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Couverture plongée dans la nuit. Le démon, d'apparence humaine, pâle et aux cheveux noirs, vêtu de noir et de bleu foncé, hume des fleurs jaunes. Des fleurs jaunes et rouges s'accrochent à sa cape. Derrière le démon, en arrière-plan, se déploient les ogives du cloître.
Couverture du Cloître des Vanités, réalisée par Marcela Bolivar

C’est avec la sombre histoire d’un démon que je commence les chroniques de romans édités de manière classique. Le Cloître des Vanités nous vient en effet de chez Crins de Chimère, une maison indépendante qui a vu le jour en 2020. Je connaissais déjà un peu Manon Segur pour échanger régulièrement avec elle sur les réseaux sociaux. La sublime couverture de Marcela Bolivar, également illustratrice de Filles de rouille, m’a attirée d’emblée.

Donc, Le Cloître des Vanités, qu’est-ce que c’est ? C’est d’abord le repaire de Sernin le Bâtisseur, démon de son état qui, se vantant d’être plus raffiné que ses congénères, a délaissé l’Enfer pour l’Occitanie. Ainsi y a-t-il construit Albeyrac, son antre et royaume d’illusions.

Albeyrac est un étrange village. Les rues sont changeantes, les murs trompeurs. Quant au cloître de Sernin, nul-le ne peut y accéder, à moins d’y être attiré-e par la noirceur de sa propre âme. Ce peut être un désir refoulé, une pulsion, un regret. Le Cloître des Vanités n’est pas un lieu d’expiation. C’est le garde-manger d’un démon avide de souffrance humaine et adepte de torture. Sernin pense rendre service à l’humanité autant qu’à lui-même, en purgeant la terre des âmes souillées. Comme dirait l’autre, c’est une question de point de vue…

Un beau jour, Sernin attire Hermine dans ses filets, et l’intérêt du démon pour l’espèce humaine prend un tour inattendu. C’est qu’Hermine est une femme d’une intelligence et d’une sagesse redoutables, malgré son jeune âge. Comment déstabiliser une humaine, si elle assume sa part d’ombre et compte même l’utiliser pour faire le bien ? Et pour ne rien arranger, les Parfaits ont débarqué, et avec elleux, leur foi bien plus puissante que celle des pauvres âmes d’Albeyrac. De quoi mettre des bâtons dans les roues de Sernin qui, d’habitude, s’en amuse.

Mais les événements vont l’obliger à renouer avec sa part de lumière. Je pense d’ailleurs que Sernin s’était déjà rapproché de l’humanité avant le premier chapitre du Cloître des Vanités. Il a quitté l’Enfer pour son ambiance et le manque de distinction des démons, et on notera au fil de la lecture son goût pour l’architecture gothique – reflet, sans aucun doute, de la passion de l’autrice pour cette dernière !

Manon Segur fait la part belle aux descriptions, qu’il s’agisse de cette magnifique architecture médiévale, des vêtements ou des ambiances. Niveau immersion, ça fonctionne plutôt bien. A noter cependant que si vous cherchez de l’historique pur et dur, ce n’est pas vers Le Cloître des Vanités qu’il vous faudra vous tourner. Si le contexte historique est là, ce n’est qu’en toile de fond pour le parcours initiatique de Sernin. On pose les bases et on entre dans le vif du sujet, dès le premier chapitre. Ce sont les personnages qui comptent, plus que le reste.

Qu’en est-il donc de ces personnages ? A mon sens, celle qui sort du lot, c’est Hermine, la plus humaine du roman. Comme mentionné plus haut, elle connaît ses propres faiblesses et travers, ainsi que ses forces. Elle n’est ni naïve ni innocente, loin de là. Je me suis même retrouvée en elle, parfois, entre ses souhaits d’un monde plus juste, son besoin de contrôle, ses complexes physiques également. J’espère avoir un jour sa repartie ! Quant à Sernin, il m’a mise mal à l’aise plus d’une fois. Il imagine et contemple les pires horreurs avec un détachement glaçant, vous fouille physiquement et psychologiquement pour vous détruire, et les descriptions des corps humains à travers ses yeux sont profondément dérangeantes.

Parfois, ce sont les humain-es, notamment les hommes d’Église, moins irréprochables qu’on ne le croirait, qui nous dérangent par leur cupidité ou leur violence. Si un démon a pu s’installer parmi elleux, c’est bien que le péché l’a précédé. D’où la conviction de Sernin que tout le monde est gagnant dans son entreprise sanglante.

Mais alors, quel va être l’élément déclencheur de sa rédemption ? L’amour pour une Parfaite, bien sûr ! Au premier abord, cela peut paraître cliché, mais j’ai été très agréablement surprise par les événements. Agnès, cette jeune femme qui trouble Sernin, m’a paru assez fade au départ, se contentant de se sacrifier pour le bien commun, malgré ses regrets. Ainsi, elle ne sert dans un premier temps que l’arc narratif de Sernin avant de trouver sa propre place dans le récit, assez tardivement. Là où Le Cloître des Vanités m’a fait plaisir, c’est dans l’évolution de leur relation. En plus de prendre le contre-pied des clichés, elle aboutit à une vision de l’amour agréablement saine.

Manon, MERCI, ça fait plaisir !

Là où j’ai été un peu plus dubitative, c’est dans les progrès rapides de Sernin vers la rédemption. Avec le recul, comme dit plus haut, c’est sans doute parce qu’il était plus proche des humain-es qu’il ne le croyait. Il fait preuve de cruauté ? Les humain-es aussi. Mais cela n’enlève pas l’impression que son chemin s’est tracé facilement. Grâce à Agnès et aux Parfaits ? Grâce à Hermine ? L’amitié de celle-ci pour Sernin m’interroge d’ailleurs encore. Je comprends la forme de respect qui s’établit entre elleux, mais j’ai eu de la peine à concevoir un véritable attachement. Ce que Sernin fait pour elle alors que son âme s’éclaircit en est sans doute la cause ?

Au niveau psychologique donc, Le Cloître des Vanités ne m’a pas tout à fait convaincue. Pourtant, ce satané Sernin, je l’aime bien ! Il est diabolique (sans jeu de mots) et retors à souhait. Ce qui me frustre, c’est qu’en définitive, je ressors de ma lecture avec le sentiment de ne pas le connaître vraiment. Ai-je trop oublié sa nature démoniaque ? C’est possible. En revanche, comme je le disais, le chemin que parcourt Agnès m’a fait plaisir. La fin du roman m’a d’ailleurs clouée au siège. Cette fin, mais cette fin ! L’un des gros points forts du roman ! Préparez-vous, gardez le cœur bien accroché dans la cage thoracique. Mais si vous voulez pleurer… allez-y, ça fait du bien !

D’ailleurs, un petit mot sur la clôture de l’histoire. Manon Segur conclut son roman en reprenant les tournures des premières pages, bouclant ainsi la boucle. Le Cloître des Vanités est tout à fait cohérent et le montre, peut-être un peu trop, puisque, voyant que les paragraphes se reproduisaient sur plusieurs pages de suite à quelques détails près… je les ai tout simplement sautés. Oups. Bref, j’ai compris où l’autrice voulait en venir, aucun souci, mais ayant lu ce livre rapidement, mes souvenirs étaient trop frais pour que je ne trouve pas ces doublons superflus.

Autre point que j’aimerais soulever et qui, je pense, n’est pas du tout le fait de l’autrice, puisqu’il s’agit du travail éditorial. Si la mise en page est très belle et soignée, j’ai relevé quelques coquilles au fil de la lecture, et certaines phrases bizarroïdes qui me font penser qu’il y a eu quelques couacs avec le traitement de texte. Oh, et la prochaine fois que vous proposez une playlist en accompagnement, je vous en conjure, passez-nous aussi une URL, ou un code texte, ou toute autre chose qu’un QR code. Certaines personnes n’ont pas de smartphone ! En tant que lecteurice, c’est dommage de passer à côté des bonus !

Pour finir, merci à Manon Segur pour la dernière page du livre ! Elle nous y gratifie de quelques précisions quant au contexte historique et géographique. Relevons d’ailleurs le fait qu’elle a fait des études en histoire de l’art : bien que Le Cloître des Vanités ne soit pas un roman historique, il a sans aucun doute des choses à vous apprendre. Notamment en matière d’architecture gothique, n’est-ce pas ! 🙂

Vous pouvez d’ailleurs suivre Manon Segur sur Twitter, ainsi que Sernin le Bâtisseur en personne ! L’une et l’autre vous abreuveront de tweets et de threads sur les églises gothiques, photos à l’appui. Et vous aurez droit à encore plus de photos sur le compte Instagram de Manon !

Pour vous procurer Le Cloître des Vanités, c’est sur le site de Crins de Chimère… ou dans votre librairie ! 😉 Sinon, le roman existe en ebook !

Oh, et si jamais, je pose ici le booktrailer du roman, parce qu’un booktrailer, c’est quand même cool.

Merci à Manon Segur pour sa dédicace, et qu’elle soit rassurée quant au manque de chiens dans Le Cloître des Vanités ! J’aurais sans doute eu peur pour eux, de toute façon !

Photo by Zoltan Tasi on Unsplash


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