Archives des personnage - Malone Silence https://malonesilence.com/tag/personnage Histoires hantées Wed, 23 Jul 2025 21:24:22 +0000 fr-FR hourly 1 https://i0.wp.com/malonesilence.com/wp-content/uploads/2021/02/logo-site.jpg?fit=32%2C32&ssl=1 Archives des personnage - Malone Silence https://malonesilence.com/tag/personnage 32 32 188410031 Noah [REDACTED] : faire face au Vide https://malonesilence.com/noah-redacted-faire-face-au-vide Thu, 28 Sep 2023 19:18:00 +0000 https://malonesilence.com/?p=1250 Il est possible que le nom de famille de Noah soit Peterson. Il ne peut pas en être certain. Sa mémoire est presque vierge, comme s’il était né ici et maintenant. Ici, dans cette chambre d’hôpital qu’il partage avec Stanley, l’homme qu’il va aimer. C’est donc au début des Pleurs Lire la suite

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Il est possible que le nom de famille de Noah soit Peterson. Il ne peut pas en être certain. Sa mémoire est presque vierge, comme s’il était né ici et maintenant. Ici, dans cette chambre d’hôpital qu’il partage avec Stanley, l’homme qu’il va aimer.

C’est donc au début des Pleurs du Vide qu’on fait connaissance avec Noah. Et c’est en commençant l’écriture de ce deuxième tome que je l’ai connu moi-même. Il ne vient pas des Hurlements noyés, ni du peu que j’avais prévu pour la trilogie dans son ensemble. Noah s’est imposé de lui-même, comme beaucoup de mes personnages. Et surtout, il s’est imposé de l’extérieur.

Comme tout, non ? Oui, mais d’une autre manière. Noah est un apport de l’extérieur pour apporter de la lumière à l’intérieur, littéralement.

I) Naissance de Noah : le vertige du RP

J’ai déjà parlé création collective sur ce blog, et du fait que certains personnages s’étaient rencontrés en RP. Ceux des autres, et les miens. Certains d’entre eux se sont liés très étroitement.

J’ai peu joué avec Stanley, en RP. Il a toujours été assez difficile de le faire. Stanley n’ose pas trop s’exprimer hors de sa propre histoire. Et puis, ça me faisait trop l’effet de me promener en public les tripes à l’air.

Mais ! Il a rencontré du monde. Et, parfois, du très beau monde. Dans cet univers parallèle, il est tombé amoureux deux fois, de personnages plutôt réconfortants. A chaque fois, je me suis trouvé, disons, un peu trop investi. C’est comme tout avec mes personnages, c’est quelque chose que beaucoup d’auteurices partagent, tout ça tout ça.

Bon, c’est un peu embarrassant, quand même. De raconter que quand ton personnage tombe amoureux, tu tombes un peu amoureuxe toi aussi. Qui a aimé cet être fictif en premier, d’ailleurs ?

Inutile de le préciser, mais précisons-le quand même : c’était l’époque où ça n’allait pas fort. Dans mon isolement, je trouvais du réconfort dans la présence de personnages créés par d’autres, avec qui j’interagissais. Sain ou pas, simple immersion ou autre chose, je ne sais toujours pas : l’important, c’est que ça m’a aidé. Et que ça m’a fait réfléchir à d’autres aspects du nécessaire apport des univers d’autrui à nos propres mondes.

II) Noah VS The World (B)

Si un personnage né d’un univers A se retrouvait coincé dans un univers B, il se passerait quoi ?

A priori, pas grand-chose. C’est un simple changement d’espace-temps, non ? A un détail près : les personnages sont dépendants de leur créateurice. Iel contient tout pour eux, y compris leur mémoire. Si quelqu’un·e décidait de me « léguer » ses personnages pour une raison ou pour une autre, est-ce que, sous ma plume, dans mon esprit, ils resteraient les mêmes ? Leur histoire serait nécessairement différente, ne serait-ce que dans certains détails. A moins de passer d’un univers à un autre par conscience partagée, il est impossible pour un personnage de franchir le seuil sans en être altéré. Ce serait même plutôt, à l’arrivée, une copie du personnage de départ.

Et si personnage A et personnage B se rencontraient sur timeline C ? Et si une histoire s’écrivait à quatre mains ou plus, avec du partage de personnages ? D’ailleurs, où commence-t-elle, la création de l’univers : avant ou après l’écriture ? Pendant ? Est-ce qu’il se dédouble, puisqu’on voit tout se dérouler avant d’écrire ? Des questions que personne ne se pose, à part Noah et moi !

Aparté : La lecture de La Prophétie des sœurs-serpents et des articles d’Isis Labeau-Caberia m’a apporté un nouveau point de vue sur la question 👀

D’où vient Noah ? Il n’aura de cesse de chercher la réponse au long des Pleurs du Vide. Il n’a pas de passé, pas de certitude quant à ce qui fait son identité, et c’est peut-être par désespoir qu’il tombe amoureux de Stanley, son seul repère. Et là, c’est le bon moment pour s’inquiéter un peu. Quel équilibre est possible dans une relation pareille, entre un homme qui n’a pas du tout vécu et un autre qui en a trop vu ?

… Je vous l’ai dit, non, que Stanley n’est pas mort parlait pas mal de dépendance et d’émancipation ?^^ Des formes d’enfermement et des solutions pour s’en extraire, en tout cas. Peut-être faut-il briser les frontières entre les mondes fictifs pour libérer Noah, qui sait ? 👀

J’ai l’impression que cet article soulève un paquet de questions, et j’ai envie de parler de BEAUCOUP de trucs là tout de suite, mais ce serait trop long. Et mes personnages parleront toujours mieux de mes propres questionnements que moi, que ce soit par rapport à leurs histoires ou autre chose !

III) Noah : Soft and Furious

OK, après ces dernières digressions, qui est Noah, à part un drôle de love interest au potentiel méta ?

Bon, évidemment, c’est un chouette gars, touchant et très bavard – vous verrez, question logorrhée, il concurrence Archie… dont nous parlerons plus tard !

Son caractère rejoint celui de Stanley sur pas mal de points. A cela s’ajoute un immense appétit de vivre qui a fait éclater le scénario prévu initialement ! Parce que Noah est cet élan venu de l’extérieur, sans doute trop tard mais venu quand même, qui pourrait relancer la machine. En des termes plus humains : sous ses airs fragiles, Noah a toutes les armes en lui pour s’en sortir, et même le courage de se rebeller contre l’effondrement de son univers. Une petite force de la nature ! C’est sans doute ce qui lui permettra de se lier avec une autre personne, que vous connaissez bien aussi…

En fait, j’ai encore pas mal de questions moi-même, en relisant l’article. Ai-je davantage parlé de Noah en tant que membre de relations, de ce qu’il représente plutôt que de lui-même en tant que personnage ? Je ne pensais pas que parler de lui serait si compliqué, mais ça l’est. Il y a ce qu’il représente, ce qu’il est pour Stanley et pour l’univers, et il y a son absence d’histoire. Toute son histoire, vous la lirez dans Les Pleurs du Vide. Comme lui-même le dit à Stanley :

Tout ce dont je me souviens, je l’ai vécu avec toi.

Bonus : theme songs

J’ai créé une playlist spéciale pour Noah, parce que certaines chansons me font invariablement penser à lui. Certaines se sont trouvées par hasard sur mon chemin. D’autres illustraient, à la toute base, une scène des Pleurs du Vide. Est-il possible que Noah ait son propre roman un jour ? Peut-être bien.

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Stanley Ellington : sous le poids du monde https://malonesilence.com/stanley-ellington-sous-le-poids-du-monde https://malonesilence.com/stanley-ellington-sous-le-poids-du-monde#comments Mon, 30 Aug 2021 18:48:23 +0000 https://malonesilence.com/?p=482 Cet article était censé sortir plus tôt. J’aurais voulu qu’il soit en ligne pour le pride month. Mais outre l’énergie et le temps qu’a pris le travail éditorial sur Les Hurlements noyés, parler de Stanley s’est annoncé plus difficile que je ne le croyais. Pas parce que je le connais Lire la suite

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Cet article était censé sortir plus tôt. J’aurais voulu qu’il soit en ligne pour le pride month. Mais outre l’énergie et le temps qu’a pris le travail éditorial sur Les Hurlements noyés, parler de Stanley s’est annoncé plus difficile que je ne le croyais. Pas parce que je le connais mal, au contraire. Stanley Ellington est le personnage qui m’est le plus proche, depuis les treize ou quatorze ans qu’il habite ma conscience. Alors parler de lui implique d’évoquer des sujets un peu personnels. Je n’en avais peut-être pas l’énergie dans l’immédiat, au sortir de cette merveilleuse campagne Ulule et alors que j’avais LHN plein la tête. Bref, ça a pris plus de temps que prévu.

Et puis, je crois que Stanley avait besoin de vacances, lui aussi.

I) Né du réconfort

Le personnage de Stanley Ellington ne trouve même pas son origine dans l’horrifique ou le fantastique… ou presque pas. C’est la magie des associations d’idées. Prêt·es pour l’entrée dans le personnel et le monde merveilleux des origin stories éclatées ? C’est parti.

Un des premiers aesthetics réalisés à l’effigie de Stanley, avec mes maigres compétences sur Canva. (2020)

Je fais partie des nombreuses personnes qui ont subi du harcèlement à l’école et ont dû se passer de potes dans ce milieu. Vous connaissez la chanson : quand on vit ça, on trouve du réconfort ailleurs, assez fréquemment dans des univers fictifs. En tout cas, pour moi qui étais plongé·e dans l’imaginaire depuis toujours, la fiction s’est imposée comme une évidence. Très vite, j’ai trouvé une bouée de sauvetage pour me motiver aussi bien à achever mes journées en un morceau qu’à faire mes devoirs en vitesse en rentrant chez moi : les DVD de L’Agence Tous Risques de mes parents. Ces DVD, je les ai saignés à blanc pendant toute ma 6e. Surtout grâce à un personnage : Looping.

Comment ça s’est passé ? Je n’en sais rien. On pourrait faire de la psychologie de comptoir et dire que je me retrouvais en Looping parce qu’il était incompris et totalement awkward. Ou parce qu’il aimait les chiens autant que moi. Reste que le résultat était là : je le retrouvais tous les soirs après mes journées pourries, et j’allais mieux. Jusqu’à ce que l’attachement prenne une place démesurée.

Je me suis retrouvé·e avec un blocage singulier dans l’esprit : je découvrais ce que c’était, de véritablement aimer un personnage fictif. Jusque-là, je n’avais pas même éprouvé ça pour mes propres créations. Les êtres dont mon imagination d’enfant avait accouché n’étaient que papier, bribes, des lambeaux d’imaginaire flottant aux courants d’air, accrochés aux murs de ma chambre. Je me suis satisfait·e un temps en écrivant des fanfictions sur cette chère A-Team dans mon coin, en fantasmant sur une possible renaissance de la série sous ma plume. J’aurais envoyé les scénarios, fait les démarches pour un reboot, tout ça (non). Bien évidemment, ça n’a pas suffi longtemps.

Il fallait que je me libère de cet attachement, d’une manière ou d’une autre. Que j’en tire quelque chose. C’est comme ça qu’est née la toute première version de Stanley Ellington, nommée Connor Callins.

II) De Connor à Stanley

Vous l’aurez compris : Connor est, à ce stade, une copie de Looping. Une copie à ma sauce, tout de même. Il sort des moments, d’autant plus marquants qu’ils étaient rares, où les côtés plus tristes, sombres et même étranges de Murdock ressortaient clairement à l’écran.

Un autre aesthetic pour Stanley, qui doit dater de 2020 lui aussi.

J’avais bien entendu mon headcanon et, pour l’enfant de 11 ans que j’étais, il était clair que Looping n’avait pas d’hallucinations. Ou du moins, pas seulement. Pour moi, il était au moins un peu médium. Quand ce fameux épisode de la saison 5 a suggéré que ce pouvait être le cas, je ne me sentais plus ! Connor Callins, proto-Stanley Ellington de son état, est parti de là. C’était un concentré de ce que je savais ou imaginais des traumas de Murdock… et, sans que je le sache vraiment, d’une part des miens.

Pourquoi est-on passé de « Connor Callins » à « Stanley Ellington » ? Parce que je m’étais trompé·e. Parce que Connor ne s’appelait pas Connor, ou parce qu’il ne s’agissait que d’une copie de Stanley. Peut-être, oui. Stanley a pu vouloir attendre avant de se dévoiler tout à fait. Attendre que nous soyons prêt·es. Autre raison, toute simple celle-ci : j’avais utilisé le nom de Connor dans une rédaction, alors que j’étais en 5e. J’avais utilisé « Connor Callins » à l’école et ne me voyais pas le réutiliser pour moi.

Et puis, « Connor Callins », ça ne faisait pas vrai. Pas comme « Stanley Ellington ».

III) Et Stanley devint Stanley

Alors, comment ça a évolué, tout ça ?

Je vous ai parlé du temps qu’a mis Les Hurlements noyés à prendre forme et sortir de mon cerveau. Forcément, Stanley a évolué avec l’histoire. Et c’est lui qui est venu me voir régulièrement dans mon sommeil depuis la rédaction de Scarlet Scythe – la V1.1.1 des Hurlements, souvenez-vous – et son abandon dans un tiroir. Enfin, sur une étagère, maintenant. Oui, le dossier papier est toujours là. Et non, vous ne le verrez pas. Quoique, peut-être qu’un jour j’en ferai une vidéo, histoire de vous montrer d’où on partait (spoiler : d’assez loin quand même).

Portrait de Stanley par The Red Lady

Je ne sais pas si je peux vous parler des points les plus personnels de l’évolution de Stanley Ellington, et de la mienne, dans un article sur Internet. Il se peut que je ne puisse évoquer ces sujets en me sentant à l’aise qu’à travers Les Hurlements noyés et les romans qui suivront. Quant un personnage est là depuis aussi longtemps et est aussi proche de nous, tout se mêle. Le lien devient trop intime pour être explicité clairement sans provoquer un malaise. On va tout de même essayer de résumer certaines choses, histoire de donner une idée, un aperçu. J’aurais aimé être exhaustifve, mais ce ne sera pas possible.

IV) Apprendre à exister

[TW dépression et suicide sur ce paragraphe]

J’extériorise pas mal de choses, avec Stanley. Je crois que c’est avec lui que j’ai abordé le plus de thématiques qui me tenaient à cœur – logique, me direz-vous : c’est le personnage principal. On partage notamment un passif avec la dépression. Le harcèlement aussi, évidemment. La violence. L’anxiété, le stress post-traumatique, la peur constante du monde et l’envie de s’en effacer. Exister nous effraie, nous paralyse, nous fait honte parfois. Ça nous demande beaucoup de courage, je crois.

Vivre, c’est une chose, mais exister c’est quoi ? C’est vivre, sous le regard des autres. C’est prendre le risque de s’y exposer, et faire des erreurs en public, expérience dont on ressortira mortifié·e. Exister, c’est prendre sa vie en charge et ses responsabilités en tant qu’être humain, vis-à-vis d’autrui comme de soi-même. Et quand on est plongé·e dans la dépression et l’angoisse permanente, on ne peut pas forcément le faire. Pourtant il le faut, pas vrai ?

Portrait de Stanley par Anne-Sophie Hennicker

Si on vit, alors il faut exister, puisqu’on n’est pas tout·e seul·e. A cette pensée, on est tenté·e de prendre la seule option qu’il y ait en dehors du je-m’en-foutisme et du jet de nos convictions morales à la poubelle : mettre fin à ses jours. Plus la moindre responsabilité à supporter. On est libre du poids du monde. C’est ce que j’ai pensé, c’est ce que Stanley a pensé aussi. Puis un jour, j’ai découvert la vie sans dépression.

Bon, je brûle peut-être un peu les étapes. Sans Stanley, je n’aurais pas pu en sortir. On en a parlé, tout simplement. De cette peur d’exister, de la nécessité d’assumer, et de tous les questionnements sur nous-mêmes dont on se sert parfois comme prétexte pour rester caché·es. Il en a découlé le traitement de thématiques inattendues dans Les Hurlements noyés, absentes de la V1 comme de la V2.

Et, plus simplement, apprendre à exister, c’est aussi apprendre à faire avec qui on est. Être fièr·e, parfois, aussi. Comme Stanley a dû apprendre, au-delà des traumas, à être fier de sa transidentité et de sa pansexualité. 🏳️‍⚧️ 🏳️‍🌈

V) D’accord, mais sinon, qui est Stanley ?

Quand Les Hurlements noyés commence, Stanley Ellington a 28 ans – avec un bref retour sur les quatre années précédentes, il est vrai. Stanley sort d’hôpital psy après ces longues années d’allers-retours entre son appartement et sa cellule plus ou moins aseptisée. Il quitte la France pour son Angleterre natale en compagnie de Roxanne Carault, qui était sa psychiatre à l’HP. Leur relation est au mieux bancale, au pire toxique, contraire à la déontologie depuis le départ. Mais ce sont les bases sur lesquelles Stanley doit rebondir. Avec ça, il est toujours dépressif, toujours anxieux, et toujours médium. Chez lui, à l’hôpital, dans ses rêves ; la voix des murs le harcèle. Et il s’accroche à Roxanne, sa seule bouée, la seule personne qu’il lui reste en dehors d’un ami d’enfance qui le terrorise.

Un dernier aesthetic pour la route. J’aime toujours beaucoup celui-ci.

Il aime dessiner, chanter (mais il n’ose pas), jouer de la guitare (mais il n’ose pas non plus) et câliner des chiens (on va pas épiloguer sur ce pattern, si ?).

Il est neuroatypique et diagnostiqué autiste. Vous le verrez souvent avec ses stimtoys, son casque antibruit ou même son casque tout court, celui qu’il utilise pour écouter sa musique. Sa playlist est composée principalement de rock, de synthwave et de divers styles de musique gothique.

Ses groupes préférés sont Placebo, A Perfect Circle, The Pretty Reckless ou The Cure. Si jamais vous voulez écouter sa playlist complète sur YouTube, elle est juste . Elle est mise à jour au fil de nos trouvailles sur Internet. Ce qui explique pourquoi elle est aussi remplie. On passe bien trop de temps ensemble, Stan et moi.

Le corps de Stanley plongea dans un bain cotonneux. Il garda la tête hors de l’eau, l’état d’éveil le maintint à flot pendant tout le trajet jusqu’aux urgences et sa prise en charge – il ne sombra pas une seule fois, seulement séparé de la réalité par la fine paroi de sa bulle. Fallait-il donc qu’il se fasse du mal pour enfin parvenir à s’isoler du monde, quand la musique était impuissante ?

Il s’évanouit plus qu’il ne s’assoupit sur le lit qu’on lui avait assigné. Les voix des murs gonflèrent ses rêves.

Photo by Yaopey Yong on Unsplash

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Vicky Vallon : le cri de la jeunesse https://malonesilence.com/vicky-vallon-le-cri-de-la-jeunesse https://malonesilence.com/vicky-vallon-le-cri-de-la-jeunesse#comments Sun, 28 Feb 2021 08:21:00 +0000 https://malonesilence.com/?p=270 L’adolescence, c’était l’être humain dans toute son énergie, dans toute sa force, dans toute sa rébellion face à l’injustice généralisée. C’était la période où naissait ce qu’une personne pouvait avoir de meilleur en elle, c’était un éveil brutal, une claque dans la gueule, et chacune des réponses à ce choc Lire la suite

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L’adolescence, c’était l’être humain dans toute son énergie, dans toute sa force, dans toute sa rébellion face à l’injustice généralisée. C’était la période où naissait ce qu’une personne pouvait avoir de meilleur en elle, c’était un éveil brutal, une claque dans la gueule, et chacune des réponses à ce choc prouvait que la foi en l’humanité avait une raison d’être. L’enfant grandissait et devait apprendre à se battre, ou bien rendre les armes et rentrer dans ce fameux et étouffant moule dont on avait cette conscience atrocement aiguë, quitte à se tordre en tous sens jusqu’à se broyer les os.

Appeler l’adolescence âge bête ou ingrat, la considérer avec le plus parfait et blessant mépris, détruire les fondations que les enfants se construisaient tant bien que mal, les cribler de trous qu’on ne comblerait jamais, faire de cette chance offerte à l’individu de changer le monde un traumatisme incurable qui le pousserait à chercher la sécurité, rien que la sécurité, un abri où lécher ses plaies et pleurer en réalisant qu’elles suppuraient, grandes ouvertes, malgré les semblants de soins qu’il y appliquait année après année.

Les Hurlements noyés, chapitre 1.4 : « Pour nulle part »
I) Des inconnues dans l’équation

Quand la jeune Vicky Vallon m’est apparue, dans le chapitre 4 de la première version des Hurlements noyés, j’ignorais au juste ce qu’elle faisait là. J’aimais bien son prénom, je savais qu’elle était blonde, qu’elle avait quatorze ans, peu d’ami-es et un fort caractère. Je connaissais bien entendu son goût pour le spiritisme, que la mort de son frère a renforcé. Son frère, c’est Steph, seize ans, et c’est un fantôme.

Je crois qu’à l’époque, ce qui m’intéressait, c’était de donner un background à Roxanne Carault, la tante de Vicky. J’avais treize ans, je connaissais bien Stanley, et les personnages qui l’accompagnaient, beaucoup moins. Je voulais juste créer un entourage à Stanley, finalement.

Évidemment, le serpent se mordait la queue, puisque chaque personnage se devait d’être développé et intéressant. Vicky Vallon était le seul d’entre eux à avoir mon âge, et pourtant, l’écrire a été compliqué. Je ne m’en sentais pas proche. Elle était là pour faire avancer l’intrigue, voilà tout.

Je crois que mon orgueil est pour beaucoup dans mon traitement du personnage alors que j’étais moi-même ado. Mes illusions, plutôt. Vous a-t-on déjà dit que vous étiez mature pour votre âge ? Je vais vous révéler un petit secret : quand j’étais gosse, mes supposées intelligence et maturité « supérieures » étaient tout ce que j’avais pour ne pas me détester complètement. Le harcèlement et le rabaissement font souvent de l’adolescence une période de merde. C’était l’époque où je trouvais les autres idiot-es. Je méprisais la jeunesse dont je faisais moi-même partie. Alors, puisque j’étais à ce point convaincue que j’étais seule au monde, comment pouvais-je rendre un personnage adolescent crédible, authentique ? Qui y croirait, si moi-même, je ne savais pas comment pensait une ado ?

II) Interlude : de Silent Hill à une Vicky adulte

Vous commencez à avoir l’habitude d’entendre parler de Silent Hill sur ce blog, je suppose ! Le rapport avec Vicky Vallon ? Le troisième opus, et Heather Mason !

Vicky doit en grande partie son physique actuel à celui de Heather. Des lecteurices m’ont aussi fait remarquer leurs ressemblances au niveau du caractère. Ma foi, pourquoi pas ? Les fans considèrent Heather Mason comme l’un des meilleurs personnages de toute la saga ! 😉

Plus sérieusement, ce rapprochement m’a permis de mieux cerner Vicky à l’écriture de la seconde version de LHN. J’avais alors gagné en âge et en bouteille, d’autant que j’avais amorcé des suites à ce premier tome et que Vicky était de la partie à chaque fois. Lors de mon dernier essai de tome 2 avant la V2 du premier, je l’ai vue devenir une jeune femme de vingt-deux ans, que j’étais plus à même de comprendre. Je suis donc partie de ce que Vicky était devenue pour remonter le temps et découvrir ce qui l’avait menée là.

Vicky a noué une relation forte avec Stanley, ce à quoi, quelque part, je m’attendais, en ayant vu les prémices dans la première version du tome 1. J’en ignorais la raison. Iels s’aimaient beaucoup et se respectaient, voilà tout. Et l’un n’avancerait plus sans l’autre. Il était donc évident qu’iels se retrouveraient, des années après que les événements de LHN les avaient séparé-es. (J’écrirai un article sur leur relation, promis, c’est prévu !)

Parallèlement, je sentais Vicky devenir plus réelle. Elle prenait enfin une place tangible dans mon esprit et commençait à exister. Elle aussi me suivait là où j’allais, comme Stanley le faisait. Bienvenue chez moi, Vicky.

III) Ce que Vicky Vallon a changé dans mon écriture

Il y a maintenant un an, peut-être deux, peu importe combien de temps en vérité, Vicky m’a confié de but en blanc ses doutes sur son identité de genre. Je ne sais pas s’ils m’ont surprise. En fait, j’ai pensé à deux choses : premièrement, Vicky était sûr-e de ce qu’iel affirmait et adopterait donc les pronoms neutres dans sa vingtaine ; et deuxièmement… « Putain, comment je vais m’en sortir à l’écriture ? »

Vicky adopte l’identité non-binaire au milieu du tome 2 ou 3. Ce qui implique l’utilisation des mots épicènes, puis, une chose en entraînant une autre, l’usage de cette écriture inclusive qui, sans jeu de mots, fait couler beaucoup d’encre.

En effet : si j’utilise des pronoms neutres pour un personnage, cela ne signifie-t-il pas que l’usage des pronoms masculins… ne l’est pas ? Je sais, c’est pas un scoop. Toujours est-il que Vicky m’a sacrément libérée à ce niveau.

Je suis plutôt très favorable à l’usage de l’écriture inclusive. Il me restait pourtant une barrière : « Tu peux pas utiliser cette forme d’écriture dans ton bouquin, c’est moche. » Alors je me suis cantonnée à l’usage du « masculin neutre », comme tout le monde faisait, et tant pis si ça ne correspondait pas tout à fait à ma vision des choses. Pourquoi ? Ben parce que j’avais la trouille, tiens ! Quand on voit les réactions que suscite l’inclusif – pourtant, « Mesdames, Messieurs », c’est déjà de l’inclusif, enfin presque, on y revient dans deux secondes – disons que ça refroidit un chouïa. J’étais prête à mettre un mouchoir sur mes convictions pour éviter de me faire défoncer sur la place publique… et laisser tomber les personnes que je soutenais au passage. Merde.

Mais, mon cerveau merci, Vicky a du caractère et exige le respect. Il n’a jamais été question que je lae genre au masculin. Ce n’est pas ce qu’iel est. Ce n’est pas non plus ce que sont les personnes non-binaires qui m’entourent.

Et ce n’est peut-être pas ce que je suis, non plus.

Vicky, je ne te remercierai jamais assez d’exister.

IV) Et donc, qui est Vicky Vallon ?

Dans Les Hurlements noyés, Vicky Vallon, 14 ans, se genre au féminin, a un caractère affirmé, aime la philosophie et prend des risques, mais toujours en faisant attention à sa sécurité. Oui, elle est straight edge : ni tabac, ni drogues, ni alcool, rien du tout ! Même dans le spiritisme, elle prend les risques qu’elle encourt très au sérieux. C’est une caractéristique qu’elle avait dès le début, d’ailleurs. Et quand on est aux prises avec une secte dans un pays inconnu, ça aide.

Avec le temps, j’ai pris du recul sur mon expérience de l’adolescence. J’ai pris conscience de ce que représentaient réellement Vicky et cette période de ma vie. Aujourd’hui, il me suffit de voir les jeunes se révolter, du lycée aux études sup’, pour comprendre où se trouvent l’espoir… et le désespoir. C’est cela, au fond, Vicky : une rage intense contre le monde et la vie, animée en réalité par l’espoir que tout change, et le désespoir face à un monde au bord de la mort, et à sa propre détresse. Comment ai-je pu oublier ça ? Comment avons-nous pu oublier ça ?

Vicky ayant gagné en substance, comme je le disais, iel a fini par obtenir sa playlist dédiée. J’écoute ces musiques avec ellui, parfois, quand j’écris ce que ses yeux me montrent de son univers. Vous saurez ainsi qu’iel aime le rock, le metal indus, l’ambient, la house, et même Mylène Farmer ! C’est sans doute mon personnage aux goûts les plus variés en matière de musique. Fun fact : iel a fait découvrir Icon For Hire à Stanley, qui, en retour, lui a appris l’existence d’autres artistes.

Il semble que les goûts musicaux de Vicky témoignent de sa situation, quelque part entre l’enfance et l’âge adulte. Iel a grandi avec moi, un peu plus vite, pour finalement m’attendre, assis-e sur la fameuse plage des Pleurs du vide tatouée sur mon bras et sur laquelle on me pose parfois des questions. Ce personnage cristallise bien des problématiques soulevées dans Stanley n’est pas mort. Je n’attendais pas Vicky Vallon, et pourtant, iel est devenu-e une pierre angulaire de la trilogie.

Merci pour tout, Vic.

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