Malone Silence https://malonesilence.com/ Histoires hantées Wed, 10 Apr 2024 15:10:31 +0000 fr-FR hourly 1 https://i0.wp.com/malonesilence.com/wp-content/uploads/2021/02/logo-site.jpg?fit=32%2C32&ssl=1 Malone Silence https://malonesilence.com/ 32 32 188410031 Ghostland, de Pascal Laugier https://malonesilence.com/ghostland-de-pascal-laugier https://malonesilence.com/ghostland-de-pascal-laugier#respond Fri, 05 Apr 2024 17:17:59 +0000 https://malonesilence.com/?p=2684 C’est avec Ghostland que j’inaugure la rubrique cinéma de ce blog. J’avais commencé à écrire de petites chroniques sur Instagram, et c’est le post que j’ai publié sur ce film qui m’a décidé à passer au format article. Moi qui venais juste donner mon humble avis, je me retrouvais avec […]

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C’est avec Ghostland que j’inaugure la rubrique cinéma de ce blog. J’avais commencé à écrire de petites chroniques sur Instagram, et c’est le post que j’ai publié sur ce film qui m’a décidé à passer au format article. Moi qui venais juste donner mon humble avis, je me retrouvais avec plein de choses à dire. J’ai hésité à le faire, n’ayant pas la prétention de fournir des analyses ultra poussées, et puis… Et puis parfois, une œuvre vous pousse à vous exprimer davantage. Sur sa réception dans un contexte particulier, en ce qui me concerne. En espérant que cela vous intéresse – mais attention aux spoils !

Comment Ghostland m’a émotionnellement purgé

Vous avez vu Martyrs ? Moi oui, et ce fut assez éprouvant physiquement. Il fait partie des films dont j’ignore si je les ai aimés ou non. J’en ai retenu une brutalité extrême, notamment envers les corps féminins, et un nihilisme que j’ai trouvé assez vain (mais l’article de Bon Chic Bon Genre me fait reconsidérer un peu la chose, on y reviendra). Et dans le même temps, je découvrais peu à peu ma proximité avec le body horror. Aujourd’hui encore, je continue de chercher un écho à mes angoisses corporelles. Dysmorphophobie, angoisse obsédante de la douleur et autres terreurs existentielles. (Bon, pour les deux premiers, j’ai aussi commencé à me faire tatouer, ça aide !)

C’est donc en sachant à peu près où je mettais les pieds que j’ai vu Ghostland. J’avais vu The Secret, aussi, il y a des années – parce que Jodelle Ferland joue dedans ! – mais j’avais complètement oublié que Pascal Laugier l’avait aussi réalisé. Pourtant, on y retrouve une patte, et notamment cette façon de couper ses films en deux parties, après une révélation qui rabat les cartes. Dans Ghostland, elle aurait des allures de facilité si elle n’était pas exploitée par la suite.

Ghostland, c’est l’histoire d’une mère de famille, incarnée par une Mylène Farmer incroyable, qui part habiter dans une vieille maison avec ses deux filles, où toutes trois vont subir une agression particulièrement violente. Elles en ressortiront traumatisées. L’aînée, Beth, conjurera ses démons dans des romans d’horreur (👀). Vera, sa sœur, ne s’en libérera jamais.

SAUF QUE, attention plot twist : les deux adolescentes n’ont jamais quitté la cave où leur mère est morte cette nuit-là. Se lance alors une mécanique impitoyable qui nous entraîne dans le cauchemar des héroïnes. Dans un monde qui nous broie. Une seule échappatoire : l’imagination, notre monde intérieur. Parce que comme le dit Pauline (Mylène Farmer) à sa fille : il n’y a rien pour elle au-dehors.

Le rapport de Ghostland à l’imaginaire… et à la réalité

C’est assez simple et visible un peu partout en fiction, cette notion d’imaginaire “escapiste”. D’ailleurs, on en parle encore un peu, notamment dans mon milieu professionnel, où on reproche parfois aux auteurices d’imaginaire de fuir la réalité du monde. (D’ailleurs, dans sa réalité alternative, le meilleur roman de Beth raconte l’enfer qu’elle a vécu…) Évidemment, c’est à côté de la plaque, ne serait-ce que parce que toute fiction nous parle aussi du monde réel. Mais aussi parce que se retirer dans ses mondes intérieurs est parfois une véritable question de survie.

L’esprit de Beth dans Ghostland s’est ainsi quasiment divisé en deux. Deux perceptions, deux réalités, deux univers dont l’un n’a pas forcément plus d’importance que l’autre. Beth peut complètement abandonner sa réalité physique pour son rêve intérieur. Si ça peut correspondre à une condition mentale éprouvée scientifiquement ? Étant donné la représentation des troubles mentaux par Laugier, que ce soit dans Ghostland (on va y revenir) ou dans Martyrs, je ne pense pas que le réalisme soit son souci. Cela dit, ça résonne avec ce qui est à la fois un fantasme et une angoisse. Perdre tout contact avec un monde trop violent, se retrancher en soi-même, là où on garde un contrôle et une agentivité… ou l’avoir déjà perdu. Se réveiller un jour des années en arrière, et prendre conscience que rien de ce qu’on a accompli jusque-là n’était réel. Que rien n’avait la moindre importance.

Comment revenir en arrière ? Comment retourner dans son monde en sachant qu’il n’est qu’une chimère ? Beth se voit obligée de revenir, encore et toujours, à l’horreur, pour au moins être là pour sa sœur, coincée physiquement et mentalement avec leurs bourreaux. Son imaginaire ne semble alors qu’un rêve égoïste, une échappatoire sans finalité. Elle s’y abrite sans pour autant y trouver de ressources1. Et finalement, elle doit faire un choix entre la réalité et sa fiction. L’intérêt de sortir de soi pour se relier au collectif, et faire face…

Sauf que 1) en tant qu’auteur, je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette vision de l’imaginaire comme repliement sur soi sans finalité, et 2) Beth ne rejoint sa sœur Vera dans la réalité… que pour souffrir avec elle2. Une traduction claire du sentiment d’impuissance, bien sûr, qui fait catharsis. Et en même temps…

Mon problème avec Ghostland

Avec Ghostland et les commentaires très intéressants que j’ai reçus sous mon post, j’ai eu la confirmation que Pascal Laugier avait, disons, un truc avec la torture des corps féminins. (Et l’accident qui s’est produit sur le tournage de Ghostland soulève quelques questions à ce sujet, bien que le réalisateur ne soit pas visé par la plainte de Taylor Hickson.) Ajoutons à cela la caractérisation transmisogyne de l’un des personnages et celle, validiste, de son protégé, représenté comme violent à cause de son handicap mental, et… ouais. On a un souci.

Et scénaristiquement, c’est facile. OK, je suis adepte des récits très character driven, comme Stanley n’est pas mort en est la preuve ! Mais là, très clairement, on est sur des antagonistes faciles à utiliser pour créer une tension, et ce depuis longtemps dans l’histoire du cinéma. L’horreur de l’incompréhensible, dans ce qui est alors dépeint comme trop éloigné de l’humanité telle qu’on la conçoit. (Oui, les représentations de ce type au cinéma, c’est dangereux, et montrer ce qui est différent comme menaçant, ça peut aller jusqu’au fascisme.)

Alors que. Si Ghostland avait voulu faire dans la dénonciation – comme c’est le cas de Martyrs d’après l’article de Bon Chic Bon Genre cité plus haut – ce sont des hommes tout à fait conscients de leurs actes qu’il aurait fallu dépeindre, d’autant que le film représente aussi des violences sexuelles (qui, pour le coup, ne me font aucun bien : si les scènes de torture sont assez excessives pour être éloignées de la réalité d’une grande partie du public cible3, ce n’est pas le cas du viol). Est-ce que ça aurait dilué le sentiment d’implacabilité ?

Je ne pense pas. D’ailleurs, ça aurait pu affirmer une reprise de pouvoir lors du dénouement qui, en tant que tel, achève de priver les héroïnes d’agentivité. Leurs tentatives d’évasion ont échoué, mais on vient les sauver. Ce qui peut bien sûr être nuancé, dans la mesure où si elles n’avaient rien tenté, la police ne les aurait pas retrouvées. Police qui abat les antagonistes, dont on a parlé plus tôt. L’autorité établie contre les déviances… Mouais.

Ghostland, la réception de l’art, et les personnes qu’on aime

“Mais tu as aimé ton visionnage, non ?” Oui, oui. Ça m’a émotionnellement purgé. Ça m’a aussi dérangé. Les deux ne sont pas incompatibles, plein·es de contradictions que nous sommes. Et pour Martyrs, pareil. Lui, comme écrit plus haut, je ne peux même pas dire si j’ai aimé ou non. Mais des visions m’ont marqué, inspiré, permis d’extérioriser.

Avec le temps, je me rends compte que je suis meilleur public pour les films que pour les livres. La déformation professionnelle, peut-être. Je saisis de mieux en mieux comment un roman fonctionne. Je vois les rouages derrière l’histoire. Les émotions m’atteignent de moins en moins à la lecture. C’est aussi pour ça que je suis aussi enthousiaste, quand je trouve enfin un bouquin qui me fait vibrer, qui me fait ressentir des trucs, sans pour autant servir de Cheval de Troie pour des idées nauséabondes. Peut-être qu’avec un film, toutes les émotions sont plus concrètes ? J’entends plus de gens dire qu’un film les a fait pleurer, plutôt qu’un livre.

Bref, sur moi, le cinéma, ça marche. Et c’est pour cette raison que j’ai mis autant de temps à lancer cette rubrique sur mon blog. J’avais peur que mes émotions m’empêchent d’analyser les choses. Sauf qu’avec le temps (et la thérapie), ma gestion de celles-ci s’améliore. Donc je peux prendre du recul sur elles et en tirer quelque chose de réfléchi !

Il y a des œuvres comme Ghostland pour lesquelles j’aurai un attachement, tout en ayant conscience de leurs problèmes – qu’ils soient scénaristiques, politiques, esthétiques… Je suis très sensible à l’esthétique, d’ailleurs. Et aux émotions que les personnages, les acteurices, transmettent. En tant que personne très, très empathique, c’est un peu ma kryptonite. J’ai tendance à beaucoup aimer les gens !

Du coup, comme indiqué dans le titre de cette conclusion, j’ai envie de faire un parallèle avec les relations humaines. Il est peut-être un peu éclaté, ou juste évident – je ne sais jamais, quand je tente de genre de lien ! Bref, pour moi, les films, c’est un peu comme mon entourage. Les films que j’aime sont un peu comme les personnes que j’aime. Beaucoup d’émotions, beaucoup d’imperfections, parfois il faut avoir de très sérieuses conversations et parfois… Eh bien, quand ça devient trop problématique d’une manière ou d’une autre, il faut juste lâcher. Ce qui ne vous empêche pas de ressentir quelque chose, encore des années après. Ghostland m’a fait ressentir des choses très fortes. Le personnage de Pauline est incroyable. Mais est-ce que, consciemment, je recommanderais ce film, au-delà de la simple question de sensibilité à l’horreur ?

On a sans doute besoin d’œuvres qui nous “purgent” comme ça. Et en même temps, si une autre personne avait réalisé Ghostland, je me serai probablement senti mieux. Le regard de Laugier n’est pas toujours dérangeant dans le bon sens du terme. De plus, on ne peut pas ignorer ce qui est arrivé à Taylor Hickson, et visiblement peu l’ignorent, puisque beaucoup de spectateurices de Ghostland en parlent encore. Pour toutes ces raisons, malgré ce qu’il m’a aidé à extérioriser, je considère ce film avec beaucoup de méfiance. Quand je le reverrai, ce sera probablement de manière très clinique.


  1. Sauf après coup, puisqu’il semble que Beth continuera à écrire après son sauvetage pour guérir. Son meilleur roman selon le film sera autobiographique, mais apparemment, écrire de l’horreur l’aide pour de vrai ! La fonction thérapeutique de l’imaginaire pour soi-même est assumée, dans tous les cas. ↩︎
  2. Après son premier retour à la réalité, Beth élabore un plan d’évasion qui réussit presque, comme dit plus loin dans l’article. Puis suite à cet échec, elle revient à son monde intérieur, où sa mère, lui dit qu’il n’y a “rien pour [elle] là-bas. L’imaginaire n’apparaît, une fois encore, pas comme une ressource, mais un refuge face à un monde qui ne laissera aucune chance aux deux sœurs de s’en sortir. Oublier ou souffrir, seules existent ces possibilités. ↩︎
  3. Parce que ce public cible n’a, en grande majorité pas vécu ce genre d’actes, alors qu’ils existent indubitablement ailleurs et que leur représentation au cinéma (hors ownvoice) est sans aucun doute bien loin des réalités. La question a dû être étudiée, notamment par les victimes – faut que je creuse. ↩︎

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Festival Écrire! : un étonnant salon de la microédition à Rennes 👀 https://malonesilence.com/festival-ecrire-un-etonnant-salon-de-la-microedition-a-rennes Mon, 29 Jan 2024 20:33:41 +0000 https://malonesilence.com/?p=2457 J’y étais ! La première édition du festival Écrire!, c’était le dernier week-end de janvier 2024 à Rennes. C’est ma camarade Alex Safar qui me l’a fait découvrir sur Discord, mais c’est avec la Librairie Jeunes Pousses que j’ai participé à l’événement 🌱 Le nom du festival Écrire! m’a d’abord […]

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J’y étais ! La première édition du festival Écrire!, c’était le dernier week-end de janvier 2024 à Rennes. C’est ma camarade Alex Safar qui me l’a fait découvrir sur Discord, mais c’est avec la Librairie Jeunes Pousses que j’ai participé à l’événement 🌱

Photo de moi sur le stand, toujours à l’aise en photo, les rumeurs sont vraies !

Le nom du festival Écrire! m’a d’abord donné à penser qu’il s’adressait davantage aux écrivain·es qu’aux lecteurices, en termes de public. Et c’est un peu vrai ! Des tables rondes aux ateliers, tout était réuni pour que les auteurices y trouvent leur compte. En fait, le but était aussi de s’inscrire dans une démarche d’écriture accessible à toustes 👍 (D’ailleurs, j’aurais aimé assister à certaines animations, mais en tant qu’exposant·e, on ne peut pas être partout !)

Ayant ceci en tête, et sachant qu’il s’agissait d’une toute première édition, je ne m’attendais pas à vendre beaucoup, mais j’avais en tête de passer un moment agréable. Les salons, ils me sont de plus en plus agréables ! J’y ai vu et revu de chouettes personnes et je continue d’apprendre. Alors quand, à la fin du premier jour, j’ai dû me résoudre au résultat d’une (1) vente dans la journée, disons que je ne m’en suis pas formalisé.^^

Mais le festival Écrire! me réservait des surprises pour dimanche. Par certaines rencontres, d’abord, mais aussi question chiffres ! 9 ventes cet après-midi-là Les Hurlements noyés et Les Pleurs du Vide confondus !

Meme "confused stonks"
POV : 1 vente le samedi, 9 le lendemain

Alors oui, 10 ventes, ça peut paraître peu. Je parle rarement chiffres : j’ignore si ça peut intéresser du monde, parfois je complexe (oui)… Je suis arrivé dans le game juste après le Covid, qui a marqué le début d’une période assez compliquée pour mes camarades auteurices. Alors mes débuts en salon n’ont pas été à la hauteur de mes attentes. Bon, j’étais franchement nul, aussi. J’en ai déjà parlé.^^ Ce qui m’a sorti de cette spirale un peu humiliante, c’est la deuxième édition de l’Ouest Hurlant ! Et depuis… eh bien, ça monte.

Après ce premier jour au festival Écrire!, je m’attendais donc à un “retour aux sources”, si je puis dire ! Résultat des courses : j’y ai fait mon deuxième meilleur chiffre après le Frissons Festival. Alors je suis content et fier de moi. Lentement mais sûrement, on y va ! 💪

(C’est un peu con à dire, mais je craignais, quelque part, de devoir assumer, en parlant chiffres, que je m’enthousiasmais pour rien. Que j’étais content pour des résultats minuscules en salon, à côté de ceux de certain·es collègues. Vous savez ce qui m’a décidé à en parler sans honte ? Le fait d’apprendre que quelques petits sacripants mentaient sur leurs chiffres ! Alors voilà, si vous êtes auteurice et que vous galérez lors de ces événements, on est ensemble. C’est un sacré exercice, les festivals, surtout quand on apprend la vente sur le tas !) (Et peu importe la vitesse de progression. Lentement mais sûrement, disais-je !)

Malheureusement, comme je le disais, je n’ai pas pu profiter du festival Écrire! dans son entier, étant exposant. C’est un problème qui commence à m’être familier ! Mais si vous voulez en savoir plus, la programmation annoncée vous donnera une petite idée de l’ambiance 👀

Dans tous les cas : merci à Alex, merci à l’orga, merci à la Librairie Jeunes Pousses et à mes collègues, j’ai hâte de vous revoir ❣️ (Après un peu de repos, tout de même !)

Oh, j’en profite pour vous dire que, si je suis plutôt actif sur Instagram, vous êtes assuræ de ne rien louper niveau événements en suivant les mises à jour ici. Et ma newsletter, aussi ! (Woof.)

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2023 : notes de l’autre côté https://malonesilence.com/2023-notes-de-lautre-cote https://malonesilence.com/2023-notes-de-lautre-cote#comments Thu, 28 Dec 2023 17:44:30 +0000 https://malonesilence.com/?p=2287 Début d’année 2023. Pertes et fracas. Au-dehors, c’est toujours la merde. Dans ma vie personnelle, j’ai merdé dans les grandes largeurs. Ça arrive souvent. Ça arrive trop souvent. Mais je sors de la rechute hivernale. Les Pleurs du Vide sort cette année, c’est pas le moment de dégringoler. J’aime pas […]

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Début d’année 2023. Pertes et fracas. Au-dehors, c’est toujours la merde. Dans ma vie personnelle, j’ai merdé dans les grandes largeurs. Ça arrive souvent. Ça arrive trop souvent. Mais je sors de la rechute hivernale. Les Pleurs du Vide sort cette année, c’est pas le moment de dégringoler. J’aime pas cette période de ma vie, j’aime pas cette période de l’année. Ça doit être pour ça que je fais des phrases aussi courtes. Pas dans mes habitudes.

Et puis soudain, je trouve un logement. Je m’en vais. Je fête ça avec mes premiers gros tatouages. Et j’achète un premier binder. Je me sens mieux. Finir et publier LPdV me fiche la trouille. Je retourne en salons et ça marche, ma librairie est avec moi. Je rencontre des gens. Les crises d’angoisse s’atténuent. Je me sens moins seul. Je rentre chez moi, je suis bien comme ça. Il manque juste un chien. Le jour où je me verserai mon premier salaire, je changerai d’appart’ et j’en adopterai un, promis. J’entame une thérapie. La psy est cool. Je dis à mes ami·es que je les aime. C’est comme ça que je veux aimer les gens, en fait.

Je me sens bizarre. On est en 2023. J’ai la vie que je voulais. Dehors, c’est toujours la merde. C’est de plus en plus la merde. Je commence à m’impliquer un peu plus, pour que ce soit moins la merde. L’Apocalypse a déjà eu lieu. J’ai vu la fin du monde dans mon cerveau. Je l’ai écrite et il y aura une suite, ce petit sacripant de tome 3. Je suis toujours là. Dehors, des gens ne sont plus là. Si elleux ne verront pas le futur meilleur pour lequel on lutte, on peut éviter que ce présent interminable se prolonge.

L’Apocalypse a déjà eu lieu. La mienne s’est déroulée dans ma tête. Parfois, je me demande si j’ai vraiment survécu pour qu’au-dehors m’attende la merde. Les autres fois, je brûle de rage. Non, j’ai pas survécu pour ça. Après m’être battu contre mon propre cerveau, jusqu’à commencer à apprendre à vivre avec lui, je me battrai contre le dehors. Et tant qu’il sera violent, je refuserai de vivre avec. On refusera de vivre avec.

Je répète ce que plein d’autres ont déjà dit. Tant mieux, ça veut dire qu’on est ensemble. Je suis seul mais je ne suis plus seul. Je n’ai jamais été aussi peu seul. Dehors, des gens ont les mêmes rêves que moi. Mes ami·es me disent qu’iels m’aiment. J’apprends à être une meilleure personne. J’apprends à protéger ce qui doit l’être. Je ne laisserai plus ma propre colère me dévorer de l’intérieur.

Fin 2023. C’est la rechute d’hiver. Le vide devant moi. L’envie de crever pendant deux mois. Et tout ce que je veux, c’est rester. Tout ce que je veux, c’est vivre, maintenant que je sais ce que ça fait. Maintenant que le bonheur grandit d’année en année depuis trois ans. Je suis malade, je suis cinglé, je suis vivant. Et tout le monde devrait avoir envie de vivre. Tout le monde devrait avoir le putain de droit de vivre. Le monde est à nous.

2023 s’achève. Je sors de chez moi pour participer à des ateliers de médiation animale. A mon retour, je confronte des gens que j’ai trop longtemps laissæs se foutre de ma gueule. Je m’excuse auprès d’autres. Je prends position pour la libération de la Palestine. Autour de moi, je vois des collègues créateurices le faire aussi. Je parviens à étirer le cou au-dessus du brouillard cérébral de la dépression et du stress post-traumatique. C’est comme de voir un autre monde. Il est dégueulasse mais plus grand. Les gens luttent, les gens s’aiment, les gens sont souvent fatiguæs aussi, mais on est nombreuxes.

A mon tour, je me retrouve à écrire ces mots, les mêmes que plein d’autres. Ça veut dire qu’on n’est pas seul·es. En bas à gauche de mon écran, l’onglet “lisibilité” me dit que je n’utilise pas assez de mots de liaison. Je lui tire la langue. Eh, j’en utilise plein dans les autres articles !

Dans un contexte comme celui-là, je sais que l’art est futile. Je sais que créer, ce n’est jamais qu’une goutte d’eau dans l’océan. Certain·es prétendent “dénoncer” quand il ne s’agit que de se mettre en valeur soi-même. D’autres volent des voix et/ou en offrent un meting-pot à une IA1.

Pourtant, c’est aussi la création la plus sincère et honnête qui nous fait tenir. L’art est le sens de la vie. (De la mienne en tout cas.^^) Alors j’écris, j’écris pour voir des gens, même fictifves, se sortir de la merde, et pour me sortir la merde du crâne. Puis je vais faire un tour ou deux sur Internet pour voir comment aider à mon échelle. J’actionne les leviers que j’arrive à atteindre. C’est pas grand-chose. Ça soulage.

Je retourne écrire. Puis je repars en salon. Stanley n’est pas mort fait son chemin. Des gens me reconnaissent. J’ai, chaque heure qui passe, un peu moins la trouille. Je rentre chez moi, mes jambes tremblent de fatigue, je dissocie, je passe une semaine au lit. Je me relève. De nouvelleaux lecteurices ont commandé un roman sur ma boutique, ou les deux. Parfait. Je peux retourner aider à la préparation de l’avenir collectif. J’actionne un mini-levier, puis un autre. Si on s’en sort, on pourra continuer à écrire. On pourra être heureux.

Sous mes yeux, Stanley est sorti de son immobilisme. Il s’est habillé d’une veste improbable et de Docs fuchsia. Vicky l’entraîne dans une manif, irradiant de joie.


  1. Je ne suis pas fondamentalement anti-IA et la question me semble vraiment très complexe. Mais dans la situation actuelle (société capitaliste où notre survie dépend du travail, mépris et précarité des artistes, outils aux mains des riches, accès inégalitaire des artistes à l’emploi etc)… Enfin, ai-je vraiment besoin de dire quelque chose ? (Allez si : fin de la logique capitaliste, revenu (vraiment) universel, tout ça.) ↩︎

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La communauté de l’horreur https://malonesilence.com/la-communaute-de-lhorreur Sun, 24 Dec 2023 20:52:08 +0000 https://malonesilence.com/?p=2259 Grâce à quelques collègues, la vérité éclate au grand jour : l’activité d’écrivain·e n’est pas si solitaire que ça ! Et puis, mince, j’en connais, des créateurices inspirant·es dans le genre de l’horreur ! Je vous ai déjà parlé d’un certain nombre d’entre elleux, dans la newsletter ou ailleurs ; […]

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Grâce à quelques collègues, la vérité éclate au grand jour : l’activité d’écrivain·e n’est pas si solitaire que ça ! Et puis, mince, j’en connais, des créateurices inspirant·es dans le genre de l’horreur ! Je vous ai déjà parlé d’un certain nombre d’entre elleux, dans la newsletter ou ailleurs ; tout ça étant un peu éparpillé, je me suis dit que je pouvais vous concocter un article évolutif de recommandations ! En essayant d’être exhaustif 👀

[Dernière mise à jour le 10/04/2024]

ALT 236

Une voix iconique du YouTube horrifique ! J’ai découvert ALT 236 avec sa vidéo sur le body horror et cette dernière m’a fait beaucoup de bien. Depuis, je ne rate pas une seule de ses vidéos ! ALT 236 est également un musicien à la patte unique et ultra réconfortante, et un auteur dont chaque livre vous donne l’impression de rentrer à la maison. (J’ai lu Liminal, ce livre est désormais dans mon cœur.) Bref, un passionné d’art qui fait de sa passion pour l’art des œuvres d’art.

Bloody Effy

Sophie Jung est créatrice de contenu et chroniqueuse cinéma, notamment pour la plateforme de “screaming” Shadowz. Elle revêt également plusieurs casquettes dans le monde de la création cinématographique. Passionnée, passionnante et badass ! Oh, et elle aime la littérature horrifique aussi, ce qui en fait indubitablement une personne de qualité.

Gildas Mergny

Comme pas mal d’entre nous, Gildas Mergny n’écrit pas uniquement de l’horreur. Il se définit d’ailleurs plutôt comme auteur de SFFF ! Ses histoires se concentrent souvent sur la famille, avec une bonne dose de faux-semblants et de retournements de situation. La non-linéarité de ses récits lui permet de jouer à loisir avec son lectorat 👀 Certain·es de ses miniséries, nouvelles et romans sont disponibles en accès libre, vous pouvez les découvrir juste ici !

KeoT

J’ai déjà parlé de KeoT sur ce blog, mais pas beaucoup de ses histoires horrifiques… (A part en newsletter, c’est vrai !) Et pourtant, il est bon là-dedans, la preuve avec Alma Mortuis ! Et avec Urbex, aussi, une de ses nouvelles gratuites 👀 Sinon, il est à fond dans le technothriller et trouve toujours le moyen d’enrichir notre culture numérique. Son style est hyper vivant, ses personnages très bien écrits, et ses récits le plus souvent pleins d’espoir et d’une foi en l’humanité franchement rafraîchissante ! (Enfin, il sait taper où ça fait mal, aussi, n’en doutez pas !)

Lucien Hell

Attention, chefs-d’œuvre en approche ! Lucien Hell est l’auteur de Moloch, un de mes romans d’horreur préférés, ainsi que de pièces de théâtre qui m’ont redonné envie d’en faire. Du théâtre, pas des pièces (quoique…). Pour le coup, toutes ses œuvres sont disponibles sur Wattpad. On y parle relations humaines, questionnements métaphysiques ou santé mentale, le tout dans un style beau à pleurer.

Mary Fleureau

Autrice de bangers dont j’attends avec impatience le second roman ! Elle écrit de l’horreur pleine d’émotions, aussi profonde que déroutante, et en plus il y a des chiens ! Vous pourrez trouver des nouvelles gratuites sur son site, notamment Beau, dont je ne me suis jamais tout à fait remis et qui m’a beaucoup parlé. Tout comme je ne me suis pas remis de Will, l’inoubliable personnage de L’Autre Côté.

Saren/SaintGris

L’autrice de BEINHAUS m’a beaucoup appris en termes d’écriture. SaintGris et sa plume sans concession accomplissent des exploits. Elle injecte de l’horreur dans la science-fiction, nous parle de celle de l’Histoire, sans rien nous épargner. Le tout en traitant des thèmes sensibles avec une justesse remarquable. Sinon, parfois, elle écrit des nouvelles ancrées dans le quotidien et flippantes à souhait !

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“L’Étreinte du roncier”, par Manon Segur https://malonesilence.com/letreinte-du-roncier-par-manon-segur Sun, 17 Dec 2023 17:49:58 +0000 https://malonesilence.com/?p=1238 L’Étreinte du roncier est le deuxième roman de l’autrice Manon Segur, autrice dont j’ai déjà parlé ici. (Bon, c’est encore un de ces articles qui, selon moi, ont vieilli, mais soit !) Comme pour Le Cloître des Vanités, on évolue dans une ambiance gothique à souhait. On suit le personnage […]

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Couverture du roman "L’Étreinte du roncier"
Couverture de L’Étreinte du roncier.

L’Étreinte du roncier est le deuxième roman de l’autrice Manon Segur, autrice dont j’ai déjà parlé ici. (Bon, c’est encore un de ces articles qui, selon moi, ont vieilli, mais soit !) Comme pour Le Cloître des Vanités, on évolue dans une ambiance gothique à souhait. On suit le personnage de Célia, femme solitaire, alcoolique et lourdement traumatisée par les horreurs de la guerre, ainsi que ses voisin-es haut-es en couleurs dans le petit village de Rocagne. (En passant, j’aime beaucoup les noms que Manon Segur donne à ses lieux fictifs !) Un coin plutôt tranquille jusqu’au jour où réapparaît un tortionnaire de Célia, pourtant censé être mort.

Au programme : un vieux manoir, des meurtres, des personnes d’autant plus pourries qu’elles ont du pouvoir… et des pierres. Et la pierre, à tout jamais.

Si vous connaissez un peu mon processus créatif, vous savez que j’ai tendance à m’attacher très fort à des personnages de fiction. Manon Segur s’est, comme Loki pour L’Envol du Corbeau, inspirée de créations qu’elle aimait. Par le plus grand des hasards, je les aimais aussi. Des attachements communs que je ne vous dévoilerai pas ici (je ne suis pas certain que tout le monde fonctionne comme moi !) mais qui ont alimenté mon intérêt pour L’Étreinte du roncier. On ne se refait pas !

La première chose que j’ai notée, c’est la texture de la plume. Bon, je fais un peu de synesthésie, à ce qu’il paraît. Mais oui, j’ai senti l’atmosphère du récit et des lieux à travers les mots. A mois que les images évoquées ne soient juste très fortes ! En tout cas, j’ai beaucoup aimé. Le style de Manon Segur colle au côté gothique des histoires qu’elle raconte – ce qui veut dire qu’il est assez lyrique et fourni ! Il demandera peut-être un peu de concentration à la lecture pour ces raisons. Manon Segur est fan d’auteurices comme Daphne du Maurier ou Victor Hugo, et ça se sent !

Si L’Étreinte du roncier se résumait à sa belle plume, je n’aurais probablement pas pleuré trois fois à la lecture. Je peux bien évidemment vous parler des personnages imparfaits, touchants et tourmentés, qui donnent vie au récit. Mais aussi et surtout, du traitement de l’amour dans ce roman. J’ai un rapport particulier à ce sentiment. Je n’aime la romance que quand elle n’est pas hétéro, je trouve les représentations habituelles de l’amour romantique très toxiques voire dangereuses, et je suis sur le spectre aromantique, en plus.

Le thème de l’amour était déjà présent dans Le Cloître des Vanités. Le traitement qu’en faisait alors Manon Segur m’avait fait plaisir : renoncement à l’envie de posséder l’autre, bienveillance, altruisme… Les personnages apprenaient beaucoup de ce sentiment. Ils en tiraient des enseignements qui les faisaient grandir. Dans L’Étreinte du roncier, c’est aussi le cas. L’amour, romantique ou non, y est pluriel, complexe et, il faut le dire, sacrément beau. Passée une ligne du chapitre 1 qui m’a un peu effrayé, où on se retrouvait sur le versant possessif du sentiment, j’ai pu en lire des choses qui m’ont bien davantage parlé. Le fait qu’aimer une personne n’efface rien des anciennes relations. Le fait qu’on puisse aimer quelqu’un-e d’autre qu’un être qui nous serait destiné, une “âme-sœur”. Tout ce que ces “révélations” (et d’autres), si je puis dire, peuvent nous apprendre.

Ça, c’est pour ce qui m’a ému. Mais on peut aussi parler de la façon dont l’autrice parvient à nous perdre dans les méandres de l’esprit de son héroïne. La deuxième partie de L’Étreinte du roncier est, en ce sens, très perturbante. Célia nous décrit son rêve, ou sa réalité, sensation par sensation, impression par impression. On voit défiler des plans, des ressentis en parvenant à peine à poser le doigt dessus. Finalement, on n’a pas d’autre choix que de se laisser porter afin de voir où l’histoire veut en venir. Que l’autrice d’un livre fasse suffisamment confiance à son lectorat pour ne pas toujours le prendre par la main, ça me plaît ! Mais ça divisera, et c’est tout à fait normal. Dans tous les cas, Manon Segur sait ce qu’elle fait, et ça fonctionne pour moi.

Je vais dire quelque chose qui va sonner cliché, mais je vais le dire quand même ! Le style de L’Étreinte du roncier a évidemment un côté “vieilli”, qui manquera peut-être de modernité pour une part du lectorat. Mais le fond, moderne, il l’est souvent ! Parfois un peu trop, parfois maladroitement (je pense au début du chapitre 13 qui trébuche un chouïa dans son propos, mais certainement pas à la représentation queer par exemple, qui n’a rien d’anachronique, merci à vous). Bien sûr, je pense à ce que L’Étreinte du roncier nous dit de l’amour. Et une fois encore, c’est quelque chose que j’aime beaucoup chez Manon Segur. Cette capacité à placer dans un contexte ancien ce qui nous parle, à notre époque… et aurait probablement parlé à l’ancienne aussi, mine de rien !

Je conclurai cette chronique sur une note un peu triste. En effet, à l’heure actuelle, L’Étreinte du roncier est indisponible à la vente. Il cherche une nouvelle maison d’édition depuis la fermeture de Crin de Chimère. Alors si vous l’avez aimé, ou si cet article vous a donné envie, faites passer le mot, de toute urgence. Ce roman mérite sa deuxième chance, de même que son grand frère, Le Cloître des Vanités.

Pour les jeunes auteurices francophones ! ✊

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Frissons Festival : le premier salon du livre horrifique français ! https://malonesilence.com/frissons-festival-le-premier-salon-du-livre-horrifique-francais https://malonesilence.com/frissons-festival-le-premier-salon-du-livre-horrifique-francais#comments Thu, 02 Nov 2023 16:02:02 +0000 https://malonesilence.com/?p=1887 J’y étais ! Les 28 et 29 octobre 2023, c’était la toute première édition du Frissons Festival de Reims, et donc, le tout premier salon du livre horrifique en France. Rien que ça ! Si vous n’avez que peu de temps devant vous, sachez seulement que c’était absolument génial et […]

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J’y étais ! Les 28 et 29 octobre 2023, c’était la toute première édition du Frissons Festival de Reims, et donc, le tout premier salon du livre horrifique en France. Rien que ça !

Si vous n’avez que peu de temps devant vous, sachez seulement que c’était absolument génial et qu’on attend toustes la deuxième édition ! L’équipe du Frissons Festival a fait un travail incroyable. Organisation, communication, invitæs de marque, ce salon a toutes les cartes en main pour devenir un grand ! Voilà, si jamais… venez au prochain ? Non, parce que moi, j’y retournerai !

Photos de moi sur mon stand, fatigué mais heureux !

C’est la Librairie Jeunes Pousses qui m’a invité, ce qui me rassure toujours. Je ne me sens pas encore trop d’attaque pour affronter les salons tout seul. Tenir un stand avec des collègues, en plus de faire passer le temps plus vite, crée une bulle, une protection face au monde qui vient à nous et auquel on s’expose. Il ne s’agit même pas de travailler en groupe (heureusement pour moi !) mais de vendre nos livres toustes ensemble en mangeant des crêpes. Moi, je dis oui.

C’est ainsi que je me suis retrouvé, pour la première fois, entouré exclusivement d’auteurices qui écrivaient dans des ambiances similaires aux miennes… et d’artisan-es merveilleuxes, notamment des cosplayers ! Le Frissons Festival a accueilli Art le Clown, Pyramid Head, la Nonne de Conjuring, les filles de Lady Dimitrescu ou encore ce très cher Freddy Krueger ! (Je vous invite à check le compte Insta du festival ainsi que leur site, pour retrouver toustes ces artistes incroyables 👀) Oh, j’oubliais : des spécialistes des effets spéciaux étaient là aussi ! Vous avez déjà vu Face Off ? Eh bah voilà !

Si j’étais dans mon élément ? Je me suis éclaté. J’ai rencontré des personnes incroyables. Parmi elles, des gens qui se sont intéressæs à mes romans. Qui les ont achetés, aussi ! C’est amusant, quand même, de se dire qu’on nous a fait venir pour parler de nos univers. A la toute base, on bricolait avec des mots en pyjama devant l’ordi ! (Et avec notre imagination le soir avant de dormir, évidemment.)

Le plus chouette, quand même, c’est de constater que je surmonte les difficultés, petit à petit. Je ne suis pas du genre commercial. J’ai appris toute ma vie à passer inaperçu. Je me bagarre avec ma santé mentale tous les jours. Je vis avec la crainte de perdre le contrôle. Que tout bascule d’un coup, un peu comme dans Les Pleurs du Vide. Et, globalement, je ne sais jamais dans quel état me laissera un événement de ce genre. Alors ouais, je suis plutôt fier de moi. D’autant plus que LPdV et son grand frère sont passés sur France 3 Champagne-Ardenne ! (Pas moi, j’étais aux toilettes et c’est même pas une vanne.)

Capture d'écran du reportage sur le Frissons Festival par FR3 Champagne-Ardenne, émission 19/20 du dimanche 29 octobre 2023. On peut voir les couvertures de Les Hurlements noyés et Les Pleurs du Vide en gros plan.

Jolie cerise sur le gâteau, non ?

Merci encore à toute l’équipe, à toustes celleux qui sont venu-es me voir, à mes collègues des Jeunes Pousses, à ce week-end génial d’avoir existé ! Le Frissons Festival marque un tournant très positif dans ma vie d’auteur, je crois. En termes de promotion, d’accomplissement personnel, de tout. On s’en souviendra, Stanley et moi ! Et on le racontera aux prochains personnages 👀

EDIT : Jody des Livres de la Crypte m’a interviewé sur les lieux, avec plein d’autres auteurices ! La vidéo est juste là.

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[Extrait] Les Pleurs du Vide : Chapitre 1-1 https://malonesilence.com/extrait-les-pleurs-du-vide-chapitre-1-1 Wed, 04 Oct 2023 16:42:33 +0000 https://malonesilence.com/?p=1760 CHAPITRE 1 : POUSSIÈRE Avertissement : mention de blessures, de dépression, d’hospitalisation, de torture, et accessoirement spoilers potentiels du tome 1. L’été 2011 marqua sans doute le début de la fin du monde plutôt que son achèvement. Stanley crut, jusqu’à obtenir les preuves du contraire, que cette année serait la […]

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CHAPITRE 1 : POUSSIÈRE

Avertissement : mention de blessures, de dépression, d’hospitalisation, de torture, et accessoirement spoilers potentiels du tome 1.

L’été 2011 marqua sans doute le début de la fin du monde plutôt que son achèvement. Stanley crut, jusqu’à obtenir les preuves du contraire, que cette année serait la fin de son existence. Il l’espéra, évidemment. Or il vit passer 2012, puis 2013, puis 2014, et les années suivantes se diluèrent dans le brouillard, jusqu’en 2019. L’été 2011, cet été qui fut chaud mais pas tant que cela, Stanley fit son grand retour dans les hôpitaux. On répara sa peau, ses articulations brisées, et on tâcha de faire de même pour son équilibre mental, avec beaucoup moins de succès – c’était d’autant plus difficile que Stanley Ellington ne parlait plus du tout. Il s’était blotti dans un mutisme épuisé, réfugié à l’intérieur de lui-même, et rejetait de toutes ses forces ce foutu don dont il s’était cru privé – débarrassé – mais qui lui était revenu, oui, en pleine figure. Sa vieille malédiction explosa sous ses yeux, contre ses oreilles et sa peau, à l’intérieur de son cerveau. S’il en conçut un étrange soulagement dans les premières minutes, il se rendit bien vite compte qu’il ne pouvait plus faire comme s’il était capable de le supporter. Il était faible, Stanley, si faible. Allison l’avait détruit et balancé sa carcasse aux ordures, tout ça… tout ça pour rien, rien du tout, puisque l’Apocalypse avait tout de même lieu derrière les fenêtres sales de l’asile.

De retour dans l’environnement hostile des unités psychiatriques, il opta pour la seule stratégie qu’il eût la force de mettre en place : ne faire attention à rien, être aussi discret et éteint que possible, n’emmerder personne pour que personne ne l’emmerde, et flotter hors de lui-même quand on l’obligeait à sortir de sa passivité. Il ne sut trop si cela fonctionna, il n’y fit pas attention, à ça non plus – il ne revenait à lui que lorsqu’il croyait apercevoir la silhouette éthérée d’un ange aux habits déchirés, dans sa chambre ou dans les couloirs. Mais il ne lui parlait pas, à lui non plus. Il ignorait s’il espérait le voir partir ou rester, il pensait parfois à Vicky et ses yeux le piquaient. Il se demandait si elle était seule ou accompagnée, si elle allait bien, si elle s’en sortait mieux que lui, ou plus mal. Il ne demanda pas de ses nouvelles à son frère Steph, l’ange, dont il ne savait s’il passait tout son temps à veiller sur lui, ou s’il alternait entre sa chambre et l’endroit où logeait Vicky. Il luttait contre la vision de l’ange, comme il luttait contre le reste, c’est-à-dire plus ou moins. Il était trop faible, il dormait si mal, ses nuits étaient si sombres, si rouges. Il avait peur de voir son sourire à la fenêtre ou au pied de son lit, le sourire de sa tortionnaire, le sourire figé d’Allison Griggs. Si elle était morte – pourquoi pas ? – son fantôme était peut-être là, et quand bien même ce ne serait pas le cas, Allison le hantait. Il la voyait partout, il entendait sa voix, il sentait ses doigts sur ses poignets, sur sa gorge, les coups, les craquements qui lui foutaient les larmes aux yeux de douleur. Il fourrait son visage dans son oreiller et hurlait de toutes ses forces en priant pour que les infirmièr·es de nuit ne l’entendent pas, il arrêtait parce que ça faisait mal à la gorge et que ses propres cris lui faisaient peur, et il se recroquevillait, tremblant, secoué de ces sanglots secs qui ne le soulageaient pas.

Ses voisins de chambre se succédaient sans qu’il s’en rende compte, c’était à peine s’il se souvenait qu’il la partageait avec d’autres, cette foutue chambre beige qui sentait les produits d’entretien, et peut-être qu’ils lui parlaient parfois, puis renonçaient en se disant que ce type était encore plus désaxé qu’eux. Bien évidemment, vint une exception, il en vient toujours, et Stanley n’en profita que peu – le gars resta une semaine à tout casser, le temps de se remettre d’une tentative de suicide aux anxiolytiques ou quelque chose de ce genre. Un brave gars qui parlait toute la journée sans s’arrêter, terrifié par le silence, qui dormait aussi mal que lui et pleurait dans l’oreiller en attendant son mauvais sommeil. Stanley dut déployer des efforts de concentration pour apprendre son nom et le retenir : Noah. Des ondulations brunes s’éparpillaient autour de son visage candide et fatigué, et il triturait ses doigts sans cesse, torturant ses phalanges sèches, couvertes de peaux mortes. Il trempait ses yeux rougis de sérum physiologique quand il se levait le matin, avant même de prendre son petit déjeuner, parlant toujours, intarissable. Ce n’était pas désagréable, sa voix était toute douce. Stanley se surprenait à l’écouter d’une oreille, ça le détendait, ça le forçait à se concentrer sur quelque chose. Il lui répondait par des coups d’œil ou des hochements de tête maladroits, et ça lui suffisait, à Noah, il en souriait à chaque fois, jusqu’aux yeux, ça semblait lui faire sa journée entière. Mais il pleurait immanquablement le soir venu, seul dans son lit, et malgré toute sa volonté d’imperméabiliser son empathie, Stanley éprouvait sa souffrance morale. L’avant-dernier soir, il n’y tint plus, il sortit du lit et alla s’asseoir au chevet de Noah, qui le regarda avec une stupeur quelque peu craintive, avant que Stanley, se fiant à son instinct et à rien d’autre, ne glisse sa main dans ses cheveux et ne masse son crâne du bout des doigts, faiblement, serrant les dents sous la douleur que lui infligeait encore son poignet. Noah explosa, les vannes sautèrent au visage de Stanley et il se retrouva avec son compagnon de chambrée dans les bras, en pleurs si bruyants que Stanley crut en avoir mal à la tête. Noah en fut soulagé, oui, Stanley le sentit, que ça allait mieux, au moins un peu, et il ne le lâcha pas, il le laissa se vider de son chagrin sur son t-shirt et eut peut-être une légère envie de chialer avec lui, qu’il ignora. Noah releva la tête au bout d’un moment et le contempla avec de grands yeux reconnaissants.

« M… merci. Merci. »

Stanley hocha la tête, inexpressif, son regard autrefois d’un bleu intense aussi vide que le silence, caressa la joue de Noah sous ses boucles, l’essuya du pouce, fit de même avec l’autre joue, et attendit que son esprit lui souffle ce qu’il devait faire à présent. Il ne prit pas le temps de se demander si l’idée qui lui parvint était étrange ; il pencha seulement la tête de côté, approcha son visage du sien et entrouvrit les lèvres, interrogateur. C’était une proposition, libre à Noah d’en faire ce qu’il voulait – il l’embrassa, tout doucement, le sel de ses larmes glissant sur la langue de Stanley, colla son nez et son front aux siens, à la recherche de réconfort, et tous deux s’étreignirent, comme si cela pouvait refermer leurs blessures. Peut-être que s’ils se serraient suffisamment fort l’un contre l’autre, cela fonctionnerait, oui. Ils dormirent dans le même lit, Stanley jouant le rôle de la grande cuillère, dissimulant ses propres larmes dans la tignasse de Noah – et pour la première fois, ce dernier accepta le vide, le silence, parce qu’il y avait quelqu’un avec lui, il n’était plus seul, plus cette nuit. Il s’assoupit dans un très léger ronflement et Stanley, lui, veilla sur son sommeil avec un zèle qui l’étonna lui-même. Lorsque l’équipe de nuit passait la porte de la chambre avec ses lampes, il lui jetait un regard ferme qui la dissuadait de les séparer – elle s’assura seulement, lors de son premier passage, que tout allait bien pour Noah, et Stanley aurait été en mesure de dire que oui, pour cette fois, tout allait bien. Et lui ? Lui, il n’irait plus jamais bien, mais c’était l’un de ces instants où il aurait moins mal. Alors oui, ça allait. Les cheveux de Noah le chatouillaient entre les doigts et se liaient autour de son avant-bras déformé, quelques pellicules s’accrochaient à son nez et à ses sourcils, l’odeur de la sueur de Noah se lovait dans ses narines, et il n’avait aucune idée de la façon dont il en était arrivé là. Autour d’eux retentissaient ces cris piégés dans les murs que Stanley rêvait de ne plus entendre. Noah était-il conscient de la chance qu’il avait d’être aveugle et sourd à cet univers parallèle qui phagocytait le quotidien de Stanley depuis quinze ans ? Il devait faire partie des gens qui ne croyaient pas à tout ça, ou peut-être que si, puisqu’il était chez les fols avec lui. Stanley ne lui poserait pas la question, il ne parlerait pas plus pour lui que pour les autres. Il caressait les bras de Noah lorsque les frissons y fleurissaient, pensait parfois à rouvrir le canal par lequel les émotions étrangères transitaient jusqu’à son cerveau, afin de vérifier que le sommeil de Noah ne s’apparentait pas à un calvaire, et se ravisait – qu’est-ce qu’il en ferait, de ces émotions ? Qu’est-ce qu’il en faisait, des émotions d’autrui, avant Allison ? Elles l’encombraient, elles s’entassaient en lui et écrasaient les siennes sous leur poids, il cherchait à les déplacer mais elles pesaient trop lourd, alors il attendait de pouvoir s’isoler, il attendait que passe sa crise d’empathie, sa musique dans les oreilles, et il dessinait dès qu’il avait retrouvé un peu de force – il ne dessinerait plus comme avant, lui hurlaient ses poignets tordus de douleur, et il pouvait aussi tirer un trait sur la guitare.

Il emplit ses poumons de l’odeur de Noah, collé à lui, ses cheveux entre ses lèvres, ses doigts longeant ses veines violacées sous la lune. Noah s’arrondit contre son torse et poussa un doux soupir. Stanley en entendit quelques autres avant l’aube, leva parfois la tête pour admirer son visage, céda quatre ou cinq fois à la tentation de l’embrasser sur la tempe ou sur la pommette, juste pour lui faire du bien, et s’en faire un petit peu aussi, peut-être. Il se demanda vaguement où était passée sa vieille phobie sociale, mais Dieu merci, elle ne tarda pas tellement à se rappeler à son bon souvenir. Vers sept heures, alors que Noah n’avait pas encore ouvert les yeux, Stanley hésita à rejoindre son lit, avant que Noah ne se tourne vers lui tout ensommeillé et qu’un silence gênant ne s’ensuive, ou un monologue d’excuses tout aussi embarrassant, ou pire, qu’il ne le foute hors de son pieu avec une grimace de répulsion – puis il pensa que Noah se sentirait peut-être mal, si jamais il se rendait compte qu’il était de nouveau tout seul. L’atmosphère s’alourdirait tant qu’il en perdrait la parole et que le silence l’étoufferait et qu’il en ferait une crise d’angoisse. Stanley serait trop engourdi pour le réconforter, il n’oserait même pas le faire, il resterait prostré sous ses couvertures et ses remords. Incapable de décider laquelle de ces situations était la pire, il resta tendu, tout noué dans le dos de son compagnon d’infortune, glacé d’angoisse – bordel Stanley, tu as vécu presque trois semaines enfermé et torturé, et t’angoisses encore pour ce genre de conneries ? Mais lorsque Noah émergea, il se reversa sur le dos et vint se blottir contre Stanley, le visage enfoui dans son épaule, sans parler. Stanley décongela instantanément, l’embrassa sur le front et essaya de ne pas pleurer.


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Noah [REDACTED] : faire face au Vide https://malonesilence.com/noah-redacted-faire-face-au-vide https://malonesilence.com/noah-redacted-faire-face-au-vide#comments Thu, 28 Sep 2023 19:18:00 +0000 https://malonesilence.com/?p=1250 Il est possible que le nom de famille de Noah soit Peterson. Il ne peut pas en être certain. Sa mémoire est presque vierge, comme s’il était né ici et maintenant. Ici, dans cette chambre d’hôpital qu’il partage avec Stanley, l’homme qu’il va aimer. C’est donc au début des Pleurs […]

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Il est possible que le nom de famille de Noah soit Peterson. Il ne peut pas en être certain. Sa mémoire est presque vierge, comme s’il était né ici et maintenant. Ici, dans cette chambre d’hôpital qu’il partage avec Stanley, l’homme qu’il va aimer.

C’est donc au début des Pleurs du Vide qu’on fait connaissance avec Noah. Et c’est en commençant l’écriture de ce deuxième tome que je l’ai connu moi-même. Il ne vient pas des Hurlements noyés, ni du peu que j’avais prévu pour la trilogie dans son ensemble. Noah s’est imposé de lui-même, comme beaucoup de mes personnages. Et surtout, il s’est imposé de l’extérieur.

Comme tout, non ? Oui, mais d’une autre manière. Noah est un apport de l’extérieur pour apporter de la lumière à l’intérieur, littéralement.

I) Naissance de Noah : le vertige du RP

J’ai déjà parlé création collective sur ce blog, et du fait que certains personnages s’étaient rencontrés en RP. Ceux des autres, et les miens. Certains d’entre eux se sont liés très étroitement.

J’ai peu joué avec Stanley, en RP. Il a toujours été assez difficile de le faire. Stanley n’ose pas trop s’exprimer hors de sa propre histoire. Et puis, ça me faisait trop l’effet de me promener en public les tripes à l’air.

Mais ! Il a rencontré du monde. Et, parfois, du très beau monde. Dans cet univers parallèle, il est tombé amoureux deux fois, de personnages plutôt réconfortants. A chaque fois, je me suis trouvé, disons, un peu trop investi. C’est comme tout avec mes personnages, c’est quelque chose que beaucoup d’auteurices partagent, tout ça tout ça.

Bon, c’est un peu embarrassant, quand même. De raconter que quand ton personnage tombe amoureux, tu tombes un peu amoureuxe toi aussi. Qui a aimé cet être fictif en premier, d’ailleurs ?

Inutile de le préciser, mais précisons-le quand même : c’était l’époque où ça n’allait pas fort. Dans mon isolement, je trouvais du réconfort dans la présence de personnages créés par d’autres, avec qui j’interagissais. Sain ou pas, simple immersion ou autre chose, je ne sais toujours pas : l’important, c’est que ça m’a aidé. Et que ça m’a fait réfléchir à d’autres aspects du nécessaire apport des univers d’autrui à nos propres mondes.

II) Noah VS The World (B)

Si un personnage né d’un univers A se retrouvait coincé dans un univers B, il se passerait quoi ?

A priori, pas grand-chose. C’est un simple changement d’espace-temps, non ? A un détail près : les personnages sont dépendants de leur créateurice. Iel contient tout pour eux, y compris leur mémoire. Si quelqu’un·e décidait de me “léguer” ses personnages pour une raison ou pour une autre, est-ce que, sous ma plume, dans mon esprit, ils resteraient les mêmes ? Leur histoire serait nécessairement différente, ne serait-ce que dans certains détails. A moins de passer d’un univers à un autre par conscience partagée, il est impossible pour un personnage de franchir le seuil sans en être altéré. Ce serait même plutôt, à l’arrivée, une copie du personnage de départ.

Et si personnage A et personnage B se rencontraient sur timeline C ? Et si une histoire s’écrivait à quatre mains ou plus, avec du partage de personnages ? D’ailleurs, où commence-t-elle, la création de l’univers : avant ou après l’écriture ? Pendant ? Est-ce qu’il se dédouble, puisqu’on voit tout se dérouler avant d’écrire ? Des questions que personne ne se pose, à part Noah et moi !

Aparté : La lecture de La Prophétie des sœurs-serpents et des articles d’Isis Labeau-Caberia m’a apporté un nouveau point de vue sur la question 👀

D’où vient Noah ? Il n’aura de cesse de chercher la réponse au long des Pleurs du Vide. Il n’a pas de passé, pas de certitude quant à ce qui fait son identité, et c’est peut-être par désespoir qu’il tombe amoureux de Stanley, son seul repère. Et là, c’est le bon moment pour s’inquiéter un peu. Quel équilibre est possible dans une relation pareille, entre un homme qui n’a pas du tout vécu et un autre qui en a trop vu ?

… Je vous l’ai dit, non, que Stanley n’est pas mort parlait pas mal de dépendance et d’émancipation ?^^ Des formes d’enfermement et des solutions pour s’en extraire, en tout cas. Peut-être faut-il briser les frontières entre les mondes fictifs pour libérer Noah, qui sait ? 👀

J’ai l’impression que cet article soulève un paquet de questions, et j’ai envie de parler de BEAUCOUP de trucs là tout de suite, mais ce serait trop long. Et mes personnages parleront toujours mieux de mes propres questionnements que moi, que ce soit par rapport à leurs histoires ou autre chose !

III) Noah : Soft and Furious

OK, après ces dernières digressions, qui est Noah, à part un drôle de love interest au potentiel méta ?

Bon, évidemment, c’est un chouette gars, touchant et très bavard – vous verrez, question logorrhée, il concurrence Archie… dont nous parlerons plus tard !

Son caractère rejoint celui de Stanley sur pas mal de points. A cela s’ajoute un immense appétit de vivre qui a fait éclater le scénario prévu initialement ! Parce que Noah est cet élan venu de l’extérieur, sans doute trop tard mais venu quand même, qui pourrait relancer la machine. En des termes plus humains : sous ses airs fragiles, Noah a toutes les armes en lui pour s’en sortir, et même le courage de se rebeller contre l’effondrement de son univers. Une petite force de la nature ! C’est sans doute ce qui lui permettra de se lier avec une autre personne, que vous connaissez bien aussi…

En fait, j’ai encore pas mal de questions moi-même, en relisant l’article. Ai-je davantage parlé de Noah en tant que membre de relations, de ce qu’il représente plutôt que de lui-même en tant que personnage ? Je ne pensais pas que parler de lui serait si compliqué, mais ça l’est. Il y a ce qu’il représente, ce qu’il est pour Stanley et pour l’univers, et il y a son absence d’histoire. Toute son histoire, vous la lirez dans Les Pleurs du Vide. Comme lui-même le dit à Stanley :

Tout ce dont je me souviens, je l’ai vécu avec toi.

Bonus : theme songs

J’ai créé une playlist spéciale pour Noah, parce que certaines chansons me font invariablement penser à lui. Certaines se sont trouvées par hasard sur mon chemin. D’autres illustraient, à la toute base, une scène des Pleurs du Vide. Est-il possible que Noah ait son propre roman un jour ? Peut-être bien.

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Ces conseils d’écriture que je n’ai pas suivis https://malonesilence.com/ces-conseils-decriture-que-je-nai-pas-suivis Fri, 13 Jan 2023 18:37:15 +0000 https://malonesilence.com/?p=1125 Si vous me connaissez, vous le savez : je suis une tête de pioche quand il s’agit d’écriture. Je place le plaisir en priorité et ai toujours préféré apprendre par moi-même – quand j’étais gosse, c’était LE domaine où je pouvais apprendre tout seul, sans supervision ! Mais j’ai aussi […]

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Si vous me connaissez, vous le savez : je suis une tête de pioche quand il s’agit d’écriture. Je place le plaisir en priorité et ai toujours préféré apprendre par moi-même – quand j’étais gosse, c’était LE domaine où je pouvais apprendre tout seul, sans supervision ! Mais j’ai aussi toujours été du genre à douter, à vouloir m’assurer que j’allais dans la bonne direction ; c’est dans ce contexte que j’ai commencé à m’intéresser aux conseils d’écriture. Sur Internet, surtout, et parfois dans les revues du CDI pour celles qui parlaient d’écriture. Je me souviens avoir imprimé, photocopié, découpé, compulsé des tonnes d’interviews d’auteurices (merci Elbakin !), fasciné par les processus créatifs. Aujourd’hui encore, j’adore lire les créateurices en parler, je trouve leur diversité absolument géniale. Sans ça, le monde de la création perdrait tellement en richesse !

Pourtant, les conseils d’écriture sont partout. Les auteurices elleux-mêmes donnent les leurs, parfois, alors que leur manière de travailler leur est propre – peut-être l’ont-iels prise d’autres personnes, et ça a marché, ce qui est top ! Ces conseils peuvent donner des pistes, ouvrir des possibilités aux jeunes écrivain-es en quête de réponses ou d’assurance. Et puis, comme on dit, il est bon de connaître les règles avant de les briser.

En ce qui me concerne, certaines “règles” m’ont très vite saoulé. L’écriture étant mon principal plaisir, je n’avais aucune envie de le gâter – surtout que j’étais gosse, eh ! Et en même temps, je voulais écrire bien. Il fallait bien que je me frotte aux conseils, aux points de vue d’autrui pour progresser, non ? je vous jure que, certains jours, ce duel intérieur me prenait le crâne. Reste que, pour l’essentiel, je n’en ai fait qu’à ma tête. Une tête de pioche, je vous jure, je dois être à 6 ou 7 sur l’échelle de Jean Mineur. Si c’était à refaire ? On en parle tout de suite !

Conseil n°1 : Faire un plan

Avant de connaître la désormais fameuse distinction entre auteurice architecte et auteurice jardinièr-e, je traînais sur des forums d’écriture où mes collègues se montraient catégoriques : sans plan, tu ne peux pas écrire bien. Vous avez connu cette période, vous aussi ? Vous aussi, elle vous a gonflæ ? 😅

A l’époque, je ne savais même pas qu’on pouvait écrire un plan pour une histoire. Pour moi, c’était à l’école qu’on en faisait ! Merde, comment tu pouvais t’amuser avec ça ? Découvrir les secrets de ton histoire, de tes personnages, de ton imagination au fur et à mesure, ça faisait partie du plaisir d’écriture, non ? Bref, j’étais auteur jardinier et j’aurais milité pour le jardinage si j’avais pu !

Si c’était à refaire ?

Nope, toujours pas ! (Et aujourd’hui, je suis content de voir qu’on est plusieurs à “s’assumer” adeptes du jardinage !)

Bon, en général, je connais un peu mon histoire, dans les grandes lignes. Je suis jardinier à tendance paysagiste, si vous voulez. Quelquefois, pour les versions ultérieures de mon manuscrit, je prends des notes. Mais l’essentiel se passe dans ma tête et est en évolution quasi constante.

J’ai essayé d’écouter ce conseil, une fois, pour un de mes premiers romans. C’était de la fantasy et j’avais 12 ans. J’ai totalement flingué mon inspi ce jour-là et je n’ai jamais réussi à continuer. (Bon, le projet était pas ouf non plus, les œuvres de jeunesse, tout ça.)

Conseil n°2 : Ne pas commencer par une saga

C’est le moment où on entre dans la nuance.^^

De base, il n’était pas prévu que Stanley n’est pas mort soit une trilogie. J’avais en tête l’histoire de Stanley et de la Famille, c’était tout. Puis j’ai rangé ce roman dans un tiroir, puis mes personnages m’ont hanté, et puis je leur ai envisagé une autre histoire… Et la trilogie de Stanley est née, puis l’univers étendu, puis tout.

A l’époque où j’ai vu passer ce conseil pour la première fois, “ne commence pas ta carrière par une saga”, je voulais écrire une trilogie de fantasy, celle dont je parlais plus haut. Parce que c’était difficile, d’écrire une saga, quelle que soit sa longueur. Mais j’en avais envie, et tant pis si c’était plus dur. J’ai publié et projeté la suite des Hurlements noyés dans le même état d’esprit. Pour le coup, je ne doutais pas : cette histoire devait être une trilogie, voilà tout.

Si c’était à refaire ?

Ce qui me vient, là, tout de suite, c’est un rire nerveux.

Je vous explique le truc : il fallait que je commence l’aventure avec la trilogie de Stanley. Ça s’est présenté comme ça, voilà tout, à ce moment-là, et je n’ai jamais pu passer à autre chose, jamais. Je vous jure, j’ai essayé pendant des années sans aucun foutu succès. Et avec le recul, faire mes débuts d’auteur avec Stanley n’est pas mort a pris tout son sens. C’est un peu le prélude à tout ce qui s’ensuivra, ma façon de me présenter au monde en tant que créateur. Bref, c’était logique.

Mais mon Dieu, quelle prise de tête !

Déjà, j’ai découvert qu’écrire un tome 2, c’était compliqué. La jonction entre deux pans de l’histoire, entre le début et la fin, qui en même temps doit avoir un début et une fin propres. Ensuite, un détail et pas des moindres : les dates de sortie. Les campagnes Ulule. Le fait que tu ne peux pas tout de suite passer à autre chose, qu’il faut te consacrer à ce projet-là, pendant une période plutôt longue. Porter ta trilogie, tes trois livres, plusieurs campagnes de suite sur le même projet dans un laps de temps pas trop long pour éviter qu’on “t’oublie”, et alors que tu perds forcément un peu de ton lectorat en cours de route. (Bon, ce qui me rassure, c’est qu’il y a toujours des petit-es nouvelleaux pour me rejoindre, à chaque nouvelle étape, et prendre plusieurs tomes en même temps parfois ! ❤️) C’est un putain de marathon.

Donc : si je devais le refaire, comme j’ai dû le faire parce que c’était comme ça, parce que mon histoire était là et devait naître maintenant, oui, je le referais. Mais j’avoue que si une suite de one-shots s’était présentée, ç’aurait été moins énergivore !

Conseil n°3 : Faire des fiches

Des fiches personnages, des fiches worldbuilding, des fiches pour tout. Un conseil lié à celui de faire des plans, la préparation avant d’écrire tout ça tout ça. Et effectivement, j’ai besoin que le projet mijote un peu dans ma tête avant de me lancer dans l’écriture – mais encore une fois, c’est dans ma tête que ça se passe. Si besoin, je prends des notes en cours de processus.

En fait, faire des fiches sur mes personnages est pour moi aussi absurde que de faire des fiches sur mes proches. Mes personnages, je les vois, je les sens, j’apprends à les connaître comme j’apprendrais à connaître les gens – plus en profondeur, certes, avec une empathie plus développée (coucou Stanley), mais ça revient au même. En tout cas, c’est comme ça que ça se passe pour le Stanleyverse. Parce que j’ai un lien émotionnel à ces personnages.

Et donc ?

Là encore, c’est à nuancer. Pour le wolrdbuilding, par exemple : pour le moment, je n’écris pas d’historique, de fantasy dans un monde imaginaire, bref rien de si complexe en termes de construction. Un jour, ça viendra peut-être.

Pas pour les personnages, par contre… Quand j’ai un lien fort avec eux, en tout cas.

Il y a quelque temps, j’ai commencé l’écriture d’un drame amical/thriller psy, Le Monde à ses pieds. Et je n’ai pas avec les personnages de cette histoire le même lien qu’avec ceux du Stanleyverse. Pour moi, ce sont des idées, des concepts, plus que des personnes. C’est dû à la backstory de LMàsP. Ce roman est librement inspiré de faits réels, d’une partie de ma vie que j’avais besoin d’exorciser telle quelle (enfin presque, c’est une œuvre de fiction, hein). Je sais que ces personnages sont des copies. Je me demande si un jour, elles prendront vie pour de vrai, se détachant de leurs modèles de chair et de sang comme des stickers de leur carton. En attendant, il m’arrive d’oublier leurs noms, de les mélanger. J’ai dû les noter, écrire l’organisation des classes (l’histoire commence dans un collège)… Pour le moment, ils n’existent pas, ces personnages. Alors je prends des notes sur eux.

Mine de rien, ça m’aura appris un truc : le processus créatif n’est pas nécessairement figé. Il peut évoluer au fil du temps et des besoins, des exigences de telle ou telle histoire. En tout cas, c’est comme ça pour moi ! Ça m’a brièvement interrogé sur mon identité d’auteur, mais ce n’est pas ce qui compte le plus. je suppose que je suis à l’écoute des besoins de mon cerveau. Plutôt positif, non ?

Conseil n°4 : S’en foutre de la qualité du premier jet

Bon, alors.

J’ai songé plusieurs fois à écrire un article sur le sujet, sans savoir comment tourner le truc – et sans trop y penser à vrai dire, j’avais déjà des trucs sur le feu. Parce que pour le coup, c’est un conseil que je n’ai pas tout à fait “jamais” suivi, mais attendez un peu, j’arrive.

Votre camarade ici présent est anxieux, à tendance perfectionniste. Je n’ai pas su écrire sans réfléchir pendant très longtemps. Enfin, “réfléchir”, je ne sais pas, disons que je mobilisais mes connaissances en écriture, ce que j’en avais appris d’après mes lectures et, tout de même, des conseils qui m’étaient entrés dans la tête et que je croyais devoir appliquer à chaque étape. Écrire de manière contrôlée, en fait. Contrôler mon écriture, mes pensées, tout.

J’ai arrêté.

J’ai dit un jour que je parlerais de la manière dont j’ai écrit la troisième version de LHN. La définitive.

Il s’est passé des choses, entre le début de la V2 de LHN et sa V3. J’ai notamment découvert des auteurices extrêmement talentueuxses. J’ai découvert MOLOCH, par exemple. Les écrits de Timmy. Le genre de roman qui te prouve qu’en fait, tu peux tout écrire, faire tout ce que tu veux. Qu’il suffit de te laisser parler, toi, et de t’éclater un maximum. Juste écrire, y trouver son compte, et puis un jour, parvenir à créer son propre langage, son propre sens.

J’ai appris que, peut-être, je pouvais me faire confiance et laisser parler mon cœur d’auteur. Dans tout ce qu’il a de brut, de maladroit parfois, de toujours sincère, de beau finalement. C’est comme ça que je l’ai écrite, la V3 de LHN. Je me suis lâché. Il m’a fallu me pousser un peu, au départ, quitte à rallonger certaines phrases, à me forcer à aller au-delà des limites que je m’imposais. Il reste encore des traces de “lutte” dans les pages des Hurlements noyés. Des moments où on perd en stabilité, des phrases que j’écrirais différemment aujourd’hui – c’est qu’un style, ça peut évoluer vite -, des moments où j’en fais peut-être un peu des caisses ! Mais c’est comme ça que je me suis libéré, et je suis content, finalement, que LHN porte les traces de mon cheminement. Il n’en est que plus humain, si l’on peut dire. LHN est vivant, plein d’aspérités, d’irrégularités que j’ai pu tout de même polir à la réécriture, histoire qu’il soit présentable !

Ce qui m’a aidé ?

La lecture d’histoires qui sortaient des sentiers battus, donc. Et le NanoWriMo, aussi !

Comme je le disais plus haut, j’ai longtemps réfléchi en écrivant, soupesé mon écriture, mot après mot, phrase après phrase. Quand tu fais le NaNo, et des sprints d’écriture, tu dois écrire vite. Pour apprendre à se lâcher, c’est radical. Parfois, des phrases te viennent, des expressions brutes, incongrues et belles, souvent parlantes pourtant – vous avez déjà lu de l’écriture automatique ? C’est ça, les sprints.

Évidemment, dans mon cas, c’est d’autant plus adapté que j’écris des histoires sombres, avec beaucoup de psychologie, d’introspection. Lucian, le premier one-shot du Stanleyverse, est bourré de chapitres entiers écrits comme ça. C’est du jus d’âme, de trauma parfois. La parole brute et frénétique de mes persos. C’est assez incroyable, d’écrire comme ça, presque à la vitesse à laquelle se manifeste l’émotion.

Bon, il y a des moments où j’ai besoin de ralentir, quand même. De me poser, de réfléchir avec mes personnages, ou de savourer un moment avec eux.

Tu as un peu digressé, non ?

Je me suis peut-être un peu emballé, oui ! Mais écoutez, c’était aussi le bon article pour ça. J’espère quand même qu’il n’est pas trop, trop long !

Cette liste de conseils pas suivis et de remises en question n’est sans doute pas exhaustive. J’en ai oublié, au fil des années ; j’ai parlé de ceux qui avaient pris de la place dans ma vie d’auteur, d’une manière ou d’une autre. Ceux qui ont compté, qui m’ont appris des choses sur moi, même indirectement.

Tout ça pour vous dire que, des conseils, je ne vous en donnerai jamais. Pas un seul, à part celui de vous éclater et de vous faire confiance. D’écrire, et c’est tout. D’abord parce que je me sens absolument pas légitime à vous en donner, ensuite parce qu’on trouve des conseils partout, que tout le monde veut nous apprendre notre boulot et que c’est chiant. A croire qu’il faut obligatoirement se cantonner à des règles, qu’il n’y a qu’une façon de faire, qu’il n’y a rien de beau et de magnifiquement créatif en nous-mêmes.

Qui plus est, la plupart des conseils que je vois passer, que je connais, s’adressent aux auteurices débutant-es. Bon là, je parle depuis ma position d’écrivain qui commence à avoir un peu d’expérience. Bien sûr, on ne cesse jamais d’apprendre. Mais justement : une fois passés les conseils pour toutes jeunes plumes, qu’est-ce qu’on a ? Pour aller plus en profondeur, il faut chercher un peu. Et parfois, on trouve des choses intéressantes, qui nous mènent à réfléchir à notre pratique. Comme pour toute activité, finalement. Mais souvent, on en reste aux conseils de base, sans forcément tenir compte des particularités de l’auteurice d’en face.

Donc voilà, je ne vous conseillerai que ça :

Écrivez, pratiquez – tant que vous vous éclatez, parce que sinon ça sert à rien – et ne croyez pas trop que les autres connaissent mieux que vous votre taff. Restez ouvert-e, bien sûr, et cherchez toujours à apprendre. Mais cette passion et cet élan créatif sont à vous. Les merveilles qui naissent dans votre esprit, ce sont les vôtres. Ayez foi en elles, si vous ne parvenez pas encore à avoir foi en vous. Souvent, les mondes que nous créons sont plus grands que nous-mêmes, tant nous les nourrissons. Et votre âme vous emmènera loin.

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“The Daughter of Rivers and Bones”, par Mirabelle Aurea https://malonesilence.com/daughter-of-rivers-and-bones https://malonesilence.com/daughter-of-rivers-and-bones#comments Thu, 17 Nov 2022 16:38:35 +0000 https://malonesilence.com/?p=1113 The Daughter of Rivers and Bones, ou la fille des rivières et des ossements, ou le phoque, c’est Aislin Waters, auparavant Aislin Rose (je mettrai le lexique à jour en temps voulu !). Oui, parce que depuis que je le connais, c’est un roman très très évolutif ! C’est que […]

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The Daughter of Rivers and Bones, ou la fille des rivières et des ossements, ou le phoque, c’est Aislin Waters, auparavant Aislin Rose (je mettrai le lexique à jour en temps voulu !). Oui, parce que depuis que je le connais, c’est un roman très très évolutif ! C’est que Mirabelle Aurea prend le temps de construire son univers depuis des années ; en témoignent les articles de son blog à ce sujet. Oui, si son nom vous dit quelque chose, c’est parce qu’elle est membre du Kraken Writing Club et qu’on écrit souvent ensemble. Et que nos univers ont fini par se chevaucher un peu ; c’est bien pour ça qu’Aislin se retrouve dans le lexique de Stanley ! Elle apparaîtra sans doute dans les spin-offs, mais on y reviendra.

J’ai connu Mirabelle Aurea en RP. Ce sont nos personnages qui se sont chargés des présentations, finalement ! Procédons par (relatif) ordre : d’abord, Stanley s’est lié à Aislin (dite Ash) et à Ezora, puis Archie a pris sous son aile quasiment tout le cast de Mirabelle parce que, pourquoi pas, protéger des gens lui manquait ! Il est devenu très proche d’Ash et de Kay, bref, longue histoire, encore une fois on y reviendra plus tard.

The Daughter of Rivers and Bones est donc l’histoire d’Aislin “Ash” Waters, qui a passé son enfance enfermée dans un laboratoire avec d’autres enfants, sans contact avec le monde extérieur. Leurs geôlièr-es semblent s’intéresser de près à leurs pouvoirs. Vient le jour où Ash s’évade avec deux frères devenus ses amis les plus proches. Toustes trois s’échappent dans la nature, une armée potentiellement à leurs trousses. Iels vont bien sûr trouver des alliæs sur leur chemin… dont la version d’Archie de cet univers ! Mais sous un autre nom. (Quelque part, tous les personnages de la création sont les mêmes, éparpillés dans le multivers en plusieurs versions ! Non ?)

Je vous avais dit qu’on faisait de la création ouvertement collective : nous y voilà. Le reste, c’est principalement des questions de droit d’auteur. Moi, je suis auteur indé et je m’en fous ; quand on édite via une ME, ça peut être plus compliqué. Et The Daughter of Rivers and Bones mérite d’être édité. Individuellement, au-delà de l’aspect collectif du truc, de l’aspect jeu. (Merde, c’est très bien, le jeu : enjaillez-vous, ami-es créateurices !)

Pour l’instant, on ne peut lire que des extraits du tome 1, Fragments. Comme je le disais, ce roman est du genre évolutif. Mirabelle Aurea revient souvent dessus, écrit des chapitres au compte-goutte, réécrit les précédents. Dans ces conditions, vous vous dites sans doute : “Mais alors, pourquoi cette chronique ? Comment juger un livre qui n’est pas encore terminé ?” Eh bien, ce n’est pas vraiment le but de cet article. Enfin si. Enfin non.

Déjà, on peut parler des spin-offs. Par exemple, Un escalier vers le ciel. En plus de nous apprendre davantage sur un personnage important, il est tout à fait lisible avant Fragments puisque c’est un préquel et qu’il ne spoile pas vraiment. Bon, si, un peu. Enfin non. Enfin si. Disons que le spoil n’a pas beaucoup d’importance dans l’univers de The Daughter of Rivers and Bones. Enfin si, mais pas en ce qui concerne les relations entre les personnages. On sait qu’Ash, Lou et Kay sont ensemble à un moment, l’autrice l’annonce dans ses articles, il n’y a aucun doute à avoir ! La question, c’est plutôt de savoir comment ça va se passer. Quelques textes l’annoncent, mais ils sont préparatoires (même Un escalier l’est), à l’image de Ciel rouge pour le tome 3 de la trilogie de Stanley ! Alors, canon ou pas ?

En tout cas, la manière d’écrire de l’autrice se dessine déjà. Beaucoup de douceur dans la douleur, des émotions brutes comme on aime, du hurt-comfort bien géré et un style qui a sa propre texture, son propre goût en bouche. (Au sens littéral : je fais de la synesthésie.^^)

Nous avons donc des avant-goûts de Fragments et de ses suites, tout au plus. Ce qui se dévoile, c’est un univers foisonnant et des personnages très attachants ; autant dire que ne pas avoir l’histoire finie à nous mettre sous la dent, avec son style, son rythme, son suspense, sa charge émotionnelle, suscite une frustration assez terrible. Nous reste la vue imprenable sur le processus créatif de Mirabelle, passionnant à suivre. Évolution des personnages, mythologie de l’univers, idées destinées à germer ou non… Son blog, c’est l’essence même du partage entre auteurices et avec le lectorat. Son blog, c’est la raison pour laquelle les communautés littéraires existent sur Internet.

Mirabelle Aurea, comme beaucoup d’auteurices, n’attend en réalité que nous. Son univers est une porte ouverte, une invitation au lectorat à regarder par-dessus son épaule, une invitation pour les auteurices à aimer ce qu’iels font. Quant à The Daughter of Rivers and Bones, il mérite d’être soutenu. Cette chronique n’est qu’une preview, tout comme les fragments (héhé) que l’autrice laisse sur les traces de son imagination. Passez la porte de cet univers dur mais plus chaleureux qu’il n’y paraît et encouragez-le à naître au monde, à briser sa coquille pour de bon. On a besoin de ces voix qui, au milieu d’un monde trop violent pour nous, nous assurent qu’il y a encore de quoi espérer.

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