quelque temps de ça, je disais sur mon Bluesky que mon envie de revoir Mulholland Drive se faisait de plus en plus pressante. Si j’en crois l’archive de la Woof’letter, c’est en mai 2023 que je l’ai vu pour la première fois. Sans doute, oui. Je ne retiens pas bien les dates. Ma notion du temps qui passe est claquée au sol depuis toujours, pour tout vous dire. C’est pas si grave. Même sans date, les souvenirs sont là, pour certains incroyablement vivaces.

Mulholland Drive, c’était mon premier Lynch. (Je n’en ai encore vu aucun autre, malgré l’envie.) Ma découverte s’est produite dans un ciné indépendant adepte des rétrospectives mensuelles. J’y suis allé avec une curiosité alimentée par tout ce qu’on en disait, un peu d’appréhension aussi, du fait que ce ne serait peut-être pas forcément compréhensible, tout ça. Le fait est qu’effectivement, Mulholland Drive m’a paumé. Mais à ma grande surprise et pour mon plus grand plaisir, ça m’a pas empêché de passer l’un des meilleurs moments de cinéma de ma courte vie. C’est ce que disait Taous Merakchi dans sa dernière newsletter : Lynch a cette capacité à nous absorber, et à nous faire accepter que son art nous perde. Ça finit par faire partie du plaisir, je suppose.

A l’heure actuelle, mes questionnements sur Mulholland Drive sont toujours là. Les explications que j’ai trouvées sur Internet m’ont fait dire : « Oui, peut-être, ça se tient. » Je me trouve encore partagé entre la frustration et une certaine acceptation, quand même : ouais, j’ai pas d’explication absolue, mais ce n’est peut-être pas grave. Ce film n’est peut-être pas là pour ça. J’ai vécu une expérience folle, et ça compte. Lynch parvient à nous dire tout de même certaines choses, sur Hollywood, sur les relations humaines, sur la dépression (tiens donc), et ça compte aussi. On n’a pas LA clé (héhé), mais plein de petites clés qui ouvrent des portes intéressantes… Et à nous de fouiller dans ce qui se cache derrière.

L’un des plus beaux compliments qu’on m’ait fait sur mon taff, c’est : « Tu ne prends pas ton lectorat par la main, on voit que tu lui fais confiance. » Et c’est cool. C’est cool parce que, déjà, en tant que lecteur, j’aime cette sensation de connivence. Outre le fait que ça flatte quand même un peu l’ego, ça me fait me sentir moins seul, j’imagine. On est ensemble, dans cette galère, et on y trouve de la beauté, parfois la même.

Ça contente mon côté explorateur dans l’âme, aussi. Si vous me connaissez, vous savez mon amour pour Silent Hill (promis, l’article sur Maria que je vous tease depuis beaucoup trop longtemps va sortir). J’adore SH, j’adore analyser SH et lire/écouter les analyses des autres, ça foisonne, c’est trop bien. Et si l’on veut rester premier degré : je suis un joueur explorateur. Je prends un max de temps à explorer les environnements, à regarder les détails – ce qui fait de moi un partenaire épouvantable en coop. Bref, tout ça pour dire que j’aime qu’une œuvre d’art me rassasie. Mais pas toujours directement – intellectuellement parlant.

(Pardon, ça doit faire un peu pédant, dit comme ça. Rassurez-vous : je ne suis pas la chips croustillante du paquet. Je suis juste un curieux insatiable avec plein de questions dans la tête.^^ D’ailleurs, si je fais confiance à mon lectorat, c’est parce que j’y suis un peu obligé. Je veux dire… Je cherche encore les réponses aux questions que je pose dans mes écrits ! C’est aussi pour ça que j’écris d’ailleurs BREF)

Qu’est-ce qui m’a rassasié, dans Mulholland Drive ? L’esthétique et l’émotion qu’elle provoque, déjà. Ce film transpire la passion du cinéma, dans ses plans, ses couleurs, sa musique. J’étais tellement investi ! Bon, déjà, mon thème musical préféré, c’est celui-là :

La scène que cette musique illustre y est pour beaucoup, il faut dire ! Pleurer devant une scène d’amour, ça m’arrive très rarement. Bon, forcément, quand c’est pas hétéro, ça me parle davantage. Mais surtout, la scène est belle, merde ! On pourrait parler de Llorando, aussi, scène et musique incroyables, vous même vous savez. Mais ce que je retiens surtout, c’est ce passage-là. Et ce « I’m in love with you« . OK, j’ai aussi un crush sur Rita, je… je sais.

Comment David Lynch, Naomi Watts et Laura Harring parviennent-iels à nous faire autant aimer leurs personnages ? On ne sait rien d’elles, au fond. Seulement l’essentiel : leur histoire d’amour dans la cité des rêves. Des rêves brisés, reconstitués dans une tentative désespérée avant de s’effondrer une dernière fois. Parce que pour que Mulholland Drive me parle autant, il fallait aussi qu’il parle un peu de fiction, pas vrai ? Et si l’explication la plus répandue sur le scénario est la bonne… Disons qu’il nous en dit des choses, ce film, sur l’amour romantique. Une forme d’amour pas toujours belle, pleine d’un imaginaire qu’on ne parvient pas à lâcher. Quand on a vécu des histoires aussi difficiles que passionnées, forcément, ça parle.

J’en retiens aussi les moments d’humour, évidemment. Le tueur à gages malchanceux, le cinéaste qui se fait pourrir de tous les côtés… Et puis, par-dessus tout : les éléments horrifiques ! C’est ce genre d’œuvres, ultra riches et généreuses, que je passe ma vie à chercher. Les réponses aux questions, à côté ? Je suis toujours content d’en trouver, mais c’est pas l’essentiel. Lynch disait que l’art n’avait pas à avoir du sens si la vie elle-même n’en avait pas, et l’analogie fonctionne plutôt bien pour Mulholland Drive. Parce que j’ai vécu 146 minutes de rêve. J’ai voyagé dans un autre monde, fictionnel, avec ses propres lois, et j’y ai cru. J’y ai cru de toute mon âme, et je veux y retourner.

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4 avril 2025 : lancement du Ulule pour le tome 3 ! https://malonesilence.com/4-avril-2025-campagne-ulule-tome-3 https://malonesilence.com/4-avril-2025-campagne-ulule-tome-3#respond Mon, 06 Jan 2025 13:53:05 +0000 https://malonesilence.com/?p=3530 Il s’appelle Les Nuits du Dehors, c’est le troisième et dernier tome de Stanley n’est pas mort, et la campagne de financement dédiée démarre le 4 avril 2025 ! Si vous suivez la Woof’letter, vous le saviez déjà 👀 Vous pouvez vous pré-inscrire à la campagne Ulule en cliquant ici […]

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Il s’appelle Les Nuits du Dehors, c’est le troisième et dernier tome de Stanley n’est pas mort, et la campagne de financement dédiée démarre le 4 avril 2025 !

Si vous suivez la Woof’letter, vous le saviez déjà 👀

Vous pouvez vous pré-inscrire à la campagne Ulule en cliquant ici :



Résumé du tome :

Les mondes se sont déchirés. Celui d’Archie, d’abord, qui traverse la France en bus, et surtout en pleine nuit, pour fuir son fiancé qui l’a détruit. Celui de Laura, ensuite, qui avait presque abandonné l’idée de le reconstruire, jusqu’au jour où elle a reçu ce message posthume d’une vieille connaissance. Celui de Hook, bien sûr, qui, la tête posée entre les pattes, a veillé le cadavre de son hôte pendant des jours. Quant à celui de Noah, désormais seul avec Howie à l’orée du vide…
L’homme qui aime Stanley n’a jamais été aussi perdu et vulnérable, et pourtant, il se lance à sa recherche sans hésiter une seconde. Stanley est encore là, quelque part, Noah le sait. Tout comme Allison, qui, en sinistre ombre fantomatique, semble le suivre à la trace…
Peut-être tout serait-il plus facile, quelque part, sans cet univers qui se déploie sous leurs yeux. Sans ces sources d’émerveillement inconcevables, sans cette folle possibilité d’affection mutuelle, sans que l’espoir brille, douloureux et magnifique, plus fort que jamais, dans les nuits du dehors.
Conte initiatique, mélancolique et horrifique, Les Nuits du Dehors clôt Stanley n’est pas mort sur une formidable fureur de vivre. Parce que la fin du monde ne cesse d’avoir lieu. Parce qu’on peut rebâtir sur les ruines. Et parce qu’on peut trouver la force de lutter pour avoir, un jour, la possibilité de cette reconstruction. Les Nuits du Dehors, c’est l’histoire d’une humanité compliquée, mais qui aime et crée, au milieu de la violence, envers et contre tout.


La couverture reste secrète jusqu’au moment du reveal ! Vous pouvez toutefois en voir un bout en newsletter 👀

Save the date : 4 avril 2025 ! Et que les chiens veillent sur vous !

Car désormais, la lumière vous suit.

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Mes newsletters préférées https://malonesilence.com/mes-newsletters-preferees https://malonesilence.com/mes-newsletters-preferees#comments Sun, 22 Dec 2024 19:21:34 +0000 https://malonesilence.com/?p=3496 Avec la chute de Twitter/X et, en règle générale, le profond emmerdement que sont devenus les algorithmes des réseaux sociaux, beaucoup de personnes ont finalement décidé de lancer leur newsletter – dont moi ! Et le fait est que j’ai pris aussi bien goût à écrire ces petits – ou […]

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Avec la chute de Twitter/X et, en règle générale, le profond emmerdement que sont devenus les algorithmes des réseaux sociaux, beaucoup de personnes ont finalement décidé de lancer leur newsletter – dont moi ! Et le fait est que j’ai pris aussi bien goût à écrire ces petits – ou grands – mails qu’à en lire. Il y a des newsletters que j’attends avec impatience chaque semaine, chaque mois, ou que, dans le cas des plus irrégulières, j’attends toujours sans jamais rater un numéro.

Alors, tout comme il m’est arrivé de parler de mes talentueuxses collègues du domaine horrifique, j’ai décidé de vous faire une petite liste de mes newsletters préférées. Il y a des chances qu’elle soit mise à jour de temps en temps 👀 C’est vraiment un support qui me parle, une bulle de calme dans le tumulte de l’information en continu, et un plaisir de lecture, tout simplement. Je kiffe, quoi ! (Si toi, qui me lis, attendais un signe pour lancer une infolettre, considère qu’il est là !)

Les Papiers noirs d’Amélie

Amélie est une autrice d’horreur que j’ai eu le plaisir de rencontrer au festival Écrire! début 2024. Dans ses Papiers noirs à l’encre rouge, elle nous parle aussi bien de son processus créatif que de ses découvertes culturelles : livres, cinéma… La plupart du temps, évidemment, dans le domaine horrifique. Et si vous vous abonnez, elle vous offre un recueil de nouvelles numériques ! Bonne lecture à vous 🔪

L’info-lettre de Noémie

Noémie est une chercheuse brillante, dont je suis le travail depuis maintenant plusieurs années. La nouvelle du lancement de son infolettre m’a donc fait très, très plaisir ! Son domaine de recherche est aussi important que difficile : le discours mené autour des violences sexistes et sexuelles, notamment en ligne (mais pas que). Elle nous parle de son parcours de thèse, de ses lectures sur le sujet et hors-sujet, et conclut chacune de ses newsletters par quelques mots sur le tricot ! Pour un peu de douceur dans ce monde si difficile.

L’Oniropostale de Rozenn Illiano

Rozenn Illiano, c’est l’autrice de Midnight City, ainsi que de beaucoup d’autres romans se déroulant dans le même univers – ou presque ? Une autrice aussi prolifique qu’inventive et dont je suis la newsletter depuis ses débuts. L’Oniropostale tient son nom d’une invention iconique de cet univers, invention que j’ai pu découvrir dans Midnight City. Quant à la découverte que je fais via ses newsletters… Les auteurices architectes, vous m’épatez ! (Rozenn Illiano est très, très architecte. Je crois que vu l’ampleur de son univers, on pourrait difficilement faire autrement !) Si ce que vous attendez d’une infolettre d’écrivain⋅e, c’est de voir les coulisses en détail et en toute transparence, vous trouverez votre bonheur sur L’Oniropostale.

La Griotte vagabonde d’Isis Labeau-Caberia

Isis Labeau-Caberia écrit des romans, des articles, un podcast et, donc, une newsletter ! C’est celle-ci qui m’a donné envie de lire le très dur mais très instructif La Prophétie des Sœurs-Serpents, le roman young adult d’Isis Labeau-Caberia. Elle est chercheuse, afroféministe, historienne et passionnante, quel que soit le support de l’information, et son rapport à la création est de ceux qui me parlent. Notamment dans son lien avec ses personnages 👀 Je vous laisse voir !

L’Entre-deux d’Eliza M.

Celle-là démarre tout juste ! Eliza M. a lancé L’Entre-deux pour préparer son incursion dans l’autoédition 👀 D’ailleurs, elle vous y propose son lien Ulule pour être averti-e du lancement ! Quoi qu’il en soit, Eliza nous propose une newsletter assez personnelle, puisqu’elle nous parle notamment de son « entre-deux » familial, entre le Québec et la Roumanie, qui lui a inspiré le roman qu’elle s’apprête à publier. Et dans l’une des dernières à l’heure où j’écris ces lignes, elle en a dévoilé la couverture ! Bref, j’adore les newsletters d’auteurices. Parce que j’adore lire sur ce qui me passionne, je suppose.

Le Journal intime d’Emilie Hemery

J’ai découvert Emilie Hemery sur Instagram, avec des posts sur Rage, un roman horrifique de sa plume. Encore une infolettre d’autrice ? Encore Substack ? Ouaip. Et Emilie Hemery est très, très plaisante à lire ! J’adore la formule, j’adore le ton et elle m’inspire autant dans mon propre taff qu’à lire ses romans. Son parcours est d’autant plus intéressant que c’est une autrice multi-genres – et d’une rapidité impressionnante, puisqu’elle a sorti… six romans en un an, c’est ça ? 🚀 Bref, sa newsletter s’appelle Cher journal intime, et elle sort souvent elle aussi !

La newsletter horrifique de Taous Merakchi

Connaissez-vous Taous Merakchi ? Les internets (mais pas que) la connaissent aussi sous le nom de Jack Parker. Elle écrit des livres, anime des podcasts, raconte des histoires d’horreur, regarde des films et partage avec nous ses réflexions. C’est une personne aussi intéressante qu’agréable à lire et à écouter. Ça se passe sur son Patreon – sa newsletter est payante, be prepared.

La fureur d’Aliks

On continue dans les newsletters sur Patreon avec celle d’Aliks, mais celle-ci est totalement gratuite. Au programme : lectures, visionnages, pop-culture en général, et aussi fragments d’un quotidien vécu avec la bipolarité. C’est souvent court, plutôt irrégulier, plein de douceur et très réconfortant ❤️‍🩹 [EDIT : Aliks est désormais sur Substack.]

La Correspondance de Jessica Djaafar

Retour sur Substack avec une autre personne que j’ai découverte sur Instagram, et c’est de sciences humaines et sociales qu’on parle ici ! Narjess nous partage ses réflexions sur la vie, de son point de vue de femme à la croisée de différentes oppressions, issue de différentes minorités. Elle partage des souvenirs, des tranches de vie, des pensées sur le vif, et des analyses poussées. Une infolettre à suivre de toute urgence.

Le Journal de bord d’Oriane

Oriane est une autrice qui écrit et publie de la SFFF depuis quelque temps, tout en étant encore beaucoup trop peu suivie. Elle a lancé son journal de bord il y a un mois, c’est tout frais – et plein de poésie ! Une newsletter d’autrice, donc, et une pépite cachée de l’internet francophone.

Les Cosmopoétiques de Sara Mychkine

Alors là mes ami-es, on parle d’une personne que j’admire beaucoup. Sara Mychkine a écrit l’un des plus beaux romans que j’aie pu lire, De minuit à minuit, et plusieurs articles et newsletters parfois un poil pointu-es pour mon cerveau, mais toujours très inspirant-es. Iel écrit aussi Cosmopoétiques du souffle sur Substack, à propos notamment d’histoire de l’art d’un point de vue décolonial. Un must-read.

La newsletter de Jo Riley-Black

La quantité de travail qu’abat cette personne m’impressionnera toujours ! Elle a lancé sa newsletter il y a deux mois si j’en crois Substack, et celle-ci est aussi intéressante qu’instructive pour les auteurices comme moi. Sa franchise et sa générosité font de son infolettre une de mes préférées, ainsi qu’une source d’inspiration et de motivation ! Au programme : quotidien d’autrice, collaboration avec une agence littéraire et reviews culturelles.

La newsletter de Manon Segur

Manon Segur est l’autrice du génial L’Étreinte du roncier et, en général, d’histoires bien gothiques comme on aime. Elle lance tout juste sa nouvelettre ! Son univers est ultra inventif et personnel et c’est une amie chère, il était donc écrit que j’aimerais ses mails ! Vous pouvez découvrir dans ses archives sa voix passionnée, souvent pleine d’humour, ainsi que ses recommandations culturelles et ses dessins !

Les mémos d’Abrüpt

Mémo, c’est pour Messages de l’Étrange et des Mondes Obliques. Leur truc, chez Abrüpt, c’est l’antilivre (en gros, désacraliser l’objet livre, conserver sa liberté de création et de partage, tout ça – leur manifeste explique mieux que moi (je crois)). On peut désormais recevoir certains de leurs écrits par mail – et continuer à les suivre par la même occasion sur ces internets qui, comme iels le disent, se rétrécissent. J’ai eu dernièrement un coup de cœur pour ce texte (qui a un peu une vibe des Pleurs du Vide) publié sur un autre de leurs sites, Error (qui a aussi une vibe de LPdV).

Les monstres de Hello Weirdo

Hello Weirdo écrit Of Sacred Monsters, en français et en anglais. Comme son titre l’indique, cette newsletter parle d’horreur, dans la pop culture, sous toutes ses formes ! Elle est toute neuve à l’heure où je mets cet article à jour, son deuxième numéro est tout frais. Son titre : Horror is political. Eh ouais.

L’histoire de Nova

L’histoire d’une comète est une newsletter, là aussi, toute neuve. Nova nous parle avec beaucoup de poésie, de sensibilité et de passion de sa relation avec son univers. De ses personnages, de leurs histoires, de ce qu’ils partagent avec elle. De pourquoi ils existent, même s’ils sont enfermés dans l’imagination d’un·e auteurice. Je me retrouve pas mal dans ce rapport à l’écriture (je sais, c’est pas très étonnant). J’espère avoir un jour l’occasion d’en lire davantage de sa plume que les petits extraits qu’elle nous offre !

Les vibes de Fania Noël

Fania Noël est une sociologue et essayiste afroféministe. Elle est notamment l’autrice de 10 Questions sur les Féminismes Noirs, sorti en 2024, ou de Et Maintenant le pouvoir : Un horizon politique afroféministe, que j’ai très envie de lire. En attendant, je lis son infolettre ! Le dernier numéro analyse un angle important (et inquiétant, quand même) de la réception de la série Severance (qu’il faut que je regarde aussi, ne serait-ce que pour l’esthétique liminale). C’est intéressant, c’est bien expliqué, je recommande !

La Cabane de Mary Fleureau

Ou, très simplement, la newsletter de l’autrice de cet immense roman qu’est L’Autre Côté. Je suis vraiment surpris de ne pas en avoir parlé ici jusque-là ! (Peut-être parce qu’elle a changé de plateforme à un moment.^^) On retrouve sa plume toute en sensibilité dans ses articles que, personnellement, j’adore. Elle revient sur ses souvenirs, sur les histoires de sa vie qui nourrissent son écriture aujourd’hui, sur ses rencontres avec ses personnages. Le tout dans une ambiance cosy 🍂

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Le Pumpkin Autumn Challenge 2024 et « Stanley n’est pas mort » https://malonesilence.com/le-pumpkin-autumn-challenge-2024-et-stanley-nest-pas-mort https://malonesilence.com/le-pumpkin-autumn-challenge-2024-et-stanley-nest-pas-mort#respond Mon, 26 Aug 2024 13:54:40 +0000 https://malonesilence.com/?p=3173 Le Crépuscule des Phalènes : tel est le titre évocateur de l’édition 2024 du Pumpkin Autumn Challenge. Ce club culturel très populaire, créé par Guimause, a dévoilé ses nouveaux thèmes pas plus tard qu’hier 👀 Enfin, au lieu de thèmes, je devrais parler de « tableaux ». Pour la faire courte : […]

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Le Crépuscule des Phalènes : tel est le titre évocateur de l’édition 2024 du Pumpkin Autumn Challenge. Ce club culturel très populaire, créé par Guimause, a dévoilé ses nouveaux thèmes pas plus tard qu’hier 👀 Enfin, au lieu de thèmes, je devrais parler de « tableaux ». Pour la faire courte : chaque édition a sa thématique, elle-même divisée en grandes catégories – lesdits tableaux -, eux-mêmes divisés en catégories auxquelles faire correspondre une œuvre. Je vous invite à lire la page dédiée sur le blog de Guimause, qui vous expliquera tout ça mieux que moi, ou à regarder la vidéo sortie hier :

Mais il est très probable que vous connaissiez déjà le fameux PAC 🎃

Pumpkin Autumn Challenge 2024 : Le Crépuscule des Phalènes

Guimause a choisi le romantisme pour la thématique de cette huitième édition du PAC, et ça, ça tombe bien :

Ce mouvement met en exergue toutes les nuances des émotions, des plus belles aux plus sombres. […] Il est rebelle sauvage, sensible, intérieur, introspectif, lyrique, fantasque, chimérique, torturé, rêveur.

Guimause sur la page Pumpkin Autumn Challenge – Le Crépuscule des Phalènes du blog Arsaether

J’ai souvent parlé de l’importance de l’introspection et des émotions dans Les Hurlements noyés (et le lectorat aussi !). Est-ce qu’on peut parler de romantisme, pour LHN ? Je l’ignore, mais j’aime bien l’idée (ça en jette un peu, qu’on se le dise 😄). Ça colle aussi avec mon gothisme forcené !

Cette édition du Pumpkin Autumn Challenge s’appelle Le Crépuscule des Phalènes. Voilà ce que Guimause nous explique dans son article :

Le papillon de nuit […] est le messager traversant les mondes, oscillant entre la vie et la mort. Comme le crépuscule, il est symbole du basculement, de la transformation, de la métamorphose. Le passage même de son stade larvaire à son éclosion fait de lui un être à la fois merveilleux, magique et inquiétant.

Je sais alors que cette nouvelle session est le lieu de rencontre des opposés, la jonction, l’état transitoire entre la lumière et l’obscurité, entre le jour et la nuit, entre l’été et l’hiver. C’est le début et la fin, dans toute son évidence et sa complexité. On s’intéresse à ce qu’il se passe de l’autre côté du miroir, on cherche le verso du recto.

Ibid.

Pourquoi ce sont toujours les autres, y compris les gens qui ne vous connaissent pas, qui trouvent mieux que vous les mots pour parler de vos romans ? C’est terrible, quand même. Du coup, merci, Guimause, de m’aider à parler des Pleurs du Vide ! Là… j’ai rien à ajouter 🫢 (Je reste sacrément littéral, quand même.)

Et ça, c’est pour Stanley n’est pas mort dans son ensemble, car pourquoi s’arrêter en si bon chemin :

Le Crépuscule des Phalènes est le lien […] entre l’horreur et la douceur.

Ibid.

Je dis pas que c’est l’édition idéale pour découvrir les deux premiers tomes de la trilogie mais… mais on est bien dans le mood !

Stanley, pour quels tableaux du Pumpkin Autumn Challenge 2024 ?

Automne frissonnant : pourquoi pas ?

Le tableau le plus évident, c’est bien sûr Automne frissonnant, sombre et horrifique comme on aime 👻 Et pourtant, ce n’est pas à celui-ci que je pense en premier pour cette édition ! Bien sûr, les deux premières catégories, L’esprit et le corps en un instant séparés […] et Fenêtres cassées, portes ouvertes, peuvent correspondre aux Hurlements noyés.

Pour la première, je pense évidemment à mes deux personnages d’adelphes maudits, Steph et Vicky, ou même à l’amitié qui unit Steph (un fantôme) à Stanley, notre médium qui a du mal à tirer du positif de sa condition. En revanche… si vous cherchez une comédie (cf le dernier mot-clé de la catégorie), je crains que vous ne soyez au mauvais endroit ! En revanche, Fenêtres cassées renvoie assez clairement à l’emprise plus ou moins faillible de Lumière sur sa secte, sur le monde, peut-être sur Stanley… Mais bon, ne suivez pas la lumière, c’est ce que je vous dis toujours 👀

Automne crépusculaire : là, on tient quelque chose !

Vous avez vu la première catégorie, Le règne des phalènes ? Matez-moi ces mots-clés :

Âme – Vie – Mort – Messager – Magie – Transformation – Ombre – Animal – Nocturne

Ibid.

Cette catégorie du Pumpkin Autumn Challenge fait même appel au chien Hook, qui apparaît dès Les Hurlements noyés avec sa meute pour guider les personnages… A moins qu’il ne joue les chiens psychopompes ?

(Faut vraiment que j’arrête de nerdiser sur mon propre univers.) (Bientôt une bibliographie sur les chiens ? Oui.)

Deux autres catégories peuvent correspondre : Voyageuse contemplant une mer d’étoiles, pour le côté mélancolique, lyrique et onirique de la saga, et La chute de l’or ailé pour… Est-ce que je spoile si je vous le dis ? Disons que ça correspond pas mal à Stanley, métaphoriquement parlant. Mais Lumière préfère penser que c’est pour elle… Et, plus simplement, Stanley n’est pas mort est une trilogie chorale. J’aime (trop) beaucoup (trop) de mes personnages !

Automne douceur de vivre : pour le côté engagé de la trilogie

Ce n’est pas ce que je mets le plus en avant, quand je parle de Stanley n’est pas mort, mais c’est un fait : cette trilogie reflète mes convictions – du moins ai-je tout fait pour ! (De toute façon, quand vous écrivez, votre vision du monde ressort forcément.) Bien que ce ne soit pas le thème central, ça a son importance. Déjà parce qu’à mes yeux, tout est lié, le personnel et le politique ; ensuite parce que, comme Vicky, je suis à 50% constitué de colère intérieure, et à 50% d’amour pour les gens et le monde. Cocktail contradictoire au premier coup d’œil, mais qui fait inévitablement sens dans nos sociétés actuelles.

Ce Pumpkin Autumn Challenge nous propose un tableau Douceur de vivre axé notamment sur la tendresse, le foyer, la famille (il y a une found family dans LHN, non ? 👀), la singularité (catégorie Take care of cinnamon homes), le féminisme, la déconstruction et le genre (La délicieuse malaventure de Sadima), l’amitié, la santé mentale ou la lumière (Cad, je suis contente d’être tombée de cet arbre !). Pour le côté engagé de la trilogie de Stanley, donc… et son côté tendre, moins évident au premier abord. Mais la tendresse est aussi un engagement, non ?

C’est tout pour moi, chose your fighter !

J’espère que ce petit article vous aidera à constituer votre PAL du PAC et, qui sait ? à caser Stanley quelque part dans tout ça !

Bonne lecture à vous, merci à Guimause pour le Pumpkin Autumn Challenge, et ne suivez pas la lumière !

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Les « morally grey characters » et moi https://malonesilence.com/les-morally-grey-characters-et-moi https://malonesilence.com/les-morally-grey-characters-et-moi#comments Tue, 02 Jul 2024 17:21:18 +0000 https://malonesilence.com/?p=2950 Bon, à la toute base, je ne suis pas particulièrement fan de cette appellation, « morally grey ». Pas parce que je suis un puriste de la langue française (écrivant en inclusif, j’en ai perdu ma carte depuis longtemps), mais parce que pour moi, un bon personnage est nécessairement « morally grey ». Un […]

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Bon, à la toute base, je ne suis pas particulièrement fan de cette appellation, « morally grey ». Pas parce que je suis un puriste de la langue française (écrivant en inclusif, j’en ai perdu ma carte depuis longtemps), mais parce que pour moi, un bon personnage est nécessairement « morally grey ». Un être humain est, au moins un peu, « morally grey ». On a toustes nos zones d’ombre, nos faiblesses, nos traces d’égoïsme. Ça ne signifie pas que l’être humain est mauvais par nature, au contraire. Avoir conscience de nos « travers », qui ne sont à mon sens que des traces de nos peurs et de notre instinct de conservation, peut nous permettre d’être de meilleures personnes. De mieux agir, en tout cas. Mais je digresse, et je vais éviter d’enfoncer davantage de portes ouvertes que d’habitude, on n’est pas là pour ça.

Je ne vais pas parler du phénomène en lui-même, des tas de gens l’ont déjà fait et le font encore, et je ne m’estime pas compétent pour ça. On va seulement partir du concept de base pour parler processus et évolution créatifves. C’est une petite réflexion personnelle qui me trotte dans la tête depuis un petit moment. Depuis que j’ai lu BEINHAUS, en fait. Partons sur des évidences : on peut écrire une excellente histoire, alignée avec ses valeurs en plus, avec les personnages les plus détestables de l’univers. Des personnages peuvent être intéressants sans être attachants. On peut écrire sans ses ami·es imaginaires… ou se faire des « morally grey imaginary friends ».

Morally grey characters, level 0 : Stanley

J’ai parlé de mon rapport à Stanley Ellington en long, en large et en travers : c’est mon premier personnage, mon premier amour, une âme sœur depuis toujours et jusqu’à la fin. Ce que je cherchais au moment où je l’ai trouvé, c’est un ami fictif. On a grandi ensemble. On s’est sortis du pire de la maladie ensemble. Il a même accompagné ma transition, enfin… il a transitionné avant moi. Prophétie auto-réalisatrice de l’écrivain·e, comme en parlait l’autrice Morgane Stankiewiez en conférence.

Portrait de Stanley Ellington, homme blanc, brun aux yeux bleus, émacié.
Portrait de Stanley par The Red Lady

Au départ, avec Stan, je cherchais moins à explorer la psyché humaine qu’à trouver un peu d’espoir dans cette humanité. J’ai compris plus tard que l’un n’allait pas sans l’autre – sans quoi, Les Hurlements noyés ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Et puis, il a accompagné mes débuts d’écriture, à l’époque où je pensais encore qu’il fallait, quoi qu’il arrive, être du côté du personnage principal.

En grandissant, je suis devenu plus lucide sur mes propres défauts, et sur ceux de Stanley aussi, humainement parlant. Dans LHN et sa suite, Les Pleurs du Vide, c’est assez évident : il est animé des meilleures intentions du monde, mais coincé dans une inertie, une terreur et un désespoir qui s’avéreront destructeurs. Bon, ce qui s’est passé aussi, c’est que Stanley est un peu devenu une allégorie au fil de ma prise de recul. Reste que c’est l’un de mes personnages les plus « purs » et authentiquement gentils.

Morally grey characters, level 1 : Archie

Archie David assis face à son ordinateur avec sa tasse fumante, avec son terre-neuve qui bave sur la table et sur ses feuilles. La scène se passe le soir si l'on en croit la nuit étoilée par la fenêtre de derrière et la lumière tamisée. Dessin à l'aquarelle + pastels secs.
Portrait d’Archie (et Orlando le terre-neuve) par Pikkulef

J’ai pas mal parlé d’Archie en newsletter, mais encore peu sur le blog, parce qu’il arrive dans le tome 3 de la trilogie de Stanley. En revanche, j’en ai discuté sur mes réseaux et avec pas mal de gens ! Il est né en 2019 (je vous parlerai de son origin story, promis) et je l’adore. Archie, c’est mon comfort character personnel ! Et pour le coup, je voulais un personnage, comme Stanley, profondément bon mais… peut-être un peu « morally grey ». Disons qu’on sortait de l’altruisme sacrificiel, né d’une certaine culpabilité, pour sa forme plus saine, avec une pointe d’égoïsme. Vous savez, le self-care dont on parle si souvent – bon, Archie s’est révélé très mauvais en la matière. Son égoïsme s’est mué en fierté mal placée et son altruisme en tendance à la surprotection !

Archie David est ingérable, maladroit et aussi fatigant pour son auteur que pour ses camarades de galère, ce qui en fait indubitablement moins un personnage « morally grey » qu’un gentil excessif sur tous les plans. S’il y a une trace de « mauvais » en lui, elle ressort surtout face à l’inéluctable chute des personnes qui ont fait du mal à celles qu’il aime. Il sort alors le pop-corn et se marre. Si fort. 🤭

Bref, là où Stanley serait d’alignement neutral good, Archie est le chaotic good dans toute sa splendeur. (Je l’aime.) Et donc, encore une fois, rien de « méchant » dans ce second membre de ma triade rapprochée. Oui, parce que les personnages dont je suis le plus proche dans l’univers de Stanley n’est pas mort sont trois, et le troisième…

Morally grey characters, level 5 : Lucien

Le personnage représenté en image à la une de cette article, c’est Lucien, sous les traits de l’acteur Adrien Brody – qui, pour le coup, a pu faire preuve d’un sens moral… franchement discutable… Un peu chiant que Lucien soit en partie né de lui, quand même. Et franchement ironique, étant donné la backstory horrible de Lucien. Mais encore une fois, on digresse.

morally grey characters

Lucien David, c’est le cousin d’Archie, et il taffe dans l’informatique. Ce sont les deux premières choses que j’ai sues à son sujet. Il est arrivé par hasard, surgissant de traumatismes enfouis dans l’inconscient du cliché d’auteur tourmenté que je suis. Et puis, au dernier moment, la vérité a éclaté : Lucien tue des gens. Tout simplement. 🔪 Plus précisément, il tue des pédocriminels pour protéger ses enfants, ainsi que pour d’autres raisons moins nobles, comme une colère étouffée depuis qu’il en a été lui-même victime. (Quand je parlais d’ironie…) Niveau « morally grey », je crois qu’on entre dans les clous, non ?

Lucien est le personnage le plus cathartique que j’aie écrit jusque-là. Dans ses actes, comme dans ses hantises et les émotions qui menacent de le briser à tout moment. Avec lui, on aborde des thèmes tellement durs que je ne sais même pas comment le roman qui lui sera consacré sera marketable. (Vraiment, j’ai du mal à imaginer, à l’heure actuelle, comment animer une campagne de financement avec une histoire pareille.) Est-ce qu’il s’en sortira, connaîtra-t-il une rédemption, lui en faut-il une ? Les réponses ne sont pas encore claires et je ne sais pas si c’est important pour le moment. (A l’heure actuelle, une grosse partie de premier jet est écrite, je me prépare à repartir sur un nouveau, et on en est toujours au stade de la descente aux enfers.)

Je ne sais même pas si je vous écrirai un article sur Lucien, en fait. Dès que j’écris avec lui, ça part en logorrhée traumatique, et nous sommes extrêmement proches tous les deux. C’est la première fois que j’ai une telle proximité avec un personnage sans lui trouver des excuses, sans le condamner non plus, juste… Ce qu’il fait est là. Et on plonge ensemble.

Il y a des limites qu’on ne dépasse pas, certes. Parce qu’on n’en a pas besoin. Parce que ce serait contre-productif, parce que mon écriture doit garder son côté thérapeutique. Je ne crois pas en une plongée gratuite dans ce qui choque, ce qui choque qui d’ailleurs ? Bref, si j’aime ce personnage, c’est qu’il y a une raison. Si nous sommes proches, c’est qu’il y a une raison. Peut-être sa logique et son sens moral personnel résonnent-iels un peu trop profondément en moi, aussi !

Les niveaux supérieurs : le « morally grey » sans attachement

Bon, il y a un stade où on peut cesser d’employer ce terme, non ? Est-ce qu’on peut parler de « morale grise » quand le personnage est juste un salaud ? J’ai sans doute un gros biais, mais quand on me présente des persos comme « morally grey », j’ai souvent peur que ce soient juste de bonnes raclures de bidet. A qui on finit par pardonner parce que… ?

Cela dit, écrire des connards, c’est cool aussi. J’ai bien sûr évoqué BEINHAUS plus haut, niveau lecture. Et question écriture… J’ai déjà parlé ici de projets auxquels je n’ai pas du tout le même rapport qu’à Stanley n’est pas mort. Soit, en réalité… à peu près tous mes projets en dehors de cet univers. J’ai le Stanleyverse, j’ai mon socle : je peux désormais pousser l’exploration plus loin. Fouiller ailleurs dans les tiroirs… sans plus avoir peur de ce que je pourrais y trouver ? Sans craindre d’y trouver des choses « à excuser » à mes personnages parce que je les aime ? Je dis pas, on peut aimer ses connards fictifs. A titre personnel, au-delà d’une certaine limite, c’est impossible.

Pour revenir une dernière fois à BEINHAUS, Saint Gris a prouvé qu’on pouvait aborder des thèmes difficiles et écrire des êtres répugnants, et en faire les protagonistes principaux, sans pour autant cautionner leurs actes (ni être moralisateurice non plus, au cas où ce genre de critique pointerait le bout de son nez. Un coup faut dénoncer, un coup on dénonce trop, faudrait savoir1). C’est un truc que j’ai envie de réussir à faire aussi. Juste surplomber mes personnages2, et regarder… Je me sentirai proche d’eux sur certains points, et c’est normal. Entre êtres humains, réels ou fictifs, on a trop en commun. Et c’est aussi comme ça qu’on peut trouver un exutoire3, guérir même à travers les personnages les plus horribles.

Et quand le « morally grey » bascule ?

Parce qu’on peut si facilement tomber dans son propre piège.

Ce que je vais dire là renvoie un peu à ce que je disais dans mon article sur Ghostland [EDIT : il n’existe plus, mais j’aime toujours bien ce passage] :

Pour moi, les films, c’est un peu comme mon entourage. Les films que j’aime sont un peu comme les personnes que j’aime. Beaucoup d’émotions, beaucoup d’imperfections, parfois il faut avoir de très sérieuses conversations et parfois… Eh bien, quand ça devient trop problématique d’une manière ou d’une autre, il faut juste lâcher.

Alors, si un personnage de ma triade sacrée basculait dans l’intolérable ? J’y crois absolument pas. Je ne veux pas y croire. Mais quand on nous rapporte des actes horribles de personnes qu’on aime et croyait connaître, on ne veut pas y croire non plus. Évidemment, c’est techniquement différent. On a bien davantage de pouvoir sur nos univers fictifs que sur la vraie vie de la réalité véritable. Ça vaut même pour les univers des autres, les univers que l’on reçoit. J’ai, comme tout le monde, des headcanons. J’ai assisté au revirement de personnages fictifs auxquels j’ai refusé de croire, et c’était facile. Si c’est faux, c’est facile. Quand on a un comfort character, on fait tout pour le garder.

Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça, pas vrai ? Il faut faire face. Faire face à l’horreur, faire face à nos sentiments, faire la part des choses. Et séparer une personne de l’idée qu’on s’en fait, cette idée qu’on a aimée.

Je suis persuadé que les morally grey characters peuvent nous faire grandir. Ils peuvent nous apprendre à gérer notre attachement, nos illusions, tout comme ils nous enseignent les limites de notre sens moral. On a tendance à idéaliser les personnes qu’on aime – Lucien et moi, on sait bien ce que c’est. L’amour qu’on a pour une personne finit par avoir plus d’importance que la personne elle-même. Et c’est important, l’amour, c’est un sacré carburant pour vivre, pour créer, pour tout. Reste encore à apprendre d’où il vient, quels en sont les ingrédients, comment l’utiliser, où se trouve la part d’illusion. Et à questionner, toujours, notre rapport aux histoires, aux autres et à nous-mêmes4.


  1. Je vais pas vous mentir, pour moi, s’il y a une accusation du genre ou de « manque de subtilité », il n’y a que deux possibilités : soit læ destinataire est de base réfractaire au message et l’aurait rejeté quelle qu’en soit la forme, soit l’auteurice s’est narrativement chiæ – ça arrive. Que ce soit parce qu’iel n’y croyait pas vraiment au fond, ou parce qu’iel n’a pas assez fait confiance au lectorat, ou par simple maladresse parce qu’écrire, c’est pas toujours simple, mine de rien. Dans tous les cas, ça veut pas (forcément) dire que le message pue ou ne mérite pas qu’on s’y attarde. Quoique… dans certains cas, on peut effectivement voir cette troisième possibilité. (Est-ce que cette note de bas de page sert à quelque chose ?) Ah, et aussi : quand même, on cherche parfois beaucoup moins à être dans la dénonciation que dans le fantasme et/ou la glorification de son propre ego. Oui, je pense aux scènes de viol ultra graphiques, et à une flopée d’écrits d’auteurices blanc·hes sur l’esclavage et le racisme aussi. ↩︎
  2. Mais en même temps, j’aime bien être à leur hauteur, pour en apprendre des trucs et… être avec eux, quoi. En tout cas, je n’aurais pas pu surplomber les personnages du Stanleyverse. ↩︎
  3. Et puis, on peut extérioriser par les situations dépeintes autant que par les personnages. Enfin, là ne va pas sans l’autre évidemment, mais j’ai l’impression que ça devient plus facile pour moi de ne plus utiliser les personnages comme béquille, comme filtre entre ces situations et moi. C’est sans doute aussi pour ça que j’avais besoin de ma Sainte Trinité, le temps de grandir et de faire face tout seul. Je sais pas, j’aime bien cette théorie. ↩︎
  4. Bravo Malone, tu pouvais pas faire plus générique encore ? ↩︎

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[Nouvelle] W. A. R. – apocalypse and revenge https://malonesilence.com/nouvelle-w-a-r-apocalypse-and-revenge https://malonesilence.com/nouvelle-w-a-r-apocalypse-and-revenge#respond Wed, 19 Jun 2024 20:45:29 +0000 https://malonesilence.com/?p=2893 Ceci est une nouvelle écrite pour Epistula Canis que j’ai décidé de publier ici. Un texte défouloir, plein d’une bonne grosse rage en lien avec les actualités du moment. Ça parle apocalypse, guerre, meurtre (notamment féminicide), suicide – un cocktail d’angoisses qui devait sortir pour que je me remette à […]

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Ceci est une nouvelle écrite pour Epistula Canis que j’ai décidé de publier ici. Un texte défouloir, plein d’une bonne grosse rage en lien avec les actualités du moment. Ça parle apocalypse, guerre, meurtre (notamment féminicide), suicide – un cocktail d’angoisses qui devait sortir pour que je me remette à écrire à l’époque. Du coup, disons que ce texte, c’est de l’apocalypse and revenge. Sa lecture peut être cathartique pour vous comme son écriture l’a été pour moi.

Vous pouvez lire cette histoire sur Wattpad si vous préférez, ou au format PDF en cliquant ici.


W. A. R.

Le dernier souvenir clair que j’ai, c’est ce grand NON qui s’est arraché à mes tripes. Ils étaient tous là, à hurler leur joie de la guerre à venir, et j’ai hurlé. Ce n’est que plus tard qu’ils m’ont tuée. Je ne me demande pas pourquoi ils ne m’ont pas laissée le faire moi-même – ça les a défoulés, ça leur a fait plaisir. Ils ont écartelé mon corps sur le bitume – mais ça, je ne m’en souviens pas aussi clairement que ce hurlement dont je sens encore la texture dans ma gorge. Ce fut ma dernière démonstration de puissance, je crois. J’ai craché toute ma force vitale dans ce NON qu’ils ont tous ignoré ou jugé d’un regard en lame de couteau. À ce moment-là, j’ai su que j’allais mourir, de ma main ou d’une autre. Il a signé notre arrêt de mort à travers nos écrans, le sourire et le regard dégoulinants d’une soif de sang qu’il exultait d’enfin afficher au grand jour. Mon NON ne lui était même pas adressé, pas à lui – il n’a jamais entendu personne d’autre que lui. Même les pseudo-guerriers avides d’en découdre, et qui m’ont tuée plus tard, étaient de la merde à ses yeux. Je n’étais pas là pour le voir, mais je pense qu’à la fin du monde, quand il n’a resté plus que lui, il a fièrement et victorieusement trôné sur nos cadavres à toustes, ce qui aurait dû être son peuple réduit à un monticule sanglant à son effigie. Il a dû exulter – les hommes diraient quelque chose comme « bander sur nos cadavres », vu que le sexe doit absolument entrer en ligne de compte si on veut faire dans le subversif. Mais j’aime pas ça. Même alors que je suis morte, et que nous n’avons plus qu’à marcher dans le grisâtre du purgatoire, ça me met mal à l’aise. Ça me fait penser qu’au fond, nous étions trop médiocres pour mériter autre chose que cette apocalypse. C’est des conneries fascistes, je le sais, mais parfois ça revient.

Le type qui marche à côté de moi faisait partie de la bande. J’ai pas l’impression qu’il m’ait reconnue. J’ai pas remis son visage immédiatement, mais son tatouage de néonazi, si. Il est encore plus outrageusement moche que dans mon souvenir, si la laideur signifie encore quelque chose. Le mec me pose des questions que j’entends à peine, et je ne lui réponds pas, moins par flemme que par volonté de lui apprendre la peur. J’ai rien à apprendre à toutes ces raclures, et encore moins celles qui m’ont tuée. L’avantage d’être morte, c’est que le revoir ne me fait rien. La peur n’a plus aucun sens quand on est mort·e, tant pis, tant mieux, inutile de perdre son temps. La colère et la haine, par contre, elles restent, ce que j’ai du mal à comprendre. Elles aussi, elles avaient un sens de notre vivant, mais plus maintenant, pas vrai ? C’est le genre de chose qui nous pousse à agir, à vivre, tout ce que vous voulez – si on ne vit plus, que voulez-vous qu’on fasse de ça ? Ce doit être pour ça que l’Enfer existe, j’en sais rien ; peu importe la raison de son existence si elle me procure cette sombre satisfaction qui fait désormais office de joie, là, à l’intérieur de moi, où mes organes pourrissent et se racornissent. En nous s’agglutine tout ce qui reste de notre monde mort. La poussière, les débris, les déchets, les écailles de sang. C’est la fin, et j’en suis soulagée. Le monde et la peur ont disparu, il ne peut plus rien arriver. L’Enfer, ce n’est rien, au fond – personne n’a plus rien à perdre, ce qui rend ma satisfaction aussi vaine que tout le reste. Mais je n’ai que ça. Ça, et peut-être Lou, mais si l’espoir est mort, l’amour doit l’être aussi. Elle est plus loin devant, Lou, elle sera arrivée aux portes avant moi. Peut-être qu’elle m’attendra, peut-être pas, si ça a encore de l’importance, pour elle, pour moi, et si ça a encore de l’importance tout court aux yeux de l’entité qui décide de ce qui est important. Je me demande si l’autre, là, sur son trône de sang coagulé, il a cru pouvoir prendre la place de Dieu. Peut-être pas, peut-être que j’exagère, que je veux voir en lui le Diable alors qu’il était juste un type riche et que les gens comme lui n’apprennent pas l’humanité dans le sens positif qu’on lui donne, jamais. Iels apprennent à asservir, posséder, détruire, à se nourrir de nous. Est-il encore là, vit-il encore, sans plus personne pour mourir sous ses talons ? J’aimerais qu’il regrette, au moins un peu, mais il a dû mourir dans l’extase, et quand Dieu l’a condamné à la solitude, il a juste fermé les yeux avec un sourire et le souvenir de son omnipotence, nourri pour des siècles – mais j’espère qu’il aura faim à nouveau. J’espère que la faim lui tordra les entrailles pour l’éternité. Enfin, je voudrais espérer – je ne crois plus en la justice, en toutes ces conneries comme quoi le bien ou le mal que vous faites vous revient. Tout n’est que hasard et Dieu nous a laissæs souffrir, mourir et, bientôt, brûler. J’ai jeté ma croix il y a des années de ça. Impossible de dire s’Iel nous a jamais aimæs, s’Iel est encore là, si l’Apocalypse l’a tuæ aussi ; je sais juste que s’Iel n’existe plus, alors l’amour ne doit plus exister non plus. Je le sais, mais j’aimerais qu’on s’aime, Lou et moi.

J’entends le nazi discuter avec son voisin. Ils se connaissent bien – la guerre les a tués ensemble. Je me fous de ce qu’ils se disent. Je sais qu’ils ne regrettent pas. Ils parlent du Valhalla et ça ne me fait même pas marrer. Je crois que le rire, ça n’existe plus non plus – à part les leurs. Ils pensent encore avoir gagné. De nouveau, j’éprouve de la satisfaction, celle d’être dévastée à l’intérieur, loin de la rage qui m’aurait habitée quand je vivais, loin de l’envie que j’aurais eue de détruire leurs rires de merde, de les noyer dans leur sang. La haine existe encore, je la vois dans leurs yeux, je l’entends dans leurs mots que je n’écoute pas. Comment peuvent-ils encore avoir quelque chose à haïr alors qu’ils sont morts ?

J’ai demandé à Lou, une fois, ce qu’elle trouvait le plus terrible, de la théorie stupide que les êtres humains sont mauvais par nature, ou qu’une idéologie mortifère puisse en faire des monstres. On est tombées d’accord : si c’était une histoire de nature humaine, on aurait pu s’y résigner, toustes. Et on aurait été heureuxes comme ça – si on l’était pas, c’est que tout pouvait être différent. Dans ce cas-là, l’espoir était permis. Dans ce cas-là, toute cette violence était aussi horrible qu’inacceptable. J’aurais trouvé ça horrible, oui, de mon vivant. Je crois que je trouvais ça horrible – c’est pour ça que j’ai crié NON, c’est pour ça que j’allais en manif avec les autres, c’est pour ça que j’ai supporté les heures de garde à vue, c’est pour ça que j’ai crié, pleuré, frappé parfois, en essayant de croire que c’était utile, que ça pouvait nous sauver toustes. Ce qui est merveilleusement terrible, c’est que ça aurait pu, ouais, ça aurait pu. Si on avait été plus nombreuxes, si on y avait cru plus fort, si le roi en sang et ses courtisan·es ne nous avaient pas répété, tous les jours, ce qu’iels comptaient faire, ce qui allait arriver parce qu’iels le voulaient, ce qui se passait ailleurs et auquel on ne pouvait rien parce qu’iels nous l’empêcheraient, s’iels ne nous avaient pas abandonnæs à leur soif de trônes plus hauts. Il nous restera, toujours, cette griffe qui nous racle les côtes à chaque respiration, malgré l’indifférence, malgré la fin de tout : on aurait pu y arriver. On aurait pu. Putain, on aurait pu. On aurait pu tout arrêter, tout retourner, je le sais, moi aussi j’ai lu du solarpunk, moi aussi j’ai parlé avec les autres, moi aussi j’ai participé aux soulèvements, moi aussi j’ai écouté, écouté encore, je suis même allæ voir des gens, j’ai vu des médecins, j’ai vu des psys, j’ai fait une thérapie et pris des médicaments pour continuer d’y croire, moi aussi je me suis retenu·e de mourir parce qu’au fond je voulais vivre, juste pas dans ce monde-là, je voulais vivre et le monde devait être à nous, il était à nous, on nous répétait depuis l’enfance que c’était la vie mais non, c’était elleux, là-haut, qui s’arrogeaient le droit de nous monter des vies préfabriquées et de nous faire oublier l’idée même de sortie, le monde était à nous, il était à nous toustes ET ON AURAIT PU Y ARRIVER, ON AURAIT PU SE SAUVER, ON AURAIT PU TOUT RETOURNER, ON AURAIT PU, PUTAIN, POURQUOI ON A ÉCHOUÉ ? Est-ce Dieu qui a voulu qu’on échoue ? Il faut qu’il y ait une raison à toute cette souffrance, à la mort, à tout le reste – on n’y a pas cru assez fort. J’ai jeté ma croix et je me suis parfois demandé si c’était en Dieu qu’on n’avait pas cru assez fort, mais on croyait plus en Ellui qu’en notre propre réussite (on y a peut-être mal cru, mais je ne pense pas, tout le monde n’a pas pu faire la même erreur que moi et j’ai pas pu faire pencher la balance à moi toute seule, ce serait absurde), alors j’ai cessé de penser à ça. Moi, aussi, j’ai cru en Dieu pour continuer de me battre. J’ai cru en Dieu pour ne pas mourir, pas maintenant, pas à – j’avais vingt-trois ans quand je suis morte. C’est tout. Vingt-trois ans. J’avais déjà envie de mourir à dix ans. Tous les cachets que j’ai pris trop jeune, réduits en poussière, tapissent l’intérieur de moi, entre mes membres disloqués. Ça me démange, mais je me retiens de gratter, j’ai pas envie de faire ça, il n’est plus temps de faire des expériences douteuses, de ressentir le plus possible, c’est trop tard. Si on s’aimait, avec Lou, je la laisserais peut-être me toucher à cet endroit-là, si j’étais sûre que ça ne nous rendrait pas dingues. Peut-on être à la fois dingue et mort·e ? C’est pas Stephen King qui disait que la folie est un suicide mental ?1 Je me demande parfois, encore, toujours aussi vainement, comment le roi en sang a pu trouver normal que toute notre génération, et les suivantes, soient complètement fêlées et pensent à quitter ce monde dès l’enfance. On sait, c’est pas important, pour lui c’était pas important non plus, on était de la merde – je sais, je sais, je suppose que je me répète tout ça pour examiner notre traumatisme commun sous toutes les coutures. Comme si on pouvait encore revenir en arrière. J’ai pas tellement à me poser la question de la haine chez mes compagnons de route, s’il y a toujours ce j’aurais pu, on aurait pu, ça aurait dû. Pourtant, c’est ce que je ressens, cette indifférence absolue. Je suis à distance de tout, à des kilomètres et des kilomètres de mon cadavre, de mes souvenirs, de mon âme. Mais je suis toujours près de Lou, je crois.

Devant moi, la longue file de marcheurs s’entasse peu à peu – on arrive. Juste le temps que les portes s’ouvrent, et tous glisseront tout droit dans la gueule du Diable. Il n’y a que des hommes, que des types de la trempe de mes assassins, ridiculement conquérants face à leur destin – que des hommes, à part Lou, moi, et les autres meufs dispersées dans le cortège, qu’ils croient dans la même situation qu’eux et, au début du voyage, regardaient de leurs yeux sales, avant qu’ils ne croisent les nôtres. Quand on est mort·e, des vérités nous sortent des yeux – c’est ce que Lou pense, en tout cas. Moi, je n’en sais rien. Je sais juste que, pour une fois, ils ont peur de nous. C’est quelque chose qu’on aurait dû connaître de notre vivant, quand nous avions encore toutes nos émotions, quand nous pouvions encore en être heureuses. On aurait pu. On aurait pu. On aurait pu. Nous sommes toustes condamnæs à une éternité de regrets. Peut-être qu’un jour, nos consciences se déliteront suffisamment pour qu’on s’en foute, de ça aussi. Pour que le nihilisme devienne notre unique réalité et qu’on oublie le temps où c’était un privilège de gens comme celleux qui n’ont pas empêché l’avènement du roi en sang. Iels doivent être heureuxes, elleux, ou qu’iels soient.

Les premiers hurlements (de stupeur ? D’horreur ? Je me demande toujours pourquoi ils crient. J’aimerais qu’ils aient peur, que Dieu les ait punis de peur éternelle, mais j’ai jeté ma croix) me parviennent de loin, très loin – ils sont nombreux, tous, ils viennent par milliers, par millions, on sait qu’un jour ils cesseront de venir mais c’est incroyable comme les êtres humains étaient nombreux sur cette foutue planète, et comme ils étaient nombreux à nous haïr, à haïr les femmes qui disaient NON ou qui s’embrassaient ou qui étaient des êtres humains aussi. Le nombre, ça a toujours été dur, je m’en souviens. Pourquoi tous ces guerriers de pacotille n’ont-ils jamais eu peur ? La peur, c’était pour nous. Peut-être que c’est pour ça qu’on nous en a libéræs. Ou qu’on s’en est libéræs seul·es, puisqu’on n’est mort·es et qu’on attendait presque ça, à la fin, parce qu’on n’en pouvait plus, de cette peur qui nous broyait les os jour après jour, qui nous faisait souffrir au point qu’on voulait mourir pour l’éviter elle aussi. Nous n’avons plus peur. Nous n’avons plus rien, mais nous n’avons plus peur.

Je ne sais pas pourquoi ils hurlent, mais ils hurlent. Ils tombent, ils hurlent, et on les regarde sans les écouter. Je ne sais pas ce qui leur fait aussi peur, dans nos yeux. Moi, je n’y vois que de l’indifférence.

1Brume, « La Ballade de la balle élastique », 1985.

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Je n’ai même pas pu vous en parler en Woof’letter, les ami·es ! Me voilà à vous l’annoncer à l’arrache, après une nuit de quatre heures, et alors que la campagne s’est lancée hier.^^ Comme ça, vous avez l’essentiel de l’essentiel ! Comment je me suis retrouvé embarqué ? J’ai participé à un appel à nouvelles (et été pris, du coup) ! Voici donc Les Archives de l’Inhumain, le dernier projet d’anthologie des éditions Octoquill. 🐙

« Nous agissons partout dans le monde. pour vous protéger. Mais pour notre sécurité à tous, vous n’en saurez jamais rien » – DGSE

Personne ne sait vraiment ce qu’il se passe dans les services secrets français. Si la plupart des gens connaissent au moins l’existence de leurs unités de lutte anti-terroriste, de géopolitique, d’espionnage et de cyberdéfense, rares sont ceux à connaître leurs “Archives de l’Inhumain”.

Dans cette pièce, sont réunis tous les dossiers étranges, toutes les rencontres entre le genre humain et l’horreur de l’inexplicable.

Ces histoires regroupent les évènements que la science ne peut expliquer et assez graves pour que l’on souhaite qu’ils ne soient connus de personne.

Présentation du projet par Octoquill

A la toute base, j’avais envoyé l’appel à textes à mon ami KeoT, parce que, ce genre de thème, c’est un peu sa came. 👀 Bon, il n’avait pas le temps – mais moi si, et j’ai toujours kiffé SCP ! (Vais-je poser ici la vidéo de ALT 236 à ce sujet ? Oui.) Bref, pour Les Archives de l’Inhumain, j’ai écrit une histoire qui parle de voyage dans le temps, et de musique aussi. Si un passage particulier de La Maison jaune de J. R. Kobencröft y est pour quelque chose ? C’est bien possible.

Côté publication, j’ai l’immense plaisir de partager l’affiche avec ma pote Alex Safar, ce qui est quand même bien classe. Neuf beaux noms sont à ajouter : Feydra Alessaunder, Barbara Cordier, Alice Galan, Cornelia Lioneli, Alexis Louli, Léa Lucily, Gabriel G. Meyer, Sara Tyrell et Elina Vath. Elina Vath qui, d’ailleurs, s’est occupée de la couverture du broché et du jaspage du relié !

Me voilà donc auteur hybride. L’aventure s’annonce plutôt cool, et j’espère vous donner envie de la poursuivre à mes côtés, à nos côtés à toustes finalement !

Oh, au fait, ma nouvelle s’appelle 27. Et comme il se doit, il y a un chien dedans. 🐶

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