Archives des processus - Malone Silence https://malonesilence.com/tag/processus Histoires hantées Wed, 23 Jul 2025 21:49:03 +0000 fr-FR hourly 1 https://i0.wp.com/malonesilence.com/wp-content/uploads/2021/02/logo-site.jpg?fit=32%2C32&ssl=1 Archives des processus - Malone Silence https://malonesilence.com/tag/processus 32 32 188410031 Les « morally grey characters » et moi https://malonesilence.com/les-morally-grey-characters-et-moi https://malonesilence.com/les-morally-grey-characters-et-moi#comments Tue, 02 Jul 2024 17:21:18 +0000 https://malonesilence.com/?p=2950 Bon, à la toute base, je ne suis pas particulièrement fan de cette appellation, « morally grey ». Pas parce que je suis un puriste de la langue française (écrivant en inclusif, j’en ai perdu ma carte depuis longtemps), mais parce que pour moi, un bon personnage est nécessairement « morally grey ». Un Lire la suite

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Bon, à la toute base, je ne suis pas particulièrement fan de cette appellation, « morally grey ». Pas parce que je suis un puriste de la langue française (écrivant en inclusif, j’en ai perdu ma carte depuis longtemps), mais parce que pour moi, un bon personnage est nécessairement « morally grey ». Un être humain est, au moins un peu, « morally grey ». On a toustes nos zones d’ombre, nos faiblesses, nos traces d’égoïsme. Ça ne signifie pas que l’être humain est mauvais par nature, au contraire. Avoir conscience de nos « travers », qui ne sont à mon sens que des traces de nos peurs et de notre instinct de conservation, peut nous permettre d’être de meilleures personnes. De mieux agir, en tout cas. Mais je digresse, et je vais éviter d’enfoncer davantage de portes ouvertes que d’habitude, on n’est pas là pour ça.

Je ne vais pas parler du phénomène en lui-même, des tas de gens l’ont déjà fait et le font encore, et je ne m’estime pas compétent pour ça. On va seulement partir du concept de base pour parler processus et évolution créatifves. C’est une petite réflexion personnelle qui me trotte dans la tête depuis un petit moment. Depuis que j’ai lu BEINHAUS, en fait. Partons sur des évidences : on peut écrire une excellente histoire, alignée avec ses valeurs en plus, avec les personnages les plus détestables de l’univers. Des personnages peuvent être intéressants sans être attachants. On peut écrire sans ses ami·es imaginaires… ou se faire des « morally grey imaginary friends ».

Morally grey characters, level 0 : Stanley

J’ai parlé de mon rapport à Stanley Ellington en long, en large et en travers : c’est mon premier personnage, mon premier amour, une âme sœur depuis toujours et jusqu’à la fin. Ce que je cherchais au moment où je l’ai trouvé, c’est un ami fictif. On a grandi ensemble. On s’est sortis du pire de la maladie ensemble. Il a même accompagné ma transition, enfin… il a transitionné avant moi. Prophétie auto-réalisatrice de l’écrivain·e, comme en parlait l’autrice Morgane Stankiewiez en conférence.

Portrait de Stanley Ellington, homme blanc, brun aux yeux bleus, émacié.
Portrait de Stanley par The Red Lady

Au départ, avec Stan, je cherchais moins à explorer la psyché humaine qu’à trouver un peu d’espoir dans cette humanité. J’ai compris plus tard que l’un n’allait pas sans l’autre – sans quoi, Les Hurlements noyés ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Et puis, il a accompagné mes débuts d’écriture, à l’époque où je pensais encore qu’il fallait, quoi qu’il arrive, être du côté du personnage principal.

En grandissant, je suis devenu plus lucide sur mes propres défauts, et sur ceux de Stanley aussi, humainement parlant. Dans LHN et sa suite, Les Pleurs du Vide, c’est assez évident : il est animé des meilleures intentions du monde, mais coincé dans une inertie, une terreur et un désespoir qui s’avéreront destructeurs. Bon, ce qui s’est passé aussi, c’est que Stanley est un peu devenu une allégorie au fil de ma prise de recul. Reste que c’est l’un de mes personnages les plus « purs » et authentiquement gentils.

Morally grey characters, level 1 : Archie

Archie David assis face à son ordinateur avec sa tasse fumante, avec son terre-neuve qui bave sur la table et sur ses feuilles. La scène se passe le soir si l'on en croit la nuit étoilée par la fenêtre de derrière et la lumière tamisée. Dessin à l'aquarelle + pastels secs.
Portrait d’Archie (et Orlando le terre-neuve) par Pikkulef

J’ai pas mal parlé d’Archie en newsletter, mais encore peu sur le blog, parce qu’il arrive dans le tome 3 de la trilogie de Stanley. En revanche, j’en ai discuté sur mes réseaux et avec pas mal de gens ! Il est né en 2019 (je vous parlerai de son origin story, promis) et je l’adore. Archie, c’est mon comfort character personnel ! Et pour le coup, je voulais un personnage, comme Stanley, profondément bon mais… peut-être un peu « morally grey ». Disons qu’on sortait de l’altruisme sacrificiel, né d’une certaine culpabilité, pour sa forme plus saine, avec une pointe d’égoïsme. Vous savez, le self-care dont on parle si souvent – bon, Archie s’est révélé très mauvais en la matière. Son égoïsme s’est mué en fierté mal placée et son altruisme en tendance à la surprotection !

Archie David est ingérable, maladroit et aussi fatigant pour son auteur que pour ses camarades de galère, ce qui en fait indubitablement moins un personnage « morally grey » qu’un gentil excessif sur tous les plans. S’il y a une trace de « mauvais » en lui, elle ressort surtout face à l’inéluctable chute des personnes qui ont fait du mal à celles qu’il aime. Il sort alors le pop-corn et se marre. Si fort. 🤭

Bref, là où Stanley serait d’alignement neutral good, Archie est le chaotic good dans toute sa splendeur. (Je l’aime.) Et donc, encore une fois, rien de « méchant » dans ce second membre de ma triade rapprochée. Oui, parce que les personnages dont je suis le plus proche dans l’univers de Stanley n’est pas mort sont trois, et le troisième…

Morally grey characters, level 5 : Lucien

Le personnage représenté en image à la une de cette article, c’est Lucien, sous les traits de l’acteur Adrien Brody – qui, pour le coup, a pu faire preuve d’un sens moral… franchement discutable… Un peu chiant que Lucien soit en partie né de lui, quand même. Et franchement ironique, étant donné la backstory horrible de Lucien. Mais encore une fois, on digresse.

morally grey characters

Lucien David, c’est le cousin d’Archie, et il taffe dans l’informatique. Ce sont les deux premières choses que j’ai sues à son sujet. Il est arrivé par hasard, surgissant de traumatismes enfouis dans l’inconscient du cliché d’auteur tourmenté que je suis. Et puis, au dernier moment, la vérité a éclaté : Lucien tue des gens. Tout simplement. 🔪 Plus précisément, il tue des pédocriminels pour protéger ses enfants, ainsi que pour d’autres raisons moins nobles, comme une colère étouffée depuis qu’il en a été lui-même victime. (Quand je parlais d’ironie…) Niveau « morally grey », je crois qu’on entre dans les clous, non ?

Lucien est le personnage le plus cathartique que j’aie écrit jusque-là. Dans ses actes, comme dans ses hantises et les émotions qui menacent de le briser à tout moment. Avec lui, on aborde des thèmes tellement durs que je ne sais même pas comment le roman qui lui sera consacré sera marketable. (Vraiment, j’ai du mal à imaginer, à l’heure actuelle, comment animer une campagne de financement avec une histoire pareille.) Est-ce qu’il s’en sortira, connaîtra-t-il une rédemption, lui en faut-il une ? Les réponses ne sont pas encore claires et je ne sais pas si c’est important pour le moment. (A l’heure actuelle, une grosse partie de premier jet est écrite, je me prépare à repartir sur un nouveau, et on en est toujours au stade de la descente aux enfers.)

Je ne sais même pas si je vous écrirai un article sur Lucien, en fait. Dès que j’écris avec lui, ça part en logorrhée traumatique, et nous sommes extrêmement proches tous les deux. C’est la première fois que j’ai une telle proximité avec un personnage sans lui trouver des excuses, sans le condamner non plus, juste… Ce qu’il fait est là. Et on plonge ensemble.

Il y a des limites qu’on ne dépasse pas, certes. Parce qu’on n’en a pas besoin. Parce que ce serait contre-productif, parce que mon écriture doit garder son côté thérapeutique. Je ne crois pas en une plongée gratuite dans ce qui choque, ce qui choque qui d’ailleurs ? Bref, si j’aime ce personnage, c’est qu’il y a une raison. Si nous sommes proches, c’est qu’il y a une raison. Peut-être sa logique et son sens moral personnel résonnent-iels un peu trop profondément en moi, aussi !

Les niveaux supérieurs : le « morally grey » sans attachement

Bon, il y a un stade où on peut cesser d’employer ce terme, non ? Est-ce qu’on peut parler de « morale grise » quand le personnage est juste un salaud ? J’ai sans doute un gros biais, mais quand on me présente des persos comme « morally grey », j’ai souvent peur que ce soient juste de bonnes raclures de bidet. A qui on finit par pardonner parce que… ?

Cela dit, écrire des connards, c’est cool aussi. J’ai bien sûr évoqué BEINHAUS plus haut, niveau lecture. Et question écriture… J’ai déjà parlé ici de projets auxquels je n’ai pas du tout le même rapport qu’à Stanley n’est pas mort. Soit, en réalité… à peu près tous mes projets en dehors de cet univers. J’ai le Stanleyverse, j’ai mon socle : je peux désormais pousser l’exploration plus loin. Fouiller ailleurs dans les tiroirs… sans plus avoir peur de ce que je pourrais y trouver ? Sans craindre d’y trouver des choses « à excuser » à mes personnages parce que je les aime ? Je dis pas, on peut aimer ses connards fictifs. A titre personnel, au-delà d’une certaine limite, c’est impossible.

Pour revenir une dernière fois à BEINHAUS, Saint Gris a prouvé qu’on pouvait aborder des thèmes difficiles et écrire des êtres répugnants, et en faire les protagonistes principaux, sans pour autant cautionner leurs actes (ni être moralisateurice non plus, au cas où ce genre de critique pointerait le bout de son nez. Un coup faut dénoncer, un coup on dénonce trop, faudrait savoir1). C’est un truc que j’ai envie de réussir à faire aussi. Juste surplomber mes personnages2, et regarder… Je me sentirai proche d’eux sur certains points, et c’est normal. Entre êtres humains, réels ou fictifs, on a trop en commun. Et c’est aussi comme ça qu’on peut trouver un exutoire3, guérir même à travers les personnages les plus horribles.

Et quand le « morally grey » bascule ?

Parce qu’on peut si facilement tomber dans son propre piège.

Ce que je vais dire là renvoie un peu à ce que je disais dans mon article sur Ghostland [EDIT : il n’existe plus, mais j’aime toujours bien ce passage] :

Pour moi, les films, c’est un peu comme mon entourage. Les films que j’aime sont un peu comme les personnes que j’aime. Beaucoup d’émotions, beaucoup d’imperfections, parfois il faut avoir de très sérieuses conversations et parfois… Eh bien, quand ça devient trop problématique d’une manière ou d’une autre, il faut juste lâcher.

Alors, si un personnage de ma triade sacrée basculait dans l’intolérable ? J’y crois absolument pas. Je ne veux pas y croire. Mais quand on nous rapporte des actes horribles de personnes qu’on aime et croyait connaître, on ne veut pas y croire non plus. Évidemment, c’est techniquement différent. On a bien davantage de pouvoir sur nos univers fictifs que sur la vraie vie de la réalité véritable. Ça vaut même pour les univers des autres, les univers que l’on reçoit. J’ai, comme tout le monde, des headcanons. J’ai assisté au revirement de personnages fictifs auxquels j’ai refusé de croire, et c’était facile. Si c’est faux, c’est facile. Quand on a un comfort character, on fait tout pour le garder.

Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça, pas vrai ? Il faut faire face. Faire face à l’horreur, faire face à nos sentiments, faire la part des choses. Et séparer une personne de l’idée qu’on s’en fait, cette idée qu’on a aimée.

Je suis persuadé que les morally grey characters peuvent nous faire grandir. Ils peuvent nous apprendre à gérer notre attachement, nos illusions, tout comme ils nous enseignent les limites de notre sens moral. On a tendance à idéaliser les personnes qu’on aime – Lucien et moi, on sait bien ce que c’est. L’amour qu’on a pour une personne finit par avoir plus d’importance que la personne elle-même. Et c’est important, l’amour, c’est un sacré carburant pour vivre, pour créer, pour tout. Reste encore à apprendre d’où il vient, quels en sont les ingrédients, comment l’utiliser, où se trouve la part d’illusion. Et à questionner, toujours, notre rapport aux histoires, aux autres et à nous-mêmes4.


  1. Je vais pas vous mentir, pour moi, s’il y a une accusation du genre ou de « manque de subtilité », il n’y a que deux possibilités : soit læ destinataire est de base réfractaire au message et l’aurait rejeté quelle qu’en soit la forme, soit l’auteurice s’est narrativement chiæ – ça arrive. Que ce soit parce qu’iel n’y croyait pas vraiment au fond, ou parce qu’iel n’a pas assez fait confiance au lectorat, ou par simple maladresse parce qu’écrire, c’est pas toujours simple, mine de rien. Dans tous les cas, ça veut pas (forcément) dire que le message pue ou ne mérite pas qu’on s’y attarde. Quoique… dans certains cas, on peut effectivement voir cette troisième possibilité. (Est-ce que cette note de bas de page sert à quelque chose ?) Ah, et aussi : quand même, on cherche parfois beaucoup moins à être dans la dénonciation que dans le fantasme et/ou la glorification de son propre ego. Oui, je pense aux scènes de viol ultra graphiques, et à une flopée d’écrits d’auteurices blanc·hes sur l’esclavage et le racisme aussi. ↩︎
  2. Mais en même temps, j’aime bien être à leur hauteur, pour en apprendre des trucs et… être avec eux, quoi. En tout cas, je n’aurais pas pu surplomber les personnages du Stanleyverse. ↩︎
  3. Et puis, on peut extérioriser par les situations dépeintes autant que par les personnages. Enfin, là ne va pas sans l’autre évidemment, mais j’ai l’impression que ça devient plus facile pour moi de ne plus utiliser les personnages comme béquille, comme filtre entre ces situations et moi. C’est sans doute aussi pour ça que j’avais besoin de ma Sainte Trinité, le temps de grandir et de faire face tout seul. Je sais pas, j’aime bien cette théorie. ↩︎
  4. Bravo Malone, tu pouvais pas faire plus générique encore ? ↩︎

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Personnages féminins : s’y attacher et les écrire https://malonesilence.com/personnages-feminins-ecriture https://malonesilence.com/personnages-feminins-ecriture#comments Thu, 18 Aug 2022 14:23:22 +0000 https://malonesilence.com/?p=1028 Quand j’étais enfant, en fiction, je ne m’intéressais qu’aux personnages féminins. Genré fille et déjà mis en concurrence avec les garçons, à l’école ou ailleurs, j’avais conscience que quelque chose de plus important se jouait lorsque, à l’écran ou sur les pages, un rapport de force s’instaurait entre une fille Lire la suite

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Quand j’étais enfant, en fiction, je ne m’intéressais qu’aux personnages féminins. Genré fille et déjà mis en concurrence avec les garçons, à l’école ou ailleurs, j’avais conscience que quelque chose de plus important se jouait lorsque, à l’écran ou sur les pages, un rapport de force s’instaurait entre une fille et un garçon, entre une femme et un homme. Pourquoi voyais-je toujours les hommes avoir le dessus sur les femmes, les malmener physiquement ou psychologiquement, et avoir le dernier mot ? C’est aussi ça qui m’a mené à avoir peur de ma « condition de femme » autant que des hommes. A en avoir honte, aussi. Bref, le patriarcat ça cause des dégâts, à l’Ouest rien de nouveau.

Enfants, notre apprentissage de la réalité passe en grande partie par la fiction. Et, qu’on l’admette ou non, c’est encore largement le cas quand nous avons atteint l’âge adulte. Alors oui, j’étais irrité, en colère, triste puis désespéré du destin des personnages féminins, auxquels je m’identifiais alors. Avoir peur pour ces femmes, tout le temps, me faisait me sentir mal. J’étais presque écœuré de les voir sans cesse en position de faiblesse, quelle que soit la situation. Je désespérais de voir un de ces personnages s’en sortir sans l’aide d’un homme.

Je ne vais pas m’étendre ici sur l’importance de la représentation : d’autres, comme La Booktillaise ou darksideofthemoune, l’ont déjà très bien fait, et je vous invite à les lire. Mais il me semblait logique de commencer par là. On en parle depuis si longtemps, de l’écriture de personnages féminins – et, de manière plus générale, de personnages ne correspondant pas au modèle dominant : masculin, blanc, cis, hétéro, etc. Ce modèle dominant et le cadre préétabli, en plus de ne pas être représentatifs, sont un frein à la créativité et brident l’imaginaire. Et donc, comment on en sort ? Avec pas mal de boulot. Petit partage d’expérience.

I) La réponse émotionnelle

J’avais autrefois parlé du processus derrière la création du personnage d’Allison Griggs, pour Les Hurlements noyés. Allison Griggs est née de mon besoin, à treize ans, de me créer un personnage féminin monstrueux pour terrifier les hommes. Le concept a depuis beaucoup évolué – rien d’étonnant en dix ans. J’ai fait de mon mieux pour traiter quelque chose d’assez complexe et j’espère avoir réussi, sans en être tout à fait sûr.

Stanley, le personnage principal, est un mec. Si ça m’a permis d’aborder des thèmes très personnels, mon but premier, celui de mes 13 ans, était ailleurs. Quand j’ai créé Stanley, c’était pour avoir un comfort character – le mien. J’éprouvais le besoin d’un comfort character masculin dans un monde où les hommes me terrorisaient et où, dans le même temps, je pensais devoir les aimer et être aimé d’eux pour être heureux. Autre problème : je ne me voyais pas faire trop souffrir mes personnages féminins. Je les voyais en baver partout, je n’en pouvais plus. Or pour moi, l’écriture est cathartique. J’ai besoin d’aborder des thèmes durs, de parler de traumatismes. Alors j’ai utilisé des personnages masculins pour ça. Mon attachement étroit pour eux en a résulté – mes trois persos fétiches, c’est Stanley, Archie et Lucien.

Ajoutez-y la misogynie intériorisée et le manque de personnages féminins authentiques en fiction, et le serpent se bouffe la queue jusqu’aux côtes.

II) Un peu d’espoir, et le début du boulot

J’ai tout de même quelques contre-exemples sous la main, évidemment. J’en ai toujours eu, et vous aussi. On pensera sans doute aux mêmes personnages féminins – bah oui, il y en a encore trop peu dans la masse. De bons, je veux dire.

En tant que fan de Silent Hill, j’ai connu Heather Mason assez tôt. Elle a en partie servi d’inspiration pour Vicky, un de mes personnages préférés à l’heure actuelle. Mon attachement à un univers en tant que fan m’a-t-il aidé à me rapprocher d’un de mes personnages féminins ? (Oui, Vicky est sur le spectre non-binaire, mais je ne l’ai su que plus tard. Reste que cela signifie sans doute beaucoup sur mon processus, sur ce que mes personnages m’ont appris sur moi-même, etc.) Peut-être. Ou alors, j’étais juste heureux de rencontrer des personnages féminins attachants et authentiques !

C’est plus tard, pendant le sensitivity reading de LHN, que j’ai aussi commencé à éprouver quelque chose pour deux autres de mes personnages féminins : Sally et Ariane. Ce travail m’a poussé à les développer, à plonger le plus profondément possible dans leur psyché. C’était quelque chose que je n’osais pas faire, que j’ignorais comment faire sans que le résultat soit mauvais. Si Sally est un bon personnage, c’est grâce à l’aide d’Oyaomi ! Et mine de rien, ce travail a été libérateur. J’ai eu besoin d’un coup de pouce, mais écoutez, qu’il en soit ainsi ! C’est pas grave. La création, c’est beaucoup plus collectif qu’on ne le croit.

III) Comment travailler tout ça ?

L’une des solutions communément proposées est de considérer les personnages féminins « comme des personnages masculins ». Parce que les personnages masculins, eh bien, ce sont des personnages tout court, c’est la norme, c’est ce qui est neutre – haha. Bref, ça peut être un point de départ, mais ça pose d’autres soucis. On peut parler des personnages de « femmes fortes« , cette force étant souvent leur seul trait de caractère, mais pas seulement. Reprise de comportements problématiques de mecs, sexualisation à outrance, manque général de profondeur… (Je vous invite à lire l’article de Bon Chic Bon Genre à ce sujet.) De plus, si l’on s’inscrit dans un récit plutôt réaliste, l’identité de genre d’une personne est un élément constitutif de son appréhension du monde, de même que son orientation, le fait d’être racisæ ou non…

Assigné fille et perçu ainsi, j’ai vécu l’éducation, les relations humaines, la violence aussi, d’une manière différente de celle d’un homme cis. Les biais auxquels je dois faire face peuvent être différents. Chaque individu-e à son histoire, fruit d’une histoire collective longue et complexe. Dans ce cas, que faire ? Apprendre ! En diversifiant les fictions et la non-fiction que l’on consomme, en suivant des militant-es sur Internet (@lydieinthetrain, @AlbinEien, @BananaLicorne, @bibliofeel_, @Sarah_Ghey, @bookeylae, @lecturesensible…), en écoutant parler son entourage… et/ou, comme j’en parlais plus tôt, en faisant appel à des sensitivity readers quand il s’agit d’écrire ! En effet, parfois, notre position diffère tellement d’une autre qu’on ne peut totalement s’y imaginer. Si j’ai sollicité une SR, c’est parce qu’en tant que personne blanche, je ne peux comprendre pleinement le vécu d’une personne noire ainsi que les oppressions dont elle est victime. Bref, les ressources sont partout !

Restait, en ce qui me concerne, à travailler sur l’aspect affectif de l’écriture des personnages féminins, évoqué plus haut. Le travail est bien sûr toujours en cours !

IV) S’attacher à ses personnages

Je me suis rapidement rendu compte que j’avais un souci. Quand j’invente un personnage, je commence souvent par son physique. Sans doute un coup de ma mémoire photographique, ou le simple fait qu’une première rencontre passe souvent par là. Avec mes personnages féminins, c’est un souci parce que je ne peux pas m’empêcher, dans un premier temps, de les imaginer dans la norme : blanches, minces, valides… A l’image de la plupart de nos modèles, encore aujourd’hui.

Ainsi, j’ai su très tard que Sally Parkins était noire et avait un vitiligo. Ariane, sa sœur, s’est révélée grosse et handi quelques mois après sa naissance dans ma tête. Il m’a fallu quelques jours pour comprendre que Mélodie Anglade était une femme transgenre. Il faut toujours que les points les plus importants de leur identité me viennent sur le tard ! C’est aussi pour ça, j’imagine, que je suis un auteur un peu lent ? Là-haut, c’est aussi lent, trop lent.

A côté de ça, mes personnages masculins, quand ils ne sont pas des antagonistes ni l’incarnation de ce qui me terrifie, sortent du cadre directement. Ils sont au moins queer, neuroatypiques ou les deux en même temps. J’ai pris l’habitude d’extérioriser à travers eux ; à moi de faire en sorte que ça change, pour que mes personnages féminins deviennent tout aussi importants, pour moi comme pour l’histoire. Est-ce que cela signifie obligatoirement soigner mes traumatismes à travers eux ? J’ai longtemps craint de les malmener, parce que je me malmenais moi-même, ayant en tête qu’en tant que fille, j’étais une petite chose fragile. Mais Vicky, Sally, Ariane m’ont appris que je pouvais, à différentes échelles, utiliser les personnages féminins à des fins thérapeutiques. J’ai appris que je pouvais leur faire confiance.

V) Guérir du patriarcat

Parce que c’est de ça qu’il s’agit, finalement. Se défaire de la misogynie intériorisée, de la honte, de la peur de cette « féminité intérieure » et de toutes les conneries qui vont avec. C’est là que j’ai trouvé la principale fonction thérapeutique des personnages féminins. Oui, ils peuvent m’aider autant que leurs homologues masculins, en inventant de nouvelles façons de guérir, de nouvelles sororités, parfois de nouveaux moyens de se défouler et d’extérioriser. Une autre manière de faire face à la violence du monde. Mes personnages féminins sont porteurs d’espoir, parce que ce sont les femmes et le féminisme qui me l’ont rendu et m’ont permis d’avancer, voire de sortir de schémas et relations toxiques.

Il y a quelque temps, j’ai lu Eaux Troubles, un slasher féministe ultra cathartique. L’une des histoires les plus libératrices que j’aie pu lire. J’y repense souvent, aux aventures de ce groupe de filles réclamant vengeance et s’unissant contre leurs agresseurs.

Bien sûr, je ne crois pas qu’il faille obligatoirement ce côté positif dans l’écriture de personnages féminins et de leur histoire. Mais ça aide – je vous renvoie aux liens postés plus haut : les représentations positives, on en a besoin. Si je supporte aussi bien (voire apprécie, osons le dire héhé) que les mecs fictifs s’en prennent plein la poire, quand bien même je me suis attaché à eux (parfois c’est même à cause de ça, nous le savons toustes !) c’est qu’il a été montré de multiples fois qu’ils pouvaient s’en sortir. Je suis alors loin de la fatigue désespérée, et parfois de la violence ressentie face à la représentation d’une femme sans défense. Les meufs s’en prennent plein la gueule, dans la réalité et dans la fiction. Je suis de celleux qui ont besoin d’espoir pour elles.

Conclusion

Alors, pour l’instant, on fera comme ça.

En dehors des femmes qui tiennent des rôles d’antagonistes, je continuerai à chercher l’espoir. J’écrirai des personnages féminins humains, parce que les femmes sont avant tout des gens. Parfois, j’écrirai leurs traumatismes, et comme toujours avec moi, ce sera sombre. J’écris toujours du drame, de l’horreur psychologique. Mais je n’ai jamais cherché la fascination morbide. J’ai écrit Les Hurlements noyés comme un exutoire et dans une volonté de montrer les conséquences des traumatismes. Les violences systémiques ne sont pas un spectacle.

Évidemment, en ce qui me concerne, le plus dur, c’est les violences sexuelles. Je sais que si j’écris des personnages féminins victimes de VSS, je me sentirai mal. Et je craindrai que les hommes n’érotisent ça. Si je traite ces violences à travers des victimes masculines, c’est aussi pour ça. Du rape and revenge, des femmes physiquement vulnérables et réduites à la soumission dans ce contexte… J’en ai bouffé, on en a bouffé. Consommer et écrire ça m’est devenu insupportable. Mais alors, ça contribue à me rapprocher encore des personnages masculins, non ? Oui. Je me rapproche de mes personnages féminins différemment, voilà tout.

Peut-être trouverai-je d’autres solutions dans le futur, d’autres moyens d’attachement et de rendre mes personnages féminins importants. En attendant, celle-ci, je la trouve belle, et j’espère que vous la trouverez belle aussi.

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« Les Pleurs du Vide » : chronique d’une écriture chaotique https://malonesilence.com/les-pleurs-du-vide-chronique-dune-ecriture-chaotique Mon, 16 May 2022 14:16:35 +0000 https://malonesilence.com/?p=917 Peut-être est-ce le premier article d’une série. Ou peut-être en écrirai-je seulement un deuxième, quand l’écriture de Les Pleurs du Vide sera finie. Je ne sais même pas s’il aura un quelconque intérêt pour d’autres personnes que moi. J’essaie de mettre un peu d’ordre dans ma tête, ou de me Lire la suite

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Peut-être est-ce le premier article d’une série. Ou peut-être en écrirai-je seulement un deuxième, quand l’écriture de Les Pleurs du Vide sera finie. Je ne sais même pas s’il aura un quelconque intérêt pour d’autres personnes que moi. J’essaie de mettre un peu d’ordre dans ma tête, ou de me prouver que j’avance malgré tout, malgré l’irrégularité. Pas que l’écriture de Les Pleurs du Vide soit plus difficile que celle de Les Hurlements Noyés. Disons qu’elle l’est d’une autre manière, tout comme le plaisir en est différent.

J’ai décidé d’intégrer quelques-uns de mes tweets à cet article. Après tout, ils parlent d’eux-mêmes – et puis c’est drôle.

Vraiment l’écriture de #LesPleursDuVide c’est les montagnes russes constantes finalement^^
Enfin c’est un peu pareil pour tous mes projets, un coup je stresse, un coup c’est l’éclate, un coup c’est les deux à la fois… Dites-moi si vous en avez marre 😆

(@MaloneSilence) April 15, 2022

Ah et ptn la version antérieure de LPdV était super chaotique mais j’ai gardé des chapitres parce qu’ils sont bien comme ça, MAIS du coup ça me pousse à écrire dans les « trous » entre les chapitres préexistants

(@MaloneSilence) April 16, 2022

(Ça, j’en avais parlé dans l’article linké ci-dessus ! J’ai même cru devoir déplacer des chapitres. Ce sera peut-être le cas, mais pas pour le moment. Par contre, les chapitres en cours se rallongent. Pas grave.)

Mais vraiment écrire un tome 2 dans une trilogie quel enfer quand t’es auteur jardinier ^^ Vraiment après les trois tomes de « Stanley n’est pas mort » je risque de faire des one-shots quelque temps – d’ailleurs pour le moment mes spin-off sont tous des OS

(@MaloneSilence) April 16, 2022

(Je vous rassure, j’aime toujours autant ce que je fais. Mais sur l’écriture de Les Pleurs du Vide, j’ai parfois besoin de quelques craquages !)

Commençons par le début.

En septembre dernier, je terminais l’écriture de LHN. Et puis, le sentiment de vide, et l’envie de continuer, et la peur d’avancer. Si vous êtes auteurice, il y a des chances que vous voyiez de quoi je parle. Et puis, quand même, j’ai passé dix ans sur LHN. C’est beaucoup. J’ai eu ce but pendant dix ans. Alors, même en sachant que l’écriture de Les Pleurs du Vide m’attendait, j’avais l’impression de ne plus avoir de but du tout. La campagne Ulule de LHN était derrière moi, avec ce rush intensif qui m’avait laissé sur les rotules. Après ça, je me sentais presque désœuvré. Il y avait bien les ventes de LHN à assurer derrière, et sur le long terme. Ce qui est bien différent, surtout quand on débute.

Puis la pression, pour faire un tome 2 aussi bon que le 1 – si j’en crois vos retours sur Babelio ou Goodreads, Les Hurlements noyés vous a plu en tout cas ! Bref, la pression, et la fatigue. En ce moment, je suis tout le temps fatigué, et écrire fatigué, j’ai un peu de mal. Et quand je ne suis pas fatigué…

Eh bien, je ne sais pas, écoutez.

J’ai déjà fait part, dans l’article sur la fin de LHN (toujours linké plus haut), de mes doutes quant à l’écriture de Les Pleurs du Vide. Si j’étais capable de continuer alors que j’allais mieux, ce genre de choses. Finalement, j’ai traversé un épisode compliqué début 2022, alors j’imagine que la question ne se pose plus ? Je suppose, oui. Puisque je suis arrivé à la conclusion que dans un fort état d’anxiété, je ne pouvais pas être très productif de toute manière !

En réalité, je n’en sais rien. Je sais juste que je n’allais pas bien, et que je n’ai presque pas écrit durant cette période. Pas sur Les Pleurs du Vide, en tout cas.

J’ai « extériorisé des trucs avec Lucien », comme je disais. Puis Archie et Tag ont commencé à s’agiter dans ma tête. Du coup j’ai écrit sur eux, ça me faisait du bien.

Du coup voilà j’ai passé mon trajet en train à écrire sur Archie et Tag qui partent en vacances – finalement c’est accurate

(@MaloneSilence) March 28, 2022

Et comme d’habitude, ça a pris de drôles de proportions.

J’avais pas prévu d’écrire de romance/d’histoire d’amour magnifique qui transcende le temps et l’univers, en partie parce que je crois moyennement à ça, mais avec Archie et Tag ça devient de plus en plus compliqué de pas le faire, du coup je vais sans doute le faire

(@MaloneSilence) March 27, 2022

Sachant qu’à la base, je devais juste parler d’Archie et Tag dans le roman de Lucien. Je ne m’imaginais pas du tout écrire un spin-off dont la romance serait la trame principale. Du coup, je pensais juste que Lucian, comme ce roman s’appelait à ce moment-là, aurait juste deux intrigues liées entre elles. Ça se fait, hein, ça se fait ! (EDIT : Je pense qu’on suivra toujours les deux parcours, celui de Lucien et celui d’Archie et Tag, dans le même roman. Ils restent liés, malgré tout, de façon très étroite. Les dissocier n’aurait pas tellement de sens, je crois. On s’en tiendra donc à ce que je disais dans le tweet ci-dessous !)

je vais probablement laisser le récit de l’histoire d’Archie et Tag dans le roman de Lucien, comme les deux histoires sont très liées – et changer le titre, du coup, vu que ce n’est plus seulement l’histoire de Lu. Bref ce roman continue de grossir. 👀

(@MaloneSilence) April 9, 2022

Tout a explosé, comme il se doit au Kraken je suppose. L’histoire Archie/Tag est devenu un truc gigantesque, alors que leur relation devenait de plus en plus importante pour moi. Archie David, c’est à la fois mon comfort character et un moyen inestimable d’extérioriser des choses dont je ne soupçonnais même pas qu’elles devaient l’être. Du coup, lui aussi a commencé à prendre toute la place. Alors que monsieur n’est censé apparaître qu’au troisième tome de la trilogie. Je ne pouvais pas reprendre l’écriture de Les Pleurs du Vide, pas tout de suite. C’est comme ça que je fonctionne, pour le meilleur comme pour le pire : si un personnage et son histoire m’appellent, je dois m’y consacrer. Si vous me suivez sur Twitter, vous avez vu le résultat :

J’ai bien peur qu’Archie ne me lâche pas tant que j’aurai pas fini d’écrire le premier chapitre du tome 3 avec tous les sous-chapitres, mais écoutez si après jpeux écrire #LesPleursDuVide l’esprit disponible^^

(@MaloneSilence) April 10, 2022

(Oui, Archie apparaît dès le premier chapitre du tome 3. Il lui est consacré tout entier ! Les autres persos, ceux que vous connaissez, reviennent ensuite, au chapitre 2… J’imagine ?)

Je suis retourné sur une nouvelle que j’avais commencé, une préquelle sur mon comfort character aka Archie (qui est surpris) et je suis à deux doigts de l’inclure dans les premiers chapitres du tome 3 (qui est surpris²)

(@MaloneSilence) April 10, 2022

(Je parle de RATURE. Elle sera publiée sur ce site après Wattpad !)

Il est pas mal l’incipit de mon tome 3 en vrai
Bon tu sens quand même le moment où je me lâche enfin et où ça devient bon ^^

(@MaloneSilence) April 9, 2022

Bon, c’était un peu le calme avant la tempête, finalement.

Je vous jure dans ma tête c’est le bordel donc on va prendre les choses dans l’ordre MAIS QUEL ORDRE OMG
Je sais juste que je dois finir le chapitre 1 du tome 3 et RATURES parce que sinon j’aurai pas l’esprit libre avec Archie qui court partout là

(@MaloneSilence) April 11, 2022

J’étais censé avancer sur l’écriture de LPdV pendant le CampNaNo. Censé ! Mais je me suis dit que, quelque part, écrire sur Archie, c’était aussi avancer. C’était me libérer l’esprit. C’était y voir plus clair pour la suite. Bref, c’était bien aussi.

Bref.
J’ai plutôt écrit sur les trucs dont je dois libérer ma tête que sur #LesPleursDuVide, mais sans ça j’ai du mal à écrire LPdV, donc… ces mots écrits me permettent à terme d’avancer sur LPdV, vous voyez ?^^

(@MaloneSilence) April 15, 2022

En bonus, j’ai même trouvé des réponses aux questions que je me posais pour ce tome 2. Parce qu’elles auraient des conséquences sur le 3, eh oui. Logique. Tome 3 pour lequel j’ai dû rebooter quelques trucs, déjà, notamment la relation Archie/Mélodie – j’en parle juste ici, dans un thread qui a plutôt intéressé, finalement. Bref, j’ai avancé, j’ai progressé, j’ai trouvé.

N’empêche que devoir reprendre/reboot des éléments de mon univers me fait plaisir, ça veut dire qu’il continue d’évoluer, de grandir, que je trouve des réponses et que mine de rien je bosse bien^^

(@MaloneSilence) April 21, 2022

Bref y’a eu un gros kaboom dans mon univers encore – mais au moins les deux premiers tomes de #StanleyNEstPasMort sont épargnés (non, pas le troisième, vu que Mélodie était censée y être) (mais je peux faire un truc sympa)

(@MaloneSilence) April 21, 2022

La bonne nouvelle du jour, c’est que j’ai trouvé comment ça allait se passer avec Allison dans le tome 3. ça va pas en se simplifiant cette trilogie, c’est moi qui vous le dis^^

(@MaloneSilence) May 8, 2022

Ces temps-ci, Archie et Tag se calment un peu. Excepté le soir, alors que j’essaie de m’endormir. C’est souvent eux qui m’accompagnent dans le sommeil, pour tout un tas de raisons. Enfin je crois. Quoi qu’il en soit, après avoir passé du temps avec eux et un après-midi dehors pour reprendre l’écriture de Les Pleurs du Vide, j’ai pu recommencer à avancer. J’ai retrouvé des idées. Les personnages sont revenus me parler – dont Stanley, qui commençait à me manquer sérieusement.

Le fait qu’écrire autre chose que ton projet principal décuple le plaisir que tu as à y retourner me réjouit plutôt

(@MaloneSilence) April 5, 2022

Aujourd’hui j’ai dû commencer à écrire mon chapitre à la main pour me débloquer. Je me suis dit que comme ça, si je partais sur un autre support, en mode yolo, dans mon carnet un peu défoncé, ça allait me libérer l’esprit.
Bah c’est validé. 👍

(@MaloneSilence) April 8, 2022

Quelque chose d’autre m’a aidé : reprendre conscience que je me surmenais un peu et que l’écriture, c’était aussi les moments off pour que l’inspiration revienne. A force de me mettre la pression, j’avais fini par me mettre la tête dans le guidon, vous voyez.

L’écriture c’est aussi ces sas de décompression, ces moments d’observation de ce qui nous entoure, c’est vivre tout simplement. Je sais que j’enfonce une porte ouverte, mais eh, on l’oublie souvent. Si je suis rentré gonflé à bloc de mes vacances – et avec encore plus de bordel dans ma tête, mais du bon bordel, de l’inspiration en veux-tu en voilà – c’est pas pour rien.

Mais l’inspi était déjà un peu revenue avant – grâce aux artistes de l’Internet, à la musique, et quand j’ai écrit en extérieur. Quand tu habites à la campagne et que ton histoire se passe en grande partie dans une forêt, ça peut être une bonne idée. En tout cas, pour moi, ça a marché et ça marche encore. Ça réussit plutôt à mes personnages, aussi, visiblement !

Revenir sur #LesPleursDiVide pour constater que mon scénario a encore explosé et que tout ne se passe pas comme prévu, bah écoutez allons-y
En attendant j’ai repris LPdV, on est contents !

(@MaloneSilence) April 15, 2022

(Oui, j’ai fait une faute de frappe dans le #. Ça va, hein !)

Donc maintenant c’est Scarlet qui défonce mon scénario OK très bien bah je vais faire une sieste et on reprend plus tard #LesPleursDuVide

(@MaloneSilence) April 16, 2022

Scarlet, tu m’as surpris. Chuck aussi m’a surpris, par son évolution. Je ne m’attendais pas spécialement à ça – je ne m’attendais peut-être à rien, en fin de compte. Disons que l’évolution de ces personnages est logique en soi (je leur fais confiance, de toute façon ; mes univers, c’est un truc plus gros que moi) mais… Écoutez, ça ajoute de la nouveauté. J’aime être surpris par ce que j’écris, et je suppose que dans ce cas, si vous lisez la série, vous le serez aussi. J’espère !

Avec LPdV, j’expérimente pas mal, souvent encouragé par mes potes. Il se passe pas mal de trucs assez dingues dans ce tome-là, c’est l’occasion de s’amuser un peu : body horror, visions étranges et oniriques, écriture glitchée aussi !

Faire de l’analog horror à l’écrit ptn 🥴
Hope it’s worth the risk

(@MaloneSilence) April 8, 2022

(Eclatez-vous en écrivant, amusez-vous, inventez, prenez des idées partout et remaniez-les à votre sauce, vraiment faites tout ce que vous voulez !)

Bref, où va-t-on, avec cet article super fouillis ?

J’ai établi un objectif sur le site du NaNoWriMo : terminer l’écriture des Pleurs du Vide avant juillet 2022. J’ai estimé le nombre de mots restant à écrire à 50 000. Si le compte est bon ? Je doute, encore. Je m’estime à la moitié du boulot avec mes 63k, à peu près. Ou un peu plus, ou un peu moins. C’est à la louche, et ça me permet déjà de savoir où j’en suis. Pour l’instant, j’ai écrit 3 200 mots depuis le 4 mai, ce qui est peu, encore. Mes statistiques me narguent – tant pis. Tant pis si, pour cette seconde version de LPdV, je suis moins régulier. Je suis peu régulier, oui, mais j’ai tendance à écrire pas mal d’un coup. C’est une façon comme une autre d’y arriver.

Nonobstant, j’accepte les propositions de participations aux sprints d’écriture/wordwars ! C’est ce qu’on fait entre camarades d’écriture, notamment entre ami-es proches, et ça fonctionne plutôt bien. Pour nous, en tout cas.

Donc voilà, l’écriture de Les Pleurs du Vide, ça avance, lentement mais très sûrement ! Peut-être aurez-vous trouvé, dans cet article, quelques idées pour vous sortir d’un blocage, ou un peu de motivation.

Avant-dernière astuce pour la route, piquée à d’autres auteurices parce qu’elle m’a aidée – Stephen King notamment fait ça dans pas mal de ses romans :

Vraiment le fait d’organiser les tomes de « Stanley n’est pas mort » en gros chapitres et en petits sous-chapitres, ça m’a aidé/aide énormément. Chaque gros chapitre a un début et une fin, forme un tout cohérent, et du coup je peux passer au suivant sans plus m’en occuper

(@MaloneSilence) April 18, 2022

Ouaip, avant-dernière, parce que le mot de la fin, ce sera celui-là :

Allez Malone arrête d’avoir peur de finir des trucs ça suffit là

(@MaloneSilence) April 15, 2022

N’ayez pas peur de vous tromper, les gens. En écriture, ça libère à un point que vous n’imaginez pas.

Bonus pour les curieuxes :

Mon compte Instagram, pour les stories d’œuvres d’art inspirantes pour mes écrits.

La liste Twitter de LHN et celle de LPdV. Y sont répertoriæs les artistes qui me font penser très fort à mon univers et/ou m’inspirent. J’en ajoute quand j’en trouve de nouvelleaux.

Vous pouvez m’ajouter sur Pinterest si le cœur vous en dit.

Et bien évidemment, la playlist de l’écriture des Pleurs du Vide.

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« Les Hurlements noyés » : dix ans dans l’eau https://malonesilence.com/les-hurlements-noyes-dix-ans-dans-leau https://malonesilence.com/les-hurlements-noyes-dix-ans-dans-leau#comments Mon, 08 Feb 2021 19:14:42 +0000 https://malonesilence.com/?p=84 Oui, c’est un titre un peu facile, pour un article sur la genèse des Hurlements noyés. Et j’ai plutôt passé trois ou quatre ans dans l’eau, sur les dix. I) Les premiers pas de Stanley Chez moi, il est fréquent que les personnages naissent avant l’histoire. Les prototypes de Stanley Lire la suite

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Oui, c’est un titre un peu facile, pour un article sur la genèse des Hurlements noyés. Et j’ai plutôt passé trois ou quatre ans dans l’eau, sur les dix.

I) Les premiers pas de Stanley

Chez moi, il est fréquent que les personnages naissent avant l’histoire. Les prototypes de Stanley Ellington, personnage central des Hurlements noyés, ont d’abord erré dans des univers de fantasy, puis dans des histoires de fantômes plus proches de ce que deviendrait LHN. A l’époque, Stanley s’appelait Connor et avait une sœur du nom de Stacy. Ma prof de français de 5e s’en souvient peut-être, qui sait.

Est venu le jour où j’ai découvert ce que mon personnage avait vécu à l’âge de quatorze ans. Une histoire classique de séance de spiritisme ayant mal tourné, que j’ai voulu raconter sans trop savoir où j’allais. Puis j’ai changé d’avis et ai avancé presque quinze ans dans la chronologie.

Ainsi, dans le premier jet de ce qui deviendrait Les Hurlements noyés dix ans plus tard, et qui portait alors le titre de Scarlet Scythe, Stanley aidait le jeune Chuck, presque aussi médium que lui, à se protéger de la secte qu’il avait fui. Quant à Scarlet Griggs, fille du Chef de la Famille qualifié de gourou dans Scarlet Scythe, elle était vouée à devenir la prochaine Grande Faucheuse, rien que ça ! Oui, la « faux écarlate », c’était elle. Mais quelqu’une n’a pas tardé à mettre à mal mes plans, si tant est qu’on puisse parler de plans pour une autrice jardinière jusqu’au bout des griffes. Cette quelqu’une, c’est la grande sœur de Scarlet, Allison Griggs.

II) L’antagoniste débarquée du néant

Dès le premier jet, au fil de l’écriture, elle a presque éclipsé Scarlet. Pourquoi et comment a-t-elle pris une telle place ? A l’époque, je l’ignorais. Je me contentais de regarder Allison traquer Chuck, détruire Stanley, manipuler sa famille, tuer des gens et aimer Scarlet. Oui, il y avait pas mal de morts dans Scarlet Scythe, et il a fallu un peu de maturation pour que l’histoire perde son côté « slasher ». Elle doit énormément à ce genre, puisque Freddy Krueger a été le déclic pour créer le personnage de Scarlet – enfin, d’Allison, finalement. J’avais presque quatorze ans et je voulais, moi aussi, créer une icône de l’horreur !

Aujourd’hui, si j’ignore si Allison peut devenir cette icône, les réactions effrayées des lecteurs et lectrices de la seconde version achevée de LHN m’ont rassurée sur un point : mon antagoniste peut inspirer la crainte. Il faut dire qu’avec le temps et mon gain progressif de bouteille, j’étais venue à en douter.

III) L’agonie de Scarlet Scythe

A quatorze ans, j’achevais l’écriture de Scarlet Scythe et je commençais à taper mon manuscrit à l’ordi, tout en le corrigeant. Mais entre mes devoirs du collège – le Brevet, qui s’en souvient ? – mon envie d’écrire une suite et cette foutue procrastination, j’ai eu le temps de me rendre compte d’une chose terrible : mon texte était très mauvais. Je sais, à l’heure actuelle, que c’est tout à fait normal. A l’époque, ça m’a sciée. Ce que je relisais était inexploitable, impossible à sauver. J’ai tenté de le réécrire, une fois, deux fois, puis j’ai renoncé. Cette histoire ne valait pas le coup. Je devais passer à autre chose.

J’étais plutôt prête à faire mon deuil. Ce roman était mauvais, pourquoi regretter quoi que ce soit ? Je ne croyais même plus à cette histoire de secte. J’étais cependant partie pour écrire une suite, qui n’en serait pas vraiment une en réalité. Je voulais seulement réutiliser les personnages et faire des événements de Scarlet Scythe un background un peu obscur, dont je ne voulais pas trop parler, de crainte de perdre en crédibilité. Oui, j’étais rendue là. Je détestais Scarlet Scythe. J’ai tout emballé dans une pochette cartonnée, cahiers et recherches, et j’ai laissé ça reposer dans un tiroir. Je détestais ce roman, oui, mais je m’étais éclatée comme jamais à l’écrire, alors je pouvais en garder un souvenir, non ?

IV) L’errance

J’ai écrit plusieurs « suites » à Scarlet Scythe. Qu’était-il arrivé à Stanley après cette première histoire ? Je savais qu’il allait mal, ça, c’était tout à fait clair. Je savais également qu’il se rendait responsable d’actes qu’il regretterait amèrement par la suite, sans savoir jusqu’où il était allé. Dans mon jeune esprit, il était allé loin. Il existe des versions du tome 2, non achevées, où Stanley tue des gens ou kidnappe des gosses ! Si vous connaissez un peu ce personnage, vous savez que quelque chose qui ne colle pas. Mais j’ai expérimenté. J’ai envisagé de faire de Stanley un héros de série fantastique, un criminel, une victime abusée… J’ai écrit tellement de choses. Et, pendant tout ce temps, Stanley était à mes côtés, à m’aider à survivre dans un monde où je ne me sentais pas à ma place. Vous connaissez ça, pas vrai ?

Et, à côté de ça, je repensais à Scarlet Scythe. Je pensais réussir à passer à autre chose. Je n’ai pas pu. Il me restait encore tant d’éléments du passé de Stanley à saisir. J’avais fait des erreurs, j’avais mal compris ce qu’il m’avait raconté de son histoire, des pièces manquaient au puzzle et c’est sans doute cela qui nous empêchait d’avancer. Avec le recul, nous savons lui et moi que, sans ces années d’errance, de tâtonnements et de remise en question, Les Hurlements noyés, tel qu’il est à présent, n’aurait peut-être pas vu le jour. J’ai écrit la seconde version des Hurlements noyés, intitulée Une histoire de secte, en approfondissant ce que j’avais survolé dans la première. Puis j’ai découvert la vérité au fil des pages.

V) L’histoire d’une descente aux enfers

J’ai pris conscience que la véritable histoire de Stanley était celle de la descente dans les abysses de la dépression. C’était aussi simple que ça, aussi simple que l’histoire que j’avais vécue moi-même, que nous avions vécue toustes les deux.

Le rêve que j’ai fait, il y a quelques années maintenant, a été un premier déclic. C’est lui qui a inspiré l’intrigue de la dernière version inachevée du tome 2 de l’histoire de Stanley – elle s’appelait Les Murs de Stanley, ce qui est longtemps resté son titre de travail. La scène qui s’y déroulait est d’ailleurs tatouée sur mon bras et est toujours d’actualité puisqu’on la retrouve dans l’ébauche actuelle du tome 2, Les Pleurs du vide. Je n’en comprenais pas tout à fait la signification, mais elle m’est venue alors que j’écrivais Une histoire de secte. Tant de choses se sont éclairées, si vous saviez !

J’ai vécu d’autres emmerdes depuis, découvert d’autres auteurices aussi, lu davantage, étudié la littérature avec plus de sérieux, dans le cadre de mes études ou à côté. J’ai appris, et j’ai écrit. Quand j’ai relu Une histoire de secte, il était évident que j’allais devoir tout réécrire. J’admets avoir un peu pleuré de frustration et m’être demandé si je savais vraiment écrire, mais, au fond de mes tripes, je savais que j’étais bonne pour un troisième round. Maintenant, je savais à quel point LHN, qui venait de trouver son titre final, était une histoire de dépression.

VI) Et la Famille dans tout ça ?

En dire plus serait spoiler. 🙂 Mais la vérité est que la Famille – qui n’est plus vraiment une secte désormais, pas au sens strict du terme – a pris tout son sens dans cette nouvelle configuration, sous ce nouvel angle. La construction des personnages elle-même a pris un sens nouveau.

L’univers des Hurlements noyés prend de plus en plus d’ampleur, au point que j’ai parfois la sensation qu’il m’échappe.

Cet univers, je l’aime chaque jour plus fort. Et j’espère de tout cœur être en mesure de vous le faire ressentir.

Vivez, contemplez, créez, et ne suivez pas la Lumière – mais vous pouvez me suivre, moi, sur Twitter, j’y parle de LHN… tout le temps, en fait.

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