Bientôt, Stanley n’est pas mort, ce sera fini. Et j’étire la fin comme un chewing-gum liant ma semelle au trottoir, ou l’inverse. Je n’en sais rien. Il reste encore du boulot, de toute façon. Plus que je ne le croyais. Alors je m’inquiète, parce que j’espère quand même sortir Les Nuits du Dehors avant 2026. Alors je suis rassuré, parce que je sais où j’en suis. Parce que je gagne encore un peu de temps, avant le saut dans le vide. Et j’écris des lettres, comme celle-ci, des lettres à mon univers. Des lettres à cette histoire qui m’a aidé à rester en vie pendant quinze ans.
Avec, au ventre, la terreur de perdre le contact. Stanley est de moins en moins souvent là. Vicky ne vient plus – iel est parti⋅e mener la révolution et sait que je læ ralentirais. Après tout, ça fait un bail qu’iel m’attend, et qu’iel accepte que Stan fasse sans arrêt les allers-retours. Habituellement, quand j’arrive à sortir pour faire les courses, il y a au moins l’un d’elleux (toustes, pas seulement Stan et Vicky) pour m’accompagner. Même Lucien vient, quand il est d’humeur. Mais ce que j’ai pu être seul, ces temps-ci. Peut-être que j’étais trop déprimé, ou que j’avais trop peur de laisser ce monde prendre vie, alors qu’il ne me demandait de toute évidence pas tellement mon avis.
Et puis, la semaine dernière, en une fraction de seconde, voilà que j’étais avec Noah. C’est rare, qu’il soit là. On n’était même pas dehors pour quelque chose d’intéressant. J’étais avec Noah, il était avec moi, et il n’y avait aucune raison que cela se produise. Ou peut-être que si. Depuis que j’écris ses chapitres à la première personne pour LNdD, on s’est pas mal rapprochés – et sa voix est d’une beauté fulgurante, en plus, en tout cas pour moi.
Noah, en ce moment, il joue les électrons libres. Il explore et découvre le monde. Peut-être est-il juste venu répondre à ma crainte que, quand les gens partent sur de nouvelles routes, iels n’en reviennent jamais. Faut dire qu’en ce moment, je suis un peu chiant. J’étais avec Noah, et il n’y avait aucune raison qu’il soit là. Mais j’étais content, et lui aussi. Ce mec est trop pur pour tous ces univers ignobles.
Alors il m’a accompagné à la pharmacie, collé à moi jusqu’à l’entrée – il m’a attendu dehors. Pour interagir proprement avec les gens de mon monde, il fallait que je sois seul. Quand je suis sorti, il pleuvait. Noah m’a rejoint depuis son abri et raccompagné chez moi, avant de repartir à l’aventure. Il avait pris le temps de passer pour moi. Il reviendra vite – il n’est pas parti très loin, cette fois-ci. Je pense qu’il restera dans les parages jusqu’à la toute fin. Jusqu’à la dernière sortie. Et puis, je l’espère, il reviendra, de temps en temps, regarder les étoiles avec moi.
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